Le Grand Meaulnes

Alain-Fournier

Epilogue

De "L'homme fit jouer..." à la fin du livre.




Plan de la fiche sur l'excipit de Le Grand Meaulnes de Alain-Fournier :
Introduction
Texte étudié
Structure du texte
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Auteur : De son vrai nom Henri Alban Fournier né en 1886 à la Chapelle d’Anguillon et mort en 1914 à la guerre (porté disparu le 22 septembre).

Œuvre : Le Grand Meaulnes est la seule œuvre d’Alain-Fournier. Elle fut publiée en 1913 peu avant la première guerre mondiale, période rythmée par le progrès technique. L'histoire de Le Grand Meaulnes  est fortement similaire à la vie d’Alain Fournier.
Publié dans la nouvelle revue française.

Cet extrait de Le Grand Meaulnes se situe après une ellipse d’un an. C’est la fin de l’œuvre = excipit.

Alain-Fournier
Alain-Fournier - 1913


Texte étudié


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Lu par Pomme - source : litteratureaudio.com



    L'homme fit jouer doucement, sans bruit, le loquet de la porte. Mais je l'avais refermée, aussitôt sorti. Il fit de même à l'entrée de la cuisine. Puis, hésitant un instant, il tourna vers moi, éclairée par le demi-jour, sa figure inquiète. Et c'est alors seulement que je reconnus le grand Meaulnes.
    Un long moment je restai là, effrayé, désespéré, repris soudain par toute la douleur qu'avait réveillée son retour. Il avait disparu derrière la maison, en avait fait le tour, et il revenait, hésitant.
    Alors je m'avançai vers lui, et sans rien dire, je l'embrassai en sanglotant. Tout de suite, il comprit :
    "Ah ! dit-il d'une voix brève, elle est morte, n'est-ce pas ?"
    Et il resta là, debout, sourd, immobile et terrible. Je le pris par le bras et doucement je l'entraînai vers la maison. Il faisait jour maintenant. Tout de suite, pour que le plus dur fût accompli, je lui fis monter l'escalier qui menait vers la chambre de la morte. Sitôt entré ; il tomba à deux genoux devant le lit et, longtemps, resta la tête enfouie dans ses deux bras.
    Il se releva enfin, les yeux égarés, titubant, ne sachant où il était. Et, toujours le guidant par le bras, j'ouvris la porte qui faisait communiquer cette chambre avec celle de la petite fille. Elle s'était éveillée toute seule - pendant que sa nourrice était en bas - et, délibérément, s'était assise dans son berceau. On voyait tout juste sa tête étonnée, tournée vers nous.
    "Voici ta fille", dis-je.
    Il eut un sursaut et me regarda.
    Puis il la saisit et l'enleva dans ses bras. Il ne put pas bien la voir d'abord, parce qu'il pleurait. Alors, pour détourner un peu ce grand attendrissement et ce flot de larmes, tout en la tenant très serrée contre lui, assise sur son bras droit, il tourna vers moi sa tête baissée et me dit :
    "Je les ai ramenés, les deux autres... Tu iras les voir dans leur maison".
    Et en effet, au début de la matinée, lorsque je m'en allai, tout pensif et presque heureux vers la maison de Frantz, qu'Yvonne de Galais m'avait jadis montrée déserte, j'aperçus de loin une manière de jeune ménagère en collerette, qui balayait le pas de sa porte, objet de curiosité et d'enthousiasme pour plusieurs petits vachers endimanchés qui s'en allaient à la messe...
    Cependant la petite fille commençait à s'ennuyer d'être serrée ainsi, et comme Augustin, la tête penchée de côté pour cacher et arrêter ses larmes continuait à ne pas la regarder, elle lui flanqua une grande tape de sa petite main sur sa bouche barbue et mouillée.
    Cette fois le père leva bien haut sa fille, la fit sauter au bout de ses bras et la regarda avec une espèce de rire. Satisfaite, elle battit des mains...
    Je m'étais légèrement reculé pour mieux les voir. Un peu déçu et pourtant émerveillé, je comprenais que la petite fille avait enfin trouvé là le compagnon qu'elle attendait obscurément. La seule joie que m'eût laissée le grand Meaulnes, je sentais bien qu'il était revenu pour me la prendre. Et déjà je l'imaginais, la nuit, enveloppant sa fille dans un manteau, et partant avec elle pour de nouvelles aventures.

Alain-Fournier - Le Grand Meaulnes - L'épilogue




Structure du texte

De "L'homme fit jouer…" à "et il revenait, hésitant." : Arrivée imprévue de Meaulnes inquiet.
De "Alors je m'avançais vers lui…" à "elle battit des mains." : Annonce du décès + présentation fille + bonheur dégradé de Valentine et Frantz.
De "Je m'étais légèrement reculé…" à la fin du livre : commentaires mélancoliques.


Annonce des axes

I. L'impossible bonheur
1. Le bonheur de Frantz et Valentine
2. Un autre bonheur mais fugace (de passage)
3. Amour absolu rêvé par Meaulnes et Yvonne lui est interdit

II. La difficulté du grand Meaulnes à rentrer dans l'âge adulte
1. Souffrance - rêve contre réalité
2. Difficulté à grandir -> fuite



Commentaire littéraire

I. L'impossible bonheur

1. Le bonheur de Frantz et Valentine

- Bonheur banal et dégradé.
- « les deux autres » + « de loin » + « une manière de jeune ménagère » + « objet » -> distance prise avec ce bonheur dégradé.
- Activité banale : « balayait »

2. Un autre bonheur mais fugace (de passage)

- Bonheur de l’enfance
- Petite fille : Tête étonnée + tourner vers nous + lui flanquer une grande tape + de sa petite main + grand/petit = attendrissements
- « la petite fille avait enfin trouvé là le compagnon qu'elle attendait obscurément » = savoir intuitif.

3. Amour absolu rêvé par Meaulnes et Yvonne lui est interdit

- Impossibilité de Meaulnes d’entrer dans cette maison.
- Hésitant + figure inquiète.
- Beaucoup de virgules + adverbe (lentement, doucement et aussitôt) + longues phrases = impossible.
- Meaulnes subit et n’agit pas « je le pris », « lui fis... ».
- Registre pathétique = souffrance = fin adolescence.
- La morte = Yvonne.


II. La difficulté du grand Meaulnes à rentrer dans l'âge adulte

1. Souffrance - rêve contre réalité


- Chapitre 1 = rencontre => espoir alors que épilogue = séparation => désespoir - « La seule joie que m'eût laissée le grand Meaulnes, je sentais bien qu'il était revenu pour me la prendre. » -> Meaulnes reprend sa fille et disparaît avec elle laissant François seul => fuite du bonheur.

2. Difficulté à grandir -> fuite


- Fuite de Meaulnes.
- Importance du rêve : Chapitre 1 = soir -> rêve qui peut commencer alors que épilogue = matin -> Rêve qui se termine.





Conclusion

Meaulnes court après son rêve lié à l’enfance, d’un monde paradisiaque. On remarque que l’Epilogue est l’unique extrait où le réel est très présent. De plus, la fin est ouverte car le roman ne s’arrête pas à la mort d’Yvonne de Galais.

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Merci à Romain pour cette analyse sur l'excipit de Le Grand Meaulnes de Alain-Fournier