Dans la première phrase, le « si » indique que Rousseau
aurait pu être bon s'il avait eût un bon maître. Le terme « destinée » montre
que l'on ne peut plus revenir en arrière, ceci est renforcé par
le fait que les portes de Genève sont closes. Dans l'expression « qu'on
me permette » (première phrase), le pronom indéfini « on » renvoie
au lecteur, celui-ci est donc encore une fois pris à témoin.
Dans ce passage à mi-chemin entre l'autobiographie et la fiction morale,
Rousseau relate son départ de Genève comme un élément
essentiel de sa destinée, c'est donc l'occasion pour lui d'évoquer
non pas la vie réelle mais ce qu'elle aurait pu être.
La description du petit artisan souligne le côté bourgeois de
Rousseau dû à sa famille. La référence « château
en Espagne » (l. 13-14) à la fable "Perrette et le pot au lait"
de Jean de La Fontaine traduit l'aisance de l'ascension sociale qu'aurait eu
l'auteur. Le bonheur pour Rousseau est simple : « goûts modérés » (l.
9).
L'expression « Au lieu de cela... » (l. 26) traduit un retour à la
réalité, à la déroute, à la dépravation.
Ce retour est souligné par le passage du conditionnel au futur simple.
Il voulait être bon mais il est devenu mauvais, pernicieux, les points
de suspensions montrent la rupture, le passage du livre I au livre II.
L'auteur nous montre le décalage entre la vie possible, hypothèse,
et la réalité, la fatalité, le destin dû à un
maître injuste.
II. Une vie exemplaire.
En quoi ce programme du bonheur constitue une vie exemplaire ?
Le programme de cette vie idéale se résume à un vie paisible
et simple se limitant à la sphère sociale de Rousseau qui ainsi
a sa place dans la société. Celle-ci est idéalisée,
un monde proche de la nature dans lequel chacun a une tâche désignée.
Cette société idéale se retrouve dans La Nouvelle Héloïse
dans le passage des vendanges, il y montre la solidarité par rapport à une
collectivité.
Dans cette société idéale l'écrivain aurait été bon,
"L'Homme est naturellement bon, c'est la société qui le corrompt".
Rousseau est donc foncièrement bon « j'aurais été » (l.
24). Le philosophe serait « mort paisiblement », il n'aurait rien
eut à se reprocher devant Dieu.
Rousseau pose ici les bases de la société utopique qu'il développa
dans Le Contrat Social.
Conclusion :
C'est un texte charnière, le basculement entre le livre I et le livre
II, marqué par le départ dramatisé de Genève. L'auteur
nous éclaire sur tout ce qui va suivre. La fermeture de Genève
associée au mauvais maître renforce l'exclusion subie par Rousseau.
C'est un parcours autobiographique qui essaie d'expliquer la personnalité de
l'auteur.
Merci à Antoine pour cette fiche