Autorité Politique

Denis Diderot - L'Encyclopédie





Introduction

    Œuvre gigantesque entreprise pas Jean d’Alembert et Denis Diderot, l’Encyclopédie se présente comme un dictionnaire des connaissances du XVIIIème siècle. Mais elle a également une portée politique et critique, par certains articles sur la monarchie absolue, la pensée dominante et l’organisation sociale.
    L'article Autorité Politique va assurer la transition entre L'Esprit des lois (1748) et Le Contrat social de Rousseau. Les uns ont trouvé son article très peu timoré et les autres subversif.


Lecture de l'article

Autorité Politique

      Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien et on la fera toujours remonter a l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils on déféré l’autorité.
      La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent : en sorte que , si ces derniers deviennent a leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort.
      Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature ; c’est lorsqu’elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l’était arrogée devenant alors prince cesse d’être tyran.
      La puissance, qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l’homme ne doit ni ne peut se donner entièrement sans réserve a un autre homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C’est Dieu, jaloux absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve afin que la créature s’arroge pas les droit du créateur. Toute autre soumission est le véritable crime de l’idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n’est qu’une cérémonie extérieur, dont le vrai Dieu qui demande le cœur et l’esprit ne se souvient guère qu’il abandonne à l’institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra des marques d’un culte civil et politique, ou d’un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l’esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n’a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie ce qu’on a voulu qu’il signifiât ; mais livrer son cœur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d’une pure créature, en faire l’unique et le dernier motif de ses actions c’est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef.

L'Encyclopédie - Denis Diderot


Annonce du plan

Etude méthodique


1° axe : L'idée fondamentale de Diderot

    Aucun pouvoir ne saurait être légitime s'il ne provient de l'abandon librement consenti de tout ou partie de la liberté attachée à la nature humaine.

a) L'accession à la liberté : la raison (l.3)

    Dès que l'homme est adulte, capable de se gouverner lui-même à l'appui de cette assertion : l'autorité paternelle " la seule qui soit naturelle " mais cesse dès qu'elle n'est plus exercée par un père dans le cadre strictement familial.
    L'autorité vient de la nature (paternelle) ou de la force "force, violence, emparé, tyran, joug" ou du "consentement" (trois occurrences)
    La 2ème est régit par la loi du plus fort.
    La 3ème est limitée par la Rép et doit être utile à la société et avantageuse pour tous.

 Elle instaure un ordre de subordination.

  • ne se laisse pas impressionner par le cérémonial de l'accueil
  • fins observateurs
  • ont su livrer le résultat de leur observation ( 10 et après)
  • ont du bon sens (roi :enfant)

Conclusion partielle : Pour Diderot, le tyran est celui qui tient son autorité de la force, alors que le prince a un pouvoir légitimé par le consentement du peuple et respecte un contrat avec celui-ci. Cette autorité ne doit agir que par raison et avec mesure (ligne 32).



2° axe : Une argumentation rigoureuse

    Diderot ne pense pas à la révolution mais plutôt à une évolution : "quelque fois, change de nature, devenant alors prince cesse d'être tyran".
    Cependant, la 1ère phrase a une tonalité péremptoire (catégorique). Implicitement, Diderot remet en cause la monarchie de droit divin (implicite car censure des Jésuites).
    Diderot bénéficie de la caution de Dieu pour récurer l'église.
    L'argument est repris au paragraphe 4 et utilisé pour justifier le seul type de soumission que Diderot reconnaît.
    C'est parce que l'homme ne s'appartient pas qu'il ne peut pas appartenir à un autre homme : l'homme appartient à Dieu, " maître aussi jaloux qu'absolu ".
    Diderot légitime l'autorité par consentement en passant par Dieu. L'accord par lequel " les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, obéissent à l'un d'eux " est la seule soumission que Diderot ne qualifie pas d'un crime d'idolâtrie. La caution religieuse appuie de nouveau l'habileté de l'argument.
    De nombreux connecteurs logiques (mais, en sorte que, donc, car, afin que, parce que, ainsi, alors) sont la marque de la rigueur de la pensée de Diderot. D'autre part, l'auteur ne marque absolument pas sa présence dans le système d'énonciation, utilise le pronom indéfini " on ", qui traduit la distance de l'auteur par rapport à son propos, son souci d'objectivité et le " on " invite le lecteur à vérifier ce qui est dit.



Conclusion

    Autorité politique est un article de L'Encyclopédie qui définit l'autorité mais qui est aussi une critique de la monarchie absolue de droits divins. Le postulat de Diderot est que l'autorité n'est pas naturelle. Il existe deux sortes d'autorité : celle qui émane de la force et celle qui émane du consentement. C'est à cette dernière que Diderot donne le plus d'importance de manière à critiquer la monarchie française de l'époque. Cet article est construit très rigoureusement.
    Cette critique du pouvoir est également faite dans Lettres Persanes de Montesquieu.




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Merci à Rémi (homepage: www.janot.fr.st) qui m'a envoyé cette fiche...