Les Lettres persanes

Montesquieu

Lettre 52 (1721)





Plan de la fiche sur La Lettre persane 52 (LII) de Montesquieu :
Introduction
Texte de la lettre 52
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

      Les Lettres persanes, écrites par Montesquieu, ont été publiées en 1721 anonymement. L’éditeur présente son livre comme un recueil de lettres fictives de Persans qui l’aurait recueilli chez lui. Cela permet d’éviter la censure. Les deux personnages principaux, Rica et Usbek, sont deux riches Persans qui ont quitté Ispahan pour rejoindre Paris. Leur séjour s’étend sur une dizaine d’années de 1711 à 1720. Ils écrivent beaucoup pour raconter ce qu’ils observent à leurs proches restés en Perse et aussi à leur ami Rhédi qui voyage en Europe. Ils observent les mœurs occidentales. Montesquieu va comparer deux mondes : l’Orient et l’Occident. Ce thème est très répandu au 18ème siècle. Ici il s’agit de la lettre 52 écrite par Rica pour Usbek.

    => Synthèse sur Les Lettres persanes


Texte de la lettre 52

RICA A USBEK
A ***.


      J'étais l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il y avait là des femmes de tous les âges : une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante, laquelle avait une nièce qui pouvait en avoir vingt ou vingt-deux. Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à l'oreille : Que dites-vous de ma tante, qui à son âge veut avoir des amants, et fait la jolie ? Elle a tort, lui dis-je : c'est un dessein qui ne convient qu'à vous. Un moment après, je me trouvai auprès de sa tante, qui me dit : Que dites-vous de cette femme qui a pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à sa toilette ? C'est du temps perdu, lui dis-je ; et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer. J'allai à cette malheureuse femme de soixante ans, et la plaignais dans mon âme, lorsqu'elle me dit à l'oreille : Y a-t-il rien de si ridicule ? Voyez-vous cette femme qui a quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de feu ; elle veut faire la jeune, et elle y réussit : car cela approche de l'enfance. Ah ! bon Dieu, dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres ? C'est peut-être un bonheur, disais-je ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui. Cependant j'étais en train de me divertir, et je dis : Nous avons assez monté, descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet. Madame, vous vous ressemblez si fort, cette dame à qui je viens de parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux soeurs ; et je ne crois pas que vous soyez plus âgées l'une que l'autre. Eh ! vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur : je ne crois pas qu'il y ait d'elle à moi deux jours de différence. Quand je tins cette femme décrépite, j'allai à celle de soixante ans : Il faut, madame, que vous décidiez un pari que j'ai fait ; j'ai gagé que cette femme et vous (lui montrant la femme de quarante ans) étiez de même âge. Ma foi, dit-elle, je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence. Bon, m'y voilà ; continuons. Je descendis encore, et j'allai à la femme de quarante ans. Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce ? Vous êtes aussi jeune qu'elle ; elle a même quelque chose dans le visage de passé, que vous n'avez certainement pas ; et ces couleurs vives qui paraissent sur votre teint... Attendez, me dit-elle : je suis sa tante, mais sa mère avait pour le moins vingt-cinq ans plus que moi : nous n'étions pas de même lit ; j'ai ouï dire à feu ma soeur que sa fille et moi naquîmes la même année. Je le disais bien, madame, et je n'avais pas tort d'être étonné.
      Mon cher Usbek, les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte de leurs agréments voudraient reculer vers la jeunesse. Eh ! comment ne chercheraient-elles pas à tromper les autres ? elles font tous leurs efforts pour se tromper elles-mêmes, et pour se dérober à la plus affligeante de toutes les idées.

A Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1713.  



Annonce des axes

I. La lettre
1. Genre épistolaire
2. Structure de la lettre

II. Portraits de femmes
1. La coquetterie
2. Jalousie et mesquinerie
3. Peur de la mort et de vieillir

III. Le narrateur
1. Le narrateur est l'intermédiaire des femmes
2. La satire



Commentaire littéraire

I. La lettre

1. Genre épistolaire

2. Structure de la lettre

Structure très bien organisée :     => Raisonnement déductif. Montesquieu est parti de sa thèse à son exemple.


II. Portraits de femmes

Quatre générations de femmes qui ont toutes les mêmes caractéristiques.

1. La coquetterie

2. Jalousie et mesquinerie

3. Peur de la mort et de vieillir

III. Le narrateur

Le narrateur porte un regard étranger sur cette société de femmes. Cette expérience le divertit.

1. Le narrateur est l’intermédiaire des femmes

2. La satire
      => Le narrateur se montre comme un penseur, un philosophe qui dénonce les travers de la société.





Conclusion

      Montesquieu critique les parisiennes et leur souhait de rester jeune. Il les trouve superficielles et rentre dans leur jeu pour mieux les critiquer. Pour cela il utilise Rica comme porte-parole. La satire de ces mœurs est universelle. La coquetterie est très présente encore dans notre société. Pour rester jeune, beaucoup de femmes sont prêtes à se tourner vers la chirurgie esthétique.

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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse de La Lettre persane 52 de Montesquieu