Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau

Préambule. Intus, et in cute

Jean-Jacques Rousseau






Plan de la fiche sur le Préambule. Intus, et in cute - Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau :
Introduction
Lecture du texte
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Le projet d'écriture de son autobiographie, Les Confessions, est venu à Jean-Jacques Rousseau lors d'une crise où il crût mourir (1761). Il écrit alors de nombreuses lettres puis finalement, il décide d'écrire le préambule de Neuchâtel et enfin les Confessions.

    De 1765 à 1770, il les débute en Angleterre. Les manuscrits de Neuchâtel sont écrits au cours de ses voyages. Il commence alors à les lire dans les salons mais leurs publications n'auront lieu que 20 ans après l'écriture et 4 ans après son décès.

    Le Préambule. Intus, et in cute est le deuxième préambule aux Confessions. Il y a deux écrits, deux préambules, ce qui montre que Roussseau entendait absolument ses intentions et inscrire Les Confessions comme un projet en tout point original et particulier.

    Il s'agit de trois paragraphes qui précèdent le début de la relation autobiographique. Ces trois paragraphes sont eux-mêmes inscrits sous le signe de l'épigraphe : « Intrus, et in cute ».

    Ce préambule des Confessions permet à son auteur, Jean-Jacques Rousseau de présenter son projet autobiographique.


Lecture du texte


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Lu par Clotilde - source : litteratureaudio.com

Préambule aux Confessions de Rousseau

Intus, et in cute

Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là.

Les Confessions - Jean-Jacques Rousseau

Intus, et in cute : à l'intérieur et sous la peau



Annonce des axes

I. Le projet autobiographique
1. Une autobiographie...
2. ...pour des destinataires

II. Un texte paradoxal
1. L'auteur se déclare incomparable
2. L'auteur appelle à la comparaison

III. Les difficultés du projet
1. Mise en lumière de certaines craintes
2. Volonté excessive de donner une bonne image de soi et de convaincre



Commentaire littéraire

I. Le projet autobiographique

1. Une autobiographie...

Large emploi du pronom personnel : 21 " je ", première personne + " moi ", adjectifs possessifs.

Fin du premier paragraphe : "et cet homme ce sera moi.", repris en début du deuxième paragraphe "Moi seul." -> Mise en valeur du "moi". Unicité du moi ("seul").

Annonce du projet, le narrateur parle de lui : " je veux montrer … un homme ", " je viendrai me présenter ", " j’ai dévoilé mon intérieur " -> Rousseau veut se montrer tel qu'il est.

Originalité du projet : "Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple", "point d'imitateur".

Champ lexical de la monstration : "montrer", "dire", "présenter"...

Insistance sur la nécessité de retranscrire la vérité ("vérité", "franchise",...)

Ce livre, c'est sa vie ; c’est l’interprétation, la représentation de sa vie.

2. ...pour des destinataires

Deuxième personne "toi", "tu", "te" d’où exigence de vérité et d’honnêteté.

Destinataires : Le texte autobiographique a une caractéristique de dialogue en admettant la présence de destinataires.
- vers l'humanité "semblable", "les hommes",
- vers le lecteur "après m'avoir lu", "le livre à la main", "on",
- vers Dieu "le souverain juge", "Etre éternel".



II. Un texte paradoxal

1. L’auteur se déclare incomparable

Dès le début "ne jamais, ne pas, ne point" moi = fin du premier paragraphe => texte centré sur la narrateur.
Refus de la comparaison débutée dans le premier paragraphe et poursuivie dans le deuxième.
Phrase de construction parallèle "je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vu, j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent".

Le personnage est "seul" dans le deuxième paragraphe : unicité.
L’entreprise est originale, pas par elle-même, mais par son personnage : originalité revendiquée.

Sentiment de supériorité :
Tutoiement de Dieu : ordre hiérarchique ébranlé.
Utilisation du champ lexical de la bible en liaison avec la genèse.
opposition Rousseau (je) / foule.

= volonté de marquer le refus net en absence d’argument + image du moule brisé (particularité de l’individu), d’où affirmation de la différence "je suis autre".

2. L’auteur appelle à la comparaison

Jean Jacques Rousseau demande à être jugé. Exemple dans la dernière phrase de ce préambule : "qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là."

Demande de rassemblement d’une assemblée innombrable = importance du nombre de témoins. Convocation du public par Dieu : "Rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables." => référence au jugement dernier.

Insistance : impératifs, rythme ternaire d’insistance.

Volonté de placer la comparaison sur la plan de la sincérité.

Quand il n’a plus le vrai, il a le vraisemblable.
Tel que je fus / toute sa vérité et son authenticité/ la même sincérité.
Balance du " bien et mal " (bien en premier, mal en deuxième) : il montre tout.
"Méprisable et vil" // "Bon, généreux, sublime".
"rien tu de mauvais, rien ajouter de bon".

Confrontation avec Dieu, jugement dernier : une perspective apocalyptique ("c’est la fin des temps"). Il demande un jugement (pour le mal), une appréciation (pour le bien)…
Cette confrontation rappelle la procédure chrétienne, mais il manque la dimension essentielle du repentir : cet aveu devient un défi.
Un défi au bénéfice attendu du narrateur ("s’il ose"), "une" > "innombrable".
Le futur montre la certitude. Le subjonctif annonce l’envie de défi.


III. Les difficultés du projet

1. Mise en lumière de certaines craintes

Insistance sur l’aveu du mal (est-ce faisable ?).

Infraction à l’engagement "quelque ornement" => roman, d’où limite de sincérité et de la capacité de souvenir : vocabulaire révélateur : " supposer avoir pu "= excuse, défaut de mémoire.

Il se met en scène ; il aime être un acteur ; il va montrer ce qu’il veut. Plus il va se montrer, plus il va se cacher.

Difficulté : problèmes de mémoires.

2. Volonté excessive de donner une bonne image de soi et de convaincre

Il peut prendre la parole sans être interrompu. Le lecteur écoute celui qui n’a pu parler => volonté de justification de Rousseau sur sa vie. Cela lui permet de rejouer sa vie : son livre devient la scène où il va séduire.
Hyperbole du moi.
Fréquence de la première personne, de sa variété : " je ", " me ", " moi ",...
Investissement personnel important. La fréquence de la première personne place Rousseau sur le devant de la scène.
Parallélisme de construction, rythme ternaire. Ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus/
bon, généreux, sublime.
Opposition tranchée : bien/mal, mauvais/bon, vrai/faux, méprisable, vil/bon généreux.
Anaphores je, si, que = effet sur le lecteur : émotion grandissante, séduction délibérée.

Tout cela permet à Rousseau de rejouer sa vie et il devient la scène de théâtre où il va séduire. L’autobiographie est une entreprise de séduction.

Mais absence de véritable argumentation.



Conclusion

     Dans ce préambule "Intus, et in cute", Jean-Jacques Rousseau annonce son projet autobiographique. Par ce texte, Rousseau dévoile déjà certains aspects de la personnalité. Ce préambule montre l'orgueil et la recherche de la sincérité de Rousseau.
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Merci à Camille pour cette analyse sur le préambule. Intus, et in cute. - Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau