Les Faux-monnayeurs

André Gide

Le dialogue de sourds - Extrait du chapitre XIV, 3ème partie

De "Il m'importe de me prouver que je suis un homme de parole" à "Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant."





Problématique

Quelle est la fonction de ce passage dans le roman ?
En quoi les idées débattues sont-elles représentatives du roman Les Faux-Monnayeurs et de la morale de Gide.


Lecture de l'extrait

Annonce des axes

Commentaire littéraire

I- Le rôle des personnages

Nous étudierons les relations entre les personnages et nous verrons quel est leurs rôles dans le débat puisque ce passage est un dialogue argumentatif. Qui se résume à « comment choisir sa vie ».

a- Un jeune homme opposé à l'homme expérimenté

Bernard pose des questions (l.11 à 15 – l.50-52) : il utilise des phrases suspensives et interrogatives. Ce qui traduit ses doutes, ses hésitations et qui s'opposent au calme d'Edouard : qui parle souvent par sentences, et le « on » de généralisation. Proverbes

b- Mais dialogue de sourds

L.16-26: Edouard ne veut parler que de ce qu'il connait, c'est-à-dire la littérature. Alors que Bernard continue son récit. (l.27) « Continua sans l'entendre ».

c- Le rôle important d'Edouard : semblable à celui de Socrate

Il facilite la prise de conscience, il permet à Bernard de faire le récit rétrospectif des événements de la veille (l'ange). Il accouche les esprits. Il ne prétend pas être le détenteur de solutions mais cherche à éclairer Bernard.
(L.10) « Expliquez-vous » : le pousse à se révéler et y méditer.
(L.53-54) et (L.62) : Edouard formule ce que Bernard avait déjà compris instinctivement mais n'arrivait pas à le formuler.

Conclusion : Edouard guide Bernard à voir la réalité, à choisir comment vivre. Edouard serait le double de l'auteur tandis que Bernard  serait le lecteur.


II- La critique de toutes formes d'endoctrinement

A travers ce dialogue : le lecteur est amené à se poser la question de l'engagement: quel but ? (L.27à49). À travers les propos de Bernard, Edouard critique ceux qui « s'engage aveuglement ».

a- Ce que dénonce Bernard et à travers lui, Gide

Il parle d'une réunion publique L.29 et parle de s'engager (dans l'armée). Ce que dénonce Gide est la tentation de suivre aveuglément un leader politique.
L.29 à 35 : Gide dénonce les « sirènes » du nationalisme. Il veut montrer combien de se soumettre à une cause, à un leader est tentant.

b- La manière dont il dénonce cette « tentation », un recours à l'ironie

Il tourne en dérision. (L.30-31) : « honneur national », « dévouement »
(L.39) : Bernard quitte la réunion à cause de la tête des adhérents. Il veut montrer que ceux qui adhèrent à ce genre d'idée sont des imbéciles, peu d'envergure individuelle.

 « abdiquer », « jugeote » : dépréciatif pour montrer qu'il ne faut pas ressembler à ces gens. Il ne fait pas que critiquer, et propose une leçon à son lecteur.


III- Une leçon de vie et de littérature

Le passage apparaît comme un bon résumé de la morale gidienne. Le passage montre bien ses idées défendues.

a- Une leçon de vie

Image de Christophe Colomb « avancer droit devant », l'homme doit avoir un idéal. La réponse est en nous-mêmes. On ne peut-être sous l'autorité d'autrui.
« Tirer le meilleur de soi-même » L. 57-58 Chiasme.
Par le doute de Bernard, Gide répond que l'on est guidé par son instinct.
(L.12) « Cette force » = instinct, Il faut suivre cette nature.
Gide nous invite à suivre notre pente, mais la pente ascendante.

b- Une leçon de littérature

Pour Edouard, un bon écrivain est celui qui explore des terres inconnues, qui veut aller devant, tout droit. Il oppose cela aux « Faux Monnayeurs », ceux qui se basent sur la mode, de ce qui va plaire sans être capable d'innover. Le passage pourrait être comme une mise en garde contre les écrivains qui soutiennent un engagement. Un écrivain est là pour innover et non pour servir une cause politique, mais la cause de l'humanité.

Edouard représente l'écrivain qui ne doit pas abdiquer sa liberté.



Conclusion

Ainsi, dans cet extrait de Les Faux-Monnayeurs, Gide pose le problème de l'engagement pour tout individu mais aussi pour l'écrivain.
Gide montre la difficulté de l'engagement, et c'est finalement le libre arbitre qui triomphe dans ce texte.

La fonction du passage dans le roman, on est presque au seuil de ce roman, Bernard ne réapparaitra pas et Gide tire la morale des aventures de Bernard, d'Olivier et d'Edouard qui va à l'encontre de la morale : il nous résume sa conception de l'existence en une sentence. Le passage pourrait être mis en écho avec tout le roman tant elle résume bien la morale de Gide.






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Merci à Charlotte pour cette fiche sur Les Faux-monnayeurs