Ce texte est tiré du roman d'Emile Zola, Au Bonheur des Dames, il en constitue la dernière page.
Denise, employée du magasin d'Octave Mouret, s'est rendue compte que son patron
l'aimait. Persuadée de l'impossibilité de cet amour, elle désire quitter le magasin.
Le soir d'une vente exceptionnelle qui a dépassé le million, Mouret propose à Denise de l'épouser.
2. Lecture du texte :
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- Et si je vous épousais, Denise, partiriez-vous ? - Oh ! monsieur Mouret, c'est vous que j'aime ! |
Ligne 1 à 15 (...torturez !) : le refus de Denise d'épouser Mouret.
Ligne 16 à 19 (...la rue.) : la dérisoire puissance de l'argent.
Ligne 20 à 25 : l'explosion de la passion.
4. Thème du texte :
C'est une déclaration d'amour différée.
5. Plan de la lecture méthodique :
I Le jeu sur la force et la faiblesse
a. la force de l'argent et la faiblesse sentimentale
b. la faiblesse sociale et la force du refus
c. la force des préjugés et la faiblesse de l'amour
II La présence obsédante des autres
a. l'argent comme représentant de la société
b. la crainte du " qu'en dira-t-on ? "
c. la souffrance rédemptrice
6. Lecture méthodique
I - Le jeu sur la force et la faiblesse
a) la force de l'argent et la faiblesse sentimentale
Zola utilise les discours direct, indirect et indirect libre pour traduire la pensée de ses héros.
Pour Octave, tout se traduit en termes d'argent. Ceci apparaît dans le texte
par une exclamation au style indirect : " Eh quoi ! même à ce prix, elle se refusait
encore ! ".
La force de l'argent est caractérisée par un vocabulaire hyperbolique ("royale
fortune") mais se traduit également de certaines paroles de Mouret ("Je veux...
je veux...") qui montrent qu'il a le pouvoir.
Cependant il y a un glissement dans le texte, Octave se met à pleurer : un mur s'oppose à l'argent.
b) la faiblesse sociale et la force du refus
Denise est uni à Mouret par un lien de subordination qui se traduit ici par
l'appellation "Denise". C'est un patron paternaliste, car on peut penser qu'il
lui avait pris les mains ("elle
avait retiré ses mains"). Cette puissance ne se lit pas dans son langage puisque
c'est Denise qui lui donne des ordres ("taisez-vous") et qui utilise un vocabulaire
d'opposition ("elle l'empêcherait", "c'est impossible ") et négatif sur ses
projets ("un malheur pareil", "une telle sottise").
Le jeu sur les discours direct et indirect permet de mettre en valeur ce refus et de faire comprendre la pensée de Denise.
c) la force des préjugés et la faiblesse de l'amour
Le discours argumentatif de Denise est avant tout d'ordre moral. Elle utilise l'argument de
ses frères.
Elle a le sens du sacrifice puisqu'elle aime son patron depuis le début.
On remarque un vocabulaire hyperbolique de la douleur ("elle se débattait comme
sous le coup d'une grande douleur", "vous
me torturez") accentué par la ponctuation et les répétitions. Elle a donc ici
un statut héroïque car elle lutte contre elle-même.
Le texte prend une dimension tragique : elle est prise entre son amour et son devoir. Cependant, tous les éléments la poussent à dire oui.
II - La présence obsédante des autres
On entend les autres ("la clameur") et ils sont présents de deux manières
différentes.
a) l'argent comme représentant de la société
Ce jour là, le million représente sa victoire sociale et les différences sociales.
La première fois que Denise l'a vu, elle a été choquée.
Mouret a un pouvoir absolu sur ses employés ("ses employés"). Il a tout ce
qu'il veut avec son argent.
La différence sociale marque tellement Mouret et Denise qu'ils ne se comprennent pas. Mouret pense qu'il peut l'acheter et il n'a pas compris que l'argent la laisse indifférente. Elle pense qu'elle n'est qu'un caprice pour lui.
b) la crainte du " qu'en dira-t-on ? "
Denise est obsédée par le jugement des autres. Elle a un discours très moral
avec un vocabulaire hyperbolique ("gueuse"). Pour Denise, les autres sont physiquement
présents ("yeux des autres"). Elle a en permanence le sentiment d'être regardée et
que Mouret est un spectateur ("yeux des autres").
On sent qu'elle est prête à renoncer au bonheur pour sa respectabilité. Elle souffre de ne pouvoir accepter.
c) la souffrance rédemptrice
L'un et l'autre passent par une très grande souffrance physique ("se débattait
comme sous le coup d'une grande douleur", "torturé") et morale ("désespoir").
On est dans le registre de la passion. C'est une souffrance rédemptrice.
Lui qui est un homme d'argent, dur et impitoyable, renonce d'un coup à ce qui
a fait le but de sa vie. Cet homme aux nombreuses aventures affronte le refus.
Denise accepte de réviser ses préjugés et de voir enfin dans son patron un homme.
Le malentendu est levé. Ils s'aiment sans arrières pensées ("flot de larmes", "avec
une impétuosité d'enfant").
7. Conclusion
Ce texte clôturant Au Bonheur des Dames est un des rares dénouements heureux de Zola aux termes d'un affrontement où forces et faiblesses ne sont pas forcément du côté que l'on croit. Les deux personnages se retrouvent à égalité. L'amour est possible même si tout les séparait.
Merci à David qui m'a envoyé cette fiche...