1845 : Pierre et Félicité Rougon ont plus de
50 ans
Ils n’ont toujours pas réussi à faire fortune. Ils se retirent
des affaires (marchands d’huiles). Ils s’installent dans logement
médiocre : rue de la Banne (quartier populaire / limitrophe de Ville Neuve,
quartier riche).
Première description du salon (importance capitale tout au long de l’œuvre)
Lieu de réaction contre la République.
Lecture du texte
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Mais tous ses soins furent pour le salon. Elle réussit presque à en faire un lieu habitable. Il était garni d'un meuble de velours jaunâtre, à fleurs satinées. Au milieu se trouvait un guéridon à tablette de marbre ; des consoles, surmontées de glaces, s'appuyaient aux deux bouts de la pièce. Il y avait même un tapis qui ne couvrait que le milieu du parquet, et un lustre garni d'un étui de mousseline blanche que les mouches avaient piqué de chiures noires. Aux murs étaient pendues six lithographies représentant les grandes batailles de Napoléon. Cet ameublement datait des premières années de l'Empire. Pour tout embellissement, Félicité obtint qu'on tapissât la pièce d'un papier orange à grands ramages. Le salon avait ainsi pris une étrange couleur jaune qui l'emplissait d'un jour faux et aveuglant ; le meuble, le papier, les rideaux de fenêtre étaient jaunes ; le tapis et jusqu'aux marbres du guéridon et des consoles tiraient eux-mêmes sur le jaune. Quand les rideaux étaient fermés, les teintes devenaient cependant assez harmonieuses, le salon paraissait presque propre. Mais Félicité avait rêvé un autre luxe. Elle voyait avec un désespoir muet cette misère mal dissimulée. D'habitude, elle se tenait dans le salon, la plus belle pièce du logis. Une de ses distractions les plus douces et les plus amères à la fois était de se mettre à l'une des fenêtres de cette pièce, qui donnaient sur la rue de la Banne. Elle apercevait de biais la place de la Sous-préfecture. C'était là son paradis rêvé. Emile Zola, LA FORTUNE DES ROUGON (1870) |
I - Une description réaliste
a) Le souci des détails
- Champs lexical de l’ameublement : « meuble de velours jaunâtre », « un
guéridon », « console », « tapis », « lustre »
b) le souci de la localisation spatiale
- Le lecteur visualise la pièce
- prépositions de lieu : « du milieu »
- « au deux bouts de la pièce », « aux
murs »
c) Le souci de la temporalité
- « lithographie », « datait des années de l’Empire »
Transition : tous ces détails vont avoir une valeur symbolique.
II- Une description symbolique
a) Lieu d’échec, de médiocrité, de frustration
- Echec et médiocrité
- adverbe : « presque » deux fois
- locution restrictive : « ne… que »
- nom : « chiure », « misère »
- suffixe péjoratif : -âtre
- Frustration
- emploi du plus-que-parfait : « avait rêvé »
- « désespoir muet », « amère distraction »
b) Symbole factice et dissimulation
- Ils n’ont aucune opinion politique, ce sont des opportunistes : royaliste au début, puis bonapartiste avec les conseils d’Eugène
- Lieu théâtral : « qui l’emplissait d’un jour faux et aveuglant »
- Lieu capable de métamorphose : « quand les rideaux étaient
fermés, les teintes devenaient… »
- Obsession de dissimulation
- pauvreté : « misère mal dissimulée », « garni » deux
fois
- famille
- sentiment : « désespoir muet »
c) Symbole de l’ambition
- Désir de luxe / apparence : « fleurs satinées », « console
surmontées de glace »
- Désir d’ascension : « lithographies de Napoléon », « les
ramages », « la place de la Sous-préfecture. C’était là son paradis
rêvé. »
d) Couleur symbolique
- Couleur de l’huile, de la trahison, de l’or/richesse, de l’orange
du papier
Merci à Fluvine pour cette fiche