Lorenzaccio

Alfred de Musset - 1834

Acte II, scène 4 : Apparition du spectre

Du début de la scène à "...quelque chose qui l'étonnera."





Plan de la fiche sur la scène 4 de l'acte II de Lorenzaccio de Alfred de Musset :
Introduction
Texte de l'extrait
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Lorenzaccio est une pièce romantique écrite par Alfred de Musset. Le romantisme a été fondé en France par Victor Hugo. Les romantiques français se sont inspirés des allemands, ils s'intéressent aux thèmes historiques, à des moments particuliers de l'histoire, en 1830 : la monarchie de juillet (Louis Philippe).

Lorenzaccio se déroule en 1537 à Florence, des événements réels sont rapportés dans cette pièce particulière :
- beaucoup de personnages
- les événements de plusieurs années sont concentrés ici en 9 jours
- Musset mêle la fiction au réel
Musset nous livre une relecture du passé afin de faire réfléchir les lecteurs sur cette époque.

Musset
Alfred de Musset


Acte II scène 4 : scène du spectre : la mère de Lorenzaccio voit le spectre de son fils du temps où il était jeune et studieux ; ce spectre disparaît lorsque le vrai Lorenzo arrive.
On a dit avant à Alexandre, le duc, que Lorenzaccio est dangereux, cependant la scène montre un lien intime entre eux.
La scène se déroule au palais des Soderini.


Texte de l'extrait

ACTE II, SCENE IV Au palais des Soderini.
MARIE SODERINI, CATHERINE, LORENZO, assis.

CATHERINE, tenant un livre.
Quelle histoire vous lirai-je, ma mère ?

MARIE
Ma Cattina se moque de sa pauvre mère. Est-ce que je comprends rien à tes livres latins ?

CATHERINE
Celui-ci n'est point en latin, mais il en est traduit. C'est l'histoire romaine.

LORENZO
Je suis très fort sur l'histoire romaine. Il y avait une fois un jeune gentilhomme nommé Tarquin le fils.

CATHERINE
Ah! c'est une histoire de sang.

LORENZO
Pas du tout; c'est un conte de fées. Brutus était un fou, un monomane, et rien de plus. Tarquin était un duc plein de sagesse, qui allait voir en pantoufles si les petites filles dormaient.

CATHERINE
Dites-vous aussi du mal de Lucrèce ?

LORENZO
Elle s'est donné le plaisir du péché et la gloire du trépas. Elle s'est laissé prendre toute vive comme une alouette au piège, et puis elle s'est fourré bien gentiment son petit couteau dans le ventre.

MARIE
Si vous méprisez les femmes, pourquoi affectez-vous de les rabaisser devant votre mère et votre soeur ?

LORENZO
Je vous estime, vous et elle. Hors de là, le monde me fait horreur.

MARIE
Sais-tu le rêve que j'ai eu cette nuit, mon enfant ?

LORENZO
Quel rêve?

MARIE
Ce n'était point un rêve, car je ne dormais pas. J'étais seule dans cette grande salle, ma lampe était loin de moi, sur cette table auprès de la fenêtre. Je songeais aux jours où j'étais heureuse, aux jours de ton enfance, mon Lorenzino. Je regardais cette nuit obscure, et je me disais: il ne rentrera qu'au jour, lui qui passait autrefois les nuits à travailler. Mes yeux se remplissaient de larmes, et je secouais la tête en les sentant couler. J'ai entendu tout d'un coup marcher lentement dans la galerie ; je me suis retournée, un homme vêtu de noir venait à moi, un livre sous le bras : c'était toi, Renzo: " Comme tu reviens de bonne heure ! " me suis-je écriée. Mais le spectre s'est assis auprès de la lampe sans me répondre ; il a ouvert son livre, et j'ai reconnu mon Lorenzino d'autrefois.

LORENZO
Vous l'avez vu ?

MARIE
Comme je te vois.

LORENZO
Quand s'en est-il allé ?

MARIE
Quand tu as tiré la cloche ce matin en rentrant.

LORENZO
Mon spectre, à moi ! Et il s'en est allé quand je suis rentré ?

MARIE
Il s'est levé d'un air mélancolique, et s'est effacé comme une vapeur du matin.

LORENZO
Catherine, Catherine, lis-moi l'histoire de Brutus.

CATHERINE
Qu'avez-vous ? vous tremblez de la tête aux pieds.

LORENZO
Ma mère, asseyez-vous ce soir à la place où vous étiez cette nuit, et si mon spectre revient, dites-lui qu'il verra bientôt quelque chose qui l'étonnera.


Extrait de l'acte II, scène IV de Lorenzaccio - Alfred de Musset




Annonce des axes

I. Lorenzo et son double
II. La fonction du spectre



Commentaire littéraire

I. Lorenzo et son double

L'apparition : Marie voit le spectre, elle croit que c'est un rêve mais c'est bel et bien une apparition : « j'ai entendu marcher », « j'ai reconnu » : répétition de verbes de perception
« je ne dormais pas » : confirmation que ce n'est pas un rêve.

Le spectre agit comme un double maléfique qui fait ressortir les images du passé.

Le passé: répétition de « autrefois ».
« Lorenzino » : diminutif affectif de Lorenzo enfant.
Répétition de « livre » : important car c'est lui qui fait ressurgir le passé.
« habit noir » : symbole de l'austérité : enfant, Lorenzo était sage.

« vous tremblez de la tête au pied » -> Trouble de Lorenzaccio.


II. La fonction du spectre

L'impossibilité de la coexistence :

Le spectre fait penser à Hamlet : ce n'est pas le père de Lorenzo mais lui-même : « mon spectre, à moi ! ». étonné -> impression qu'il ne veut pas qu'il y ait deux Lorenzo qui existent.
Le spectre de Lorenzo est parti lorsque le « vrai » est arrivé -> coexistence impossible ?

La présence de la mère est le seul lien entre les deux Lorenzo. Ils ne peuvent coexister qu’à travers elle... On ne sait pas si il est vraiment reparti : lorsque Lorenzo est arrivé, il est peut-être allé en lui.
-> trouble.

Le trouble : « tremblez » -> il comprend que l'un va sans l'autre.
« Catherine, Catherine, relis moi l'histoire de Brutus. »
Catherine est-elle une clé ?
« Histoire » que s'est-il passé dans l'Histoire ? -> une clé
« Brutus »: ambiguïté : lequel ? Celui qui tua César ou Tarquin le Superbe ? même but : libérer de la tyrannie -> importance de l'Histoire.

Le dernier verbe est au futur : « l'étonnera » -> valeur prémonitoire.

Y aura-t-il une réconciliation prochaine entre les deux spectres ?





Conclusion

     La scène est importante car il y apparaît une autre image de Lorenzo, cette apparition le pousse également à agir.

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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse de la scène 4 de l'acte II de Lorenzaccio de Musset