Les Lettres persanes

Lettre 24

Montesquieu

"Nous sommes à Paris depuis un mois..." à "...et mille autres choses de cette espèce."




Introduction

      Tout en gardant le souci de distraire, les auteurs du XVIIème désirent surtout éclairer l'esprit des lecteurs sur la société de l'époque. Montesquieu, dans Les lettres persanes (1721) fait décrire la vie et le comportement des Français par un étranger. Dans la 1ère partie de la lettre 24, il brosse un tableau très vif de l'agitation parisienne, ensuite sa critique se fait plus profonde.


Lecture du texte

           Texte complet de la lettre persane 24 (XXIV)

Lettre persane 24 (extrait)

    Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement continuel. Il faut bien des affaires avant qu'on soit logé, qu'on ait trouvé les gens à qui on est adressé, et qu'on se soit pourvu des choses nécessaires, qui manquent toutes à la fois.
    Paris est aussi grand qu'Ispahan : les maisons y sont si hautes, qu'on jugerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée; et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras.
    Tu ne le croirais pas peut-être, depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. Il n'y a pas de gens au monde qui tirent mieux partie de leur machine que les Français; ils courent, ils volent : les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et qui vais souvent à pied sans changer d'allure, j'enrage quelquefois comme un chrétien : car encore passe qu'on m'éclabousse depuis les pieds jusqu'à la tête; mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement et périodiquement. Un homme qui vient après moi et qui me passe me fait faire un demi-tour; et un autre qui me croise de l'autre côté me remet soudain où le premier m'avait pris; et je n'ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j'avais fait dix lieues.
    Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des moeurs et des coutumes européennes : je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner.
    Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre; et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.
    D'ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et il le croient. S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits.
    Ce que je dis de ce prince ne doit pas t'étonner : il y a un autre magicien plus fort que lui, qui n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-même de celui des autres. Ce magicien s'appelle le pape : tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce.



Proposition de plan :

I- Une satire plaisante

  - Intérêt relancé
  - Une progression :
     - satire d'ordre économique
     - satire d'ordre politique et religieux


II- Un appel à l'esprit critique :

  - Satire des français (vanité)
  - Satire de la crédulité (écrouelles, le dernier paragraphe)


III- Une distanciation :

  - Un étranger voit --> Naïveté feinte de l'auteur
  - Une provocation : remise en cause, interrogation


Conclusion

     Le recours à la fiction orientale permet de plaire au lecteur, de piquer son intérêt. C'est une méthode plaisante et efficace pour faire réfléchir à nos comportements, nos traditions, nos croyances, nos moeurs. Correspondent-ils à des vraies valeurs ou ne sont-ils que le fruit de la routine et de la soumission ?

Autre commentaire de La Lettre persane 24 (XXIV)



Autre proposition d'étude de la Lettre persane 24 de Montesquieu :

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