Madame Bovary

Flaubert

Le dialogue d'Emma et de Rodolphe (extrait de la deuxième partie, chapitre XII)

De "Puis elle avait d'étranges idées..." à "...quand on voudrait attendrir les étoiles."






Introduction

Gustave Flaubert (1821-1880). Très influencé par Balzac. Flaubert est un travailleur acharné qui "accouche" de son œuvre dans la douleur, et témoigne d'un souci du détail et d'un style de grande qualité.
Trois œuvres à connaître : L'éducation sentimentale, roman d'apprentissage, Salaambo, grande fresque épique du temps des guerres de Carthage contre Rome, et Madame Bovary.
- Madame Bovary fait scandale à sa sortie. L'œuvre subira un procès pour immoralité où le rôle du procureur est tenu par M. Pinard (qui, quelques années plus tard, prononcera un réquisitoire contre Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire). Flaubert sera relaxé.
- Extrait : Derniers feux de la passion d'Emma pour Rodolphe. Mouvement du texte : du dialogue à l'intervention du narrateur.


Lecture du texte

Puis elle avait d’étranges idées :
— Quand minuit sonnera, disait-elle, tu penseras à moi !
Et, s’il avouait n’y avoir point songé, c’étaient des reproches en abondance, et qui se terminaient toujours par l’éternel mot :
— M’aimes-tu ?
— Mais oui, je t’aime ! répondait-il.
— Beaucoup ?
— Certainement !
— Tu n’en as pas aimé d’autres, hein ?
— Crois-tu m’avoir pris vierge ? exclamait-il en riant.
Emma pleurait, et il s’efforçait de la consoler, enjolivant de calembours ses protestations.
— Oh ! c’est que je t’aime ! reprenait-elle, je t’aime à ne pouvoir me passer de toi, sais-tu bien ? J’ai quelquefois des envies de te revoir où toutes les colères de l’amour me déchirent. Je me demande : « Où est-il ? Peut-être il parle à d’autres femmes ? Elles lui sourient, il s’approche… » Oh ! non, n’est-ce pas, aucune ne te plaît ? Il y en a de plus belles ; mais, moi, je sais mieux aimer ! Je suis ta servante et ta concubine ! Tu es mon roi, mon idole ! tu es bon ! tu es beau ! tu es intelligent ! tu es fort !
Il s’était tant de fois entendu dire ces choses, qu’elles n’avaient pour lui rien d’original. Emma ressemblait à toutes les maîtresses ; et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage. Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions. Parce que des lèvres libertines ou vénales lui avaient murmuré des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement à la candeur de celles-là ; on en devait rabattre, pensait-il, les discours exagérés cachant les affections médiocres ; comme si la plénitude de l’âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.

Flaubert - Madame Bovary - Extrait de la deuxième partie, chapitre XII



Annonce des axes

I. L'échec du dialogue amoureux
II. La critique du langage



Commentaire littéraire

I. L'échec du dialogue amoureux

- L'absence de communication : le dialogue tourne au monologue d'Emma, silence détaché de Rodolphe.
- Le décalage des points de vue : le romantisme d'Emma, Rodolphe et la lassitude du libertin.
- La mise au point du romancier : l'incompréhension de Rodolphe, la candeur d'Emma.


II. La critique du langage

- Une réflexion sur le langage : l'inadéquation de la parole aux sentiments, l'image baroque de l'instrument désaccordé.
- Son application à la situation : le discours romantique jusqu'à l'excès d'Emma.
- Ses implications littéraires : le dialogue et les idées reçues, la faillite du lyrisme.




Conclusion

Un romanesque difficile. Pas de communication romantique entre les êtres. Insuffisances du langage à dire la vérité des sentiments.
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Merci à Nicolas pour cette analyse sur le dialogue d'Emma et de Rodolphe du roman Madame Bovary - Flaubert