- Marivaux et son temps -







    L’année 1730, date à laquelle Le Jeu de l’Amour et du Hasard de Marivaux est représenté, se situe au début d’une évolution en profondeur de la société française qui aboutira à la Révolution, et ce, que ce soit sur le plan politique, économique, social et bien sûr, culturel. Les transformations sont en fait provoquées par l’essor économique que connaît le règne de Louis XV, en particulier sous le ministère du Cardinal de Fleury (1726-1743).

Marivaux
Marivaux



Le contexte politique

    Quand Marivaux naît, en 1688, Louis XIV est sur le trône depuis 1651 et y restera jusqu’en 1715 : la France est alors une monarchie administrative, rationalisée et unifiée. Le pays est perpétuellement en guerre, Louis XIV voulant forger l’image d’une nation forte et puissante. Cependant, les guerres menées par Louis XIV ont entraîné un alourdissement du régime fiscal qui conduit à la mise en place de prêt d’un particulier à l’Etat en échange du contrôle d’un impôt pendant une période de temps donnée. D’immenses fortunes se forgent et font scandale.
    Les mœurs à la Cour restent austères : Louis XIV a épousé la très dévote Madame de Maintenon.

    De 1715 à 1723, après la mort de Louis XIV, la Régence se met en place. L’arrivée du Régent semble alors clore la période de rigueur morale imposée par Louis XIV et Madame de Maintenon. La Cour quitte Versailles et Paris redevient le centre des plaisirs avec un régent ayant un penchant certain pour la débauche. Un des premiers gestes du Régent fut de rappeler la troupe des Comédiens Italiens que Louis XIV avait chassée en 1697.
    Sur le plan politique, l’assouplissement semble également de mise. Au pouvoir autocratique, le Régent substitue un système de conseils permettant une participation accrue à la politique des forces vives du royaume.
    Sur le plan économique, la Régence voit l’instauration de la Banque de Law, qui émit de la monnaie fiduciaire capable de suppléer la rareté des espèces. En 1718, l’établissement devient banque royale entraînant une spéculation massive ; en effet, quand les actionnaires voulurent échanger leurs billets contres des espèces, la banque fit faillite, ne pouvant honorer ses promesses. C’est à la suite de cette banqueroute que Marivaux se trouva ruiné. Bon nombre d’œuvres littéraires (comme les Lettres Persanes de Montesquieu) évoqueront ce désastre. En 1720, les secousses de la faillite du système de Law, cause de la ruine de Marivaux se seront estompées ; un mouvement de hausse des prix stimulera alors les affaires, provoquant une augmentation des revenus de la terre, de l’industrie et du commerce.

    En Europe, la période de 1715 à 1740 est une période de guerres : Espagne, Pologne, Autriche sont en proies aux guerres de Succession.

    De 1723 à 1774, après la mort du Régent, règne Louis XV, « Louis le Bien-Aimé » qui, en 1743, décida de gouverner sans ministre. Le royaume pacifié entre dans une phase d’essor économique.
    C’est à la fin des années 1740 que se font entendre les premières voix discordantes. La France entre à nouveau dans guerres. L’absolutisme du pouvoir est contesté, l’opposition venant surtout des parlementaires qui défendent leurs privilèges locaux face au pouvoir royal. De leur côté, les paysans se révoltent contre les seigneurs. Par ailleurs, l’opinion admet mal les prodigalités du roi pour sa maîtresse, marquise Pompadour ce qui entraîne un ternissement de son image avec, en 1757, l’attentat de Damiens duquel Louis XV réchappera blessé mais vivant.
    Les tentatives de réformes conduites sous le règne de Louis XV seront interrompues par sa mort en 1774.


Le contexte social

    La société du temps de Marivaux s’organise en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état, c’est une société à dominante rurale : plus de 80% des français sont des ruraux.
    Au 18ème siècle, la vie sociale se déroule dans le cadre plus intime de la famille et de la maison bourgeoise. Il n’y a alors plus de différences notables entre haute bourgeoisie et noblesse. Elles ont, en effet, le même mode de vie, le même degré de fortune, et les mêmes aspirations culturelles.
    L’éducation est toujours réservée à une élite intellectuelle, le français étant la langue des personnes cultivées et des cours européennes ; elle remplace alors le latin, langue des savants et des politiques.


Le cadre culturel

    En dramaturgie comme dans les romans ou essais, la guerre et l’héroïsme ne font plus recette et laissent la place au pessimisme qu’expriment les œuvres de La Rochefoucauld, de Madame de La Fayette puis celles de La Bruyère. La comédie du 18ème siècle est directement inspirée de celle de Molière ; or, il s’agit d’un modèle que Marivaux ne reprend pas. L’argent devient un thème de prédilection de la comédie.
    Les artistes français jouissent d’une extrême popularité dans le reste de l’Europe et sont invités à travailler à l’étranger. Toute l’Europe est à l’affût du dernier livre paru en France.


Philosophie, critique et idées nouvelles

    Des idées nouvelles se diffusent, notamment dans les salons littéraires, les cafés, les académies de province et les loges maçonniques. Les philosophes contestent notamment la religion et la monarchie absolue. En 1721, Montesquieu fait, dans ses Lettres Persanes, une critique des croyances et des mœurs des Français en ridiculisant les fondements mêmes du catholicisme. En 1748, il publiera à nouveau un ouvrage, De l’Esprit des Lois, dans lequel il expose une monarchie où pouvoir politique, judiciaire et religieux seraient séparés. Voltaire, quant à lui, est réfugié en Angleterre et publiera en 1734 les Lettres philosophiques dans lesquelles il exalte les libertés dont jouissent les Anglais.

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Merci à Benjamin pour cette analyse