De plus, son expérience du protectorat de Fouquet, arrêté de force par Louis XIV, lui confère les possibilités d’énoncer et de traiter inlassablement de la "Loi du plus fort", d’où il puise la plus grande partie de ses idées.
Enfin, sa morale constitue un des piliers de ses fables, même quand celle-ci n’est explicitée.
Le caractère très austère de la fable Le chêne et le roseau vient du fait
qu’elle ait été écrite dans le 1er livre, sa période
de fable égayée n’intervenant qu’après.
Lecture de la fable
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Le Chêne et le Roseau font office de 2 personnages opposés, le fort face au faible. Mais ici, La Fontaine renverse les rôles et bafoue son dogme au profit d’une fin peu commune à ses vers. Le problème est alors de savoir comment Jean de La Fontaine réussit-il à controverser sa morale habituelle, au profit d’une morale toute opposée.
Pour cela, nous utiliserons trois axes d’étude: la parole du
chêne, la parole du roseau puis la morale.
Commentaire littéraire
I. La parole du Chêne
Dès le vers 2, le chêne engage le dialogue. Il y a alors déjà une
notion de domination, par l’initiative de la parole.
Nous remarquons une certaine fierté du chêne, avec la quantité,
le registre soutenu et les effets de syntaxes. Le chêne possède également
le pouvoir, avec les hyperboles et l’usage de la première personne.
Au vers 7 (« Cependant que mon front, au Caucase pareil, »), nous
remarquons une métaphore hyperbolique ayant pour but de démontrer
la prédominance du chêne. Il est alors, dès ce moment, élément
de force et de protection.
Il y a dès lors installation d’un champ lexical de la protection et de la force, avec les expressions « non content d’arrêter les rayons du soleil », « brave l’effort de la tempête », « tout me semble zéphyr », « je couvre », « je vous défendrais ». Cela peut faire figure d’arrogance.
De plus, le chêne en arrive à dénoncer la nature pour
le fait que le roseau, différent de lui, est constamment « bousculé » :
- vers 2 : accuser la nature,
- vers 11 : si vous naissiez,
- vers 15 : mais vous naissiez,
- vers 17 : nature bien injuste.
La nature est donc ici accusée, mais le chêne, entre autres, en
dénonçant la nature, dénonce de même le destin,
pourtant inéluctable.
Le chêne énumère les difficultés du roseau, et cherche à comparer, au vers 10 (« Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr. »), avec une césure à l’hémistiche antithétique qui marque bien l’opposition.
Pour finir, le chêne éprouve de la compassion envers le roseau. Cette compassion paraît hypocrite, moqueuse. Au vers 14, il propose ses services au roseau, mais ne peut rien faire. Il fait son propre éloge.
Le dialogue du chêne montre donc en lui un désir de domination,
d’écrasement, avec tout de même de la compassion pour le
roseau, qui lui répond alors.
II. La parole du roseau
A partir du vers 18 jusqu’au vers 24, c’est au tour du roseau
de parler, de répondre aux phrases du chêne. Nous remarquerons
que son intervention est bien moins longue et structurée que celle de
son interlocuteur, mais toute aussi importante.
Le roseau n’est pas égocentrique comme le chêne, et n’utilise
pas de formes hyperboliques poussées.
Nous pourrons alors parler de la faiblesse du roseau, mais faiblesse uniquement apparente, car sa force vient de la souplesse, ce qui lui confère de l’habileté.
Nous remarquerons une diérèse appuyée sur le mot « compassion », vers 18, qui montre bien la réponse du roseau au chêne sur sa charité. Le roseau rejette la charité du chêne, et montre ainsi qu’il n’est pas dupe sur le jeu du chêne qui essaie de se mettre en valeur. Le roseau montre également ainsi qu’il est sûr de sa propre force.
Nous remarquerons de plus, vers 21, un rythme croissant de la forme 2/4/6 : cela confère au roseau une prise de confiance progressive, afin d’essayer d’égaler, mais sans réussite, les propos du chêne.
La dernière parole du roseau « Mais attendons la fin » sonne
comme un pari envers le chêne. Il y a alors une incertitude, et nous
commençons à comprendre que le roseau a peut-être raison.
C’est alors que la nature intervient, sous les traits du vent.
III. La morale
La morale de cette fable est ici implicite : La Fontaine termine sur un fait.
C’est au lecteur d’imaginer la morale.
La nature est écrite avec une majuscule, ce qui lui confère de
la grandeur et du respect. Elle intervient du vers 25 à la fin, comme
juge des deux discours précédents.
Désignée en métaphore (et en périphrase) comme « Le plus terrible des enfants », le vent parvient alors à déraciner le chêne. Le roseau ayant plié mais ne s’est pas rompu.
La Fontaine parle peu du roseau dans cette partie, mais celui-ci sort victorieux du combat. En revanche, il parle beaucoup du chêne : les deux derniers vers peuvent montrer la fatalité de la mort du chêne.
C’est une morale rare et insolite qui surprend.
Conclusion
Le chêne, puissant et imposant protecteur égocentrique se voit déraciné par
le vent, sans avoir pour autant plié. De son côté, le roseau
est resté debout, mais avec habileté, en courbant la tête.
La Fontaine arrive donc à inverser son dogme, sa thèse habituelle,
en lui trouvant une exception qu’il exploite. « La loi du plus fort
n’est pas toujours la meilleure » pourrait être la morale de
cette fable.
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