L’acte I de Ruy Blas, de Victor Hugo, était un acte informatif,
sociopolitique. L’acte II agit comme une parenthèse amoureuse à l’intrigue.
Cette scène est une scène lyrique/romanesque dans laquelle on
retrouve le motif de la lettre, le motif de l’inconnu, avec de plus longs
monologues.
Lecture du texte
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Scène II - LA REINE seule La Reine, seule. |
Etude méthodique
I. La reine amoureuse
Le long monologue permet un épanchement de confidences
de la reine.
Toutes les digressions d’une reine amoureuse : fausse volonté d’échapper à cet
amour.
Opposition : elle dit des choses mais veut faire le contraire : « Je ne
veux plus la lire ! » opposé à « Oui, je vais la relire ».
Scène : exemple de sa vie depuis un mois = regroupement de tous les sentiments
de la reine.
Il y a tout un jeu typique des scènes amoureuses : gestuelle amoureuse
(mettre la main sur la poitrine, tourner autour de la table où repose
la lettre de l’aimant…).
La scène est aussi élégiaque : champ lexical de
- l’amour : aimer, amoureux, donner son âme, etc…
- des sentiments : cri, secourez-moi, oh mon dieu, aidez-moi !...
Nous noterons la présence de séries d’exclamations et de
phrases hachées qui ont pour but de montrer le désarroi de la
reine.
Nous noterons aussi une gradation de la dentelle au feu pour montrer la passion
: « La dentelle, la fleur, la lettre, c'est du feu ! ».
Le bouquet desséché, le morceau de dentelle tâché de
sang sont là pour évoquer la malédiction de l’amour.
On retrouve les champs lexicaux de la mort et de la douleur : qui se meurt,
poison, martyr, affligé et une prière à la vierge, à Jésus.
Il y a aussi une idéalisation de l’amour, et la reine s’adresse à l’absent
(début de la scène) avec une prosopopée (idéalisation,
projection des sentiments).
L’amant apparaît comme un héros (sang, …).
De plus, il y a un contraste entre ce qu’il fait (risquer sa vie) et son
objectif (donner une fleur).
La lettre est très poétique avec des anaphores, ce qui lui donne
un rythme.
Les métaphores (comme « ver de terre amoureux d’une étoile »)
et les ménagements du suspense entraînent un effet d’attente
et une série d’antithèse.
L’amant est aussi présenté comme extrêmement généreux,
romanesque, qui se dévalorise (ver de terre) et prêt à tout
donner à la reine sans rien en échange.
II. Réflexion sur le sort d’une reine
Le sort d’un reine : c’est une allusion à son statut très
important dans l’histoire.
Il y a un paradoxe : elle peut commander à tout le monde sauf à elle-même
ce qui donne un effet pathétique.
Toute la scène est construite sur une antithèse entre l’amour
et l’inconnu et le sort qui attend Don Salluste.
Il y a une opposition antithétique entre Ruy Blas et Don Salluste.
L’un est un ange protecteur qui aime la reine, l’autre est un spectre
accablant qui la hait.
Il y a une réflexion entre le destin et le cœur. La reine se doit
de respecter l’étiquette mais si cela va à l’encontre
de ce que lui dicte son cœur : « Puisque mon coeur subit une inflexible
loi ».
Il y a aussi une expression de sa solitude : la reine est très seule et
très marquée.
Son moi est marqué par sa révolte et pour montrer qu’elle
n’a aucun droit.
Elle fait également une prière à une autre reine.
Elle, reine terrestre sans réel pouvoir. Sa prière, pour la reine
des cieux à laquelle elle fait appel pour lui donner son cœur.
Elle l’apostrophe (même mode pour la vierge) pour montrer concept
catholique de l’Espagne.
Utilisation de vocabulaire religieux et amoureux. C’est aussi la seule
personne à qui elle donne des ordres.
III. Le romanesque de la scène
Cette scène est très romanesque.
La reine reçoit la lettre d’un inconnu. Il y a une différence
de classes sociales : d’un côté un « ver de terre » et
de l’autre une étoile = réflexion sur les classes sociales.
Inquiétude de la reine plus une exagération : c’est une scène
très exagérée.
La scène est aussi romanesque par le mélange des genres : termes
de tragédie (reine qu’il faut sauver et allusion à la destinée).
Mélange des genres : allusion à la religion : « ô mon
Dieu ! », etc… vocabulaire catholique.
Elle parle de poison ; elle est prête à mourir. Il y a aussi un
aspect dramatique du personnage : ironie envers lui-même.
Il y a toute une mise en scène. Un très long monologue divisé en
plusieurs parties et une lecture d’un document pour parer le côté ennuyeux
du monologue.
Il y a tout un jeu avec la scène et un aspect gestuel très ostentatoire
et des termes très exagérés : lettre contre la poitrine : Victor Hugo insiste beaucoup sur les didascalies.
Elle pousse des cris : toute une série d’exclamations : aspect pathétique
de l’héroïne ayant pour but de susciter la compassion.
Conclusion
Cette scène apparaît en marge de l’action mais
ne l’est en réalité pas du tout.
Pour Victor Hugo, l’amour est
révélateur
des problèmes sociaux,
des idéaux, de l’héroïsme. On voit ici la volonté de
Victor Hugo de mélanger les genres avec un théâtre rempli
de sentiments pour faire réagir le spectateur, une préfiguration
de la fin avec le poison et l’image de carpe diem, il faut vivre sa vie
quitte à en mourir.
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