On ne Badine pas avec l'Amour

Alfred de Musset

Fin de l'Acte III, scène 8 : Le dénouement





Plan de la fiche sur la scène 1 de l'Acte I de On ne badine pas avec l'amour de Alfred de Musset :
Introduction
Texte de la scène
Annonce des axes
Eléments de commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

     Le dénouement de On ne Badine pas avec l'Amour, de Alfred de Musset, met en scène un double coup de théâtre. C’est alors l’explosion des sentiments mais également le drame romantique.

On ne badine pas avec l'amour



Texte de la scène

ACTE TROISIEME

SCENE VIII

EXTRAIT (fin de la scène)


[...]

PERDICAN
Insensés que nous sommes ! nous nous aimons. Quel songe avons-nous fait, Camille ? Quelles vaines paroles, quelles misérables folies ont passé comme un vent funeste entre nous deux ? Lequel de nous a voulu tromper l'autre ? Hélas ! cette vie est elle-même un si pénible rêve : pourquoi encore y mêler les nôtres ? ô mon Dieu ! le bonheur est une perle si rare dans cet océan d'ici-bas ! Tu nous l'avais donné, pêcheur céleste, tu l'avais tiré pour nous des profondeurs de l'abîme, cet inestimable joyau ; et nous, comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet. Le vert sentier qui nous amenait l'un vers l'autre avait une pente si douce, il était entouré de buissons si fleuris, il se perdait dans un si tranquille horizon ! Il a bien fallu que la vanité, le bavardage et la colère vinssent jeter leurs rochers informes sur cette route céleste, qui nous aurait conduits à toi dans un baiser ! Il a bien fallu que nous nous fissions du mal, car nous sommes des hommes. O insensés ! nous nous aimons.
Il la prend dans ses bras.

CAMILLE
Oui, nous nous aimons, Perdican ; laisse-moi le sentir sur ton coeur. Ce Dieu qui nous regarde ne s'en offensera pas ; il veut bien que je t'aime ; il y a quinze ans qu'il le sait.

PERDICAN
Chère créature, tu es à moi !
Il l'embrasse ; on entend un grand cri derrière l'autel.

CAMILLE
C'est la voix de ma soeur de lait.

PERDICAN
Comment est-elle ici ? Je l'avais laissée dans l'escalier, lorsque tu m'as fait rappeler. Il faut donc qu'elle m'ait suivi sans que je m'en sois aperçu.

CAMILLE
Entrons dans cette galerie ; c'est là qu'on a crié.

PERDICAN
Je ne sais ce que j'éprouve ; il me semblé que mes mains sont couvertes de sang.

CAMILLE
La pauvre enfant nous a sans doute épiés ; elle s'est encore évanouie ; viens, portons-lui secours ; hélas tout cela est cruel.

PERDICAN
Non, en vérité, je n'entrerai pas ; je sens un froid mortel qui me paralyse. Vas-y, Camille, et tâche de la ramener. (Camille sort.) Je vous en supplie, mon Dieu ! ne faites pas de moi un meurtrier ! Vous voyez ce qui se passe ; nous sommes deux enfants insensés, et nous avons joué avec la vie et la mort ; mais notre cœur est pur ; ne tuez pas Rosette, Dieu juste ! Je lui trouverai un mari, je réparerai ma faute ; elle est jeune, elle sera riche, elle sera heureuse ; ne faites pas cela, à Dieu ! vous pouvez bénir encore quatre de vos enfants. Eh bien ! Camille, qu'y a-t-il ?
Camille rentre.

CAMILLE
Elle est morte. Adieu, Perdican !

On ne Badine pas avec l’Amour - Alfred de Musset




Annonce des axes

L’importance de la structure
L’unité de l’ultime scène
Une illustration du titre de la pièce



Eléments de commentaire littéraire

L’importance de la structure :

- Les didascalies sont significatives :
Les deux premières (« Il la prend dans ses bras » et « Il l'embrasse ») marquent le lien amoureux entre Camille et Perdican.
La didascalie (« on entend un grand cri derrière l'autel ») provoque le basculement de la scène : de l’amour vers le drame.
Le cri révèle immédiatement la personne de Rosette mais aussi son ampleur avec l’adjectif « grand » et les indéfinis « un / on » renvoient à une dimension d’inquiétude.
La présence de Rosette détruit donc le lien amoureux.

- L’image de l’union et du bonheur :
Cette union est marqué par l’emploi du pronom personnel « nous » et l’emploi du tutoiement qui souligne une certaine intimité ainsi que l’apostrophe « chère créature » traduisant la complicité.
L’encadrement de la tirade de Perdican « nous nous aimons » et la reprise en écho de Camille montre la reconnaissance de leur amour.
L’amour est montré ici de manière méliorative par des métaphores (« perle si rare » / « inestimable joyaux ») avec le caractère précieux des bijoux. Mais aussi l’adverbe d’intensité « si ».
On retrouve leur union avec une nature fertile (« vert/douce/fleuris ») où dominent les couleurs froides.

- Le bonheur détruit :
On a un effet de rupture et d’isolement des personnages par l’énonciation (« nous » de Camille et singulier de Perdican).
La présence constante de la troisième personne (« sœur de lait » / « elle ») est la preuve de l’éclatement de la bulle de bonheur.
Rupture également au niveau des couleurs puisque les couleurs de la quiétude (bleu et vert) sont remplacées par le rouge symbole de violence et de douleur.
Enfin le bonheur initial s’oppose aussi dans la dernière réplique de Camille avec une double référence à la mort (« elle est morte, Adieu »).


L’unité de l’ultime scène :

- La forme des répliques et des phrases :
On retrouve dans ce passage deux tirades de Perdican, chacune composée de phrases brèves soulignant son émotion.

- Les rapprochements lexicaux et les temps verbaux :
Dans les deux tirades de Perdican, plusieurs termes se répondent : (« enfant et jouet » / « joué »)
Les apostrophes qui ont trait à la religion traduisant la foi de Perdican.

- Le tragique des rapprochements :
Dans la première partie, il n’est fait que mention de Perdican et Camille, l’emploi du passé composé renvoie aux anciennes erreurs et le présent renvoie à l’amour « nous nous aimons » avec donc une nouvelle situation pleine d’espoir de la vie à deux.
En revanche dans la seconde partie, il y a une dominance de l’impératif et du futur qui traduit la supplication. Puis la présence constante de Rosette avec l’impossibilité définitive du bonheur.


Une illustration du titre de la pièce : (Proverbe donc connotation morale)

- Un vocabulaire explicite :
Avec le champ lexical de l’amour et de la triple occurrence de « nous nous aimons » soulignant le thème de l’amour.
La reprise des mots «enfants/jouet » évoque la notion de badinage définie comme un jeu léger.

- La morale :
Le lexique de la morale est présent avec la vanité et la folie qui font apparaître le thème principal de la dénonciation : l’orgueil.
L’exclamation de la première ligne juxtaposé aux expressions « veines paroles/ misérables folies » mettent en valeur le langage et l’associe au mal.
La dénonciation morale est très nettement liée au thème de l’amour.
Le sens du proverbe est donc clair : Rosette est victime d’un jeu amoureux et d’un badinage léger et cruel.
Le dénouement justifie le titre « il ne faut pas badiner avec l’amour ».





Conclusion

    Le jeu aura conduit à la mort et à une séparation irréversible. Cette découverte de soi est caractérisée dans le théâtre de Musset mais également influencée par sa propre expérience amoureuse.

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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur la scène 8 de l'Acte III de On ne badine pas avec l'amour de Alfred de Musset