Les Confessions de Saint-Augustin

Larcin (Livre II, chapitre 4)




Introduction

Saint-Augustin :
- grand théologien latin
- père de l’Eglise

Les Confessions : - Première œuvre littéraire du genre autobiographique
                               - Devenue hagiographie (vie d’un saint) de façon posthume
                               - Itinéraire spirituel de la conversion chrétienne qui va durablement influencer la pensée catholique (augustinisme = jansénisme)
Les Confessions est une œuvre autobiographique d'Augustin d'Hippone, écrite entre 397 et 398, dans laquelle il raconte sa quête de Dieu. Les Confessions ont un double but : avouer ses péchés et ses fautes directement à Dieu (confession au sens chrétien) mais aussi proclamer la gloire de Dieu. L'œuvre est composée de treize livres. « Les treize livres de mes Confessions louent le Dieu juste et bon de mes maux et de mes biens, ils élèvent vers Dieu l'intelligence et le cœur de l'Homme. » C'est un ouvrage fondamental, tant par la profondeur des analyses qui y sont faites que par la qualité du style de l'écriture.

Anecdote analytique autobiographique qui évoque un fait significatif : un maraudage d’adolescent pour illustrer la nécessitée de la conversion et met en lumière des enjeux du genre et ses finalités.

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Lu par Thomas de Châtillon - source : litteratureaudio.com




Chapitre IV, Larcin

9. Le larcin est condamné par votre loi divine, Seigneur, et par cette loi écrite au cœur des hommes, que leur iniquité même n’efface pas. Quel voleur souffre volontiers d’être volé ? Quel riche pardonne à l’indigent poussé par la détresse ? Eh bien ! moi, j’ai voulu voler, et j’ai volé sans nécessité, sans besoin, par dégoût de la justice, par plénitude d’iniquité ; car j’ai dérobé ce que j’avais meilleur, et en abondance. Et ce n’est pas de l’objet convoité par mon larcin, mais du larcin même et du péché que je voulais jouir. Dans le voisinage de nos vignes était un poirier chargé de fruits qui n’avaient aucun attrait de saveur ou de beauté. Nous allâmes, une troupe de jeunes vauriens, secouer et dépouiller cet arbre, vers le milieu de la nuit, ayant prolongé nos jeux jusqu’à cette heure, selon notre détestable habitude, et nous en rapportâmes de grandes charges, non pour en faire régal, si toutefois nous y goûtâmes, mais ne fût-ce que pour les jeter aux pourceaux : simple plaisir de faire ce qui était défendu. Voici ce cœur, ô Dieu ! ce cœur que vous avez vu en pitié au fond de l’abîme. Le voici, ce cœur ; qu’il vous dise ce qu’il allait chercher là, pour être gratuitement mauvais, sans autre sujet de malice que la malice même. Hideuse qu’elle était, je l’ai aimée ; j’ai aimé à périr ; j’ai aimé ma difformité ; non l’objet qui me rendait difforme, mais ma difformité même, je l’ai aimée ! Âme souillée, détachée de votre appui pour sa ruine, n’ayant dans la honte d’autre appétit que la honte ! Mais quelle honte !

Les Confessions de Saint-Augustin - Livre II
Traduction de M. Moreau (1864)


Annonce des axes


Commentaire littéraire

I. Un texte répondant aux traditions autobiographiques avant même qu’elles ne soient déterminées

1. Le respect du pacte autobiographique

- narrateur, auteur et personnage confondus
- voix de Dieu
- du converti (vocabulaire religieux)

2. La situation d’énonciation

- décalage temps récit / action
- « je » perdu au milieu des autres
› dilution de sa responsabilité individuelle dans la responsabilité collective d’une « bande de mauvais garçons » : comportement grégaire (de groupe)
+ son cœur a commis la faute et non lui

3. La particularité du texte

- souci permanent de l’unique destinataire : invocations
- place périphérique du lecteur



II. Un exemple pour le lecteur

1. La construction du texte

- énonciation de la loi divine
- narration : aveu de la transgression
- circonstances : atmosphère dramatique 
- Augustin s’en remet à la mansuétude (capacité à pardonner) de Dieu

2. Les circonstances aggravantes


- nuit : êtres des ténèbres
- lexique de la justice
- poires : réminiscence (allusion) biblique
- lexique de la chute : pêché véniel (sans importance) = inclination pour « la malice »
=> enquête psychologique (manifestation de la capacité de l’Homme à commettre des péchés) doublée d’une quête spirituelle (perpétuation du pêché originel)


Conclusion

Ecriture autobiographique = acte de foi
- anecdote
- réflexion sur la finalité de l’écriture autobiographique : convaincre de la nécessaire vérité de la parole divine
- méditation sur l’attrait exercé par le mal chez l’homme
- démonstration théologique (confrontation entre le créateur et sa créature)








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