Introduction
Présenter l'auteur, Voltaire, et le texte.
Texte en trois paragraphes décroissants.
Annonce des axes d'étude
Etude du texte
I. Un texte narratif.1. Les étapes du récit.
2. Connecteurs temporels : dans le commencement, enfin, premier.
3. Temps du récit. Récit au passé. Imparfait / passé simple.
1. Point de vue :
à première vue neutre (position impersonnelle, focalisation externe)pas de destinataires, ni pronoms, ni échanges.
2. Un souci explicatif et symbolique : dimension historique, phrases déclaratives, souci de clarté (enfin, d’abord, etc…), représentation de l’aveugle de l’homme quant aux questions d’ordre métaphysique.
3. L’auteur fait passer son message : il porte en réalité un jugement.
III. Condamnation de la sottise.
1. Prétention de la sottise, infaillibilité.
2. Dénonciation du fanatisme : intriguer, former des enthousiastes, fureur, juger. Champ lexical de la religion
Le fanatisme : je prétends savoir, j’ai des fidèles, j’accède au pouvoir (savoir = pouvoir), je m’en mets plein les poches (l 14)
Conséquences : malheurs, discordes.
3. Dogmatisme : se mit à juger souverainement des couleurs.
Conclusion
Un apologue : texte à vocation didactique ou morale, mettant en scène des animaux, végétaux ou des hommes.
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Introduction :
Voltaire, auteur du 18ème siècle et fervent partisan de la raison,
fait parti des philosophes des Lumières. Il dénonce dans ses écrits
les abus, les préjugés et l’intolérance des hommes.
Dans Petite digression, Voltaire fait passer implicitement au travers d’un
récit une argumentation qui aboutit à une condamnation et une
morale.
Lecture du texte
Annonce des axes :
Nous verrons que ce conte philosophique est un apologue et comment Voltaire
fait passer implicitement une condamnation des abus de pouvoirs et de la bêtise
humaine.
Analyse méthodique :
I. Un apologue
Le rythme très rapide du récit ainsi que l’absurdité de
l’histoire en font un texte plaisant. L’auteur joue avec le rythme.
Le texte alterne des phrases longues et courtes dont certaines comportent beaucoup
de ponctuation.
En deux phrases, l’élément perturbateur est annoncé.
La ponctuation très présente et la juxtaposition de verbes au
passé simple saccade le texte, créant ainsi une accélération. « Malheureusement
un de leurs professeurs prétendit avoir des notions claires sur le sens
de la vue : il se fit écouter, il intrigua, il forma des enthousiastes
: enfin on le reconnut pour le chef de la communauté. Il se mit à juger
souverainement des couleurs, et tout fut perdu. ». Cet effet d’accélération
du récit se traduit aussi par la juxtaposition de phrases très
courtes et d’une phrase nominale qui permettent ainsi d’accentuer
le côté répétitif et inexorable de l’action. « Nouvelles
plaintes de la part de la communauté. Le dictateur entra en fureur,
les autres aveugles aussi. »
Tout cela forme un contraste avec la situation initiale et la situation finale
qui sont dépeintes à l’aide de phrases plus allongées
et plus fluides. Chacune des différentes étapes du récit
s’enchaîne de manière rapide et n’est même pas
introduite par un connecteur logique. Elles se succèdent simplement.
Ce conte philosophique à valeur d’apologue, fidèle à sa
définition, est effectivement un récit (présence d’imparfait
et de passé simple : « ils étaient » « ils
raisonnèrent »…) narratif court et plaisant qui met en scène
une situation et des personnages fictifs. La situation est absurde, elle met
en scène un aveugle qui prétend « avoir des notions claires
sur le sens de la vue » et qu’on reconnaît « pour le
chef de la communauté » pour ce don. Voltaire insiste sur l’absurdité de
cette situation en juxtaposant ces deux phrases « Le dictateur, pour
les apaiser, rendit un arrêt par lequel tous les habits étaient
rouges. Il n’y avait pas un habit rouge au Quinze Vingt. ». Il
nous laisse ainsi percevoir toute l’ironie dont il fait preuve et nous
offre son regard moqueur.
Cette « Petite digression », conforme à la définition
de l’apologue, donne à son plaisant récit une dimension
didactique. Le récit est présenté comme une argumentation
indirecte dont la conclusion serait implicite.
Les différents procédés que Voltaire utilise pour rendre
le récit plaisant servent aussi à faire découvrir aux
lecteurs la visée didactique de son texte. Ainsi, le rythme, après
s’être fortement accéléré, ralentit à nouveau à la
fin du texte avec l’élément de résolution et le
dernier paragraphe. La morale du récit est ainsi mise en valeur. Le
choix de personnages aveugles a évidemment une valeur symbolique. Ils
figurent une humanité privée de discernement et qui s’en
remet à d’autres pour interpréter le Monde. Bien que le
point de vue semble à première vue très neutre (position
impersonnelle, focalisation externe), on comprend bien que l’auteur émet
un jugement. Il emploie un vocabulaire très subjectif et des modalisateurs
(malheureusement, prétendit, tout fut perdu, dictateur…). La juxtaposition
de phrases telles que « Le dictateur, pour les apaiser, rendit un arrêt
par lequel tous leurs habits étaient rouges. Il n’y avait pas
d’habits rouges au Quinze Vingts » montre bien le parti pris de
l’auteur.
Ce texte présente donc toutes les caractéristiques d’un apologue à savoir, un récit court et plaisant, mettant en scène des personnages de fiction, qui a une visée didactique ou argumentative, le plus souvent morale.
II. Une condamnation implicite des abus de pouvoirs
et de la bêtise
humaine
Tout au long de ce conte philosophique, Voltaire dénonce et condamne
de façon implicite les abus de pouvoir. Il utilise le champ lexical
du despotisme « chef, juger souverainement, dictateur, maître,
infaillibilité de leur maître ».
« Il décida que tous les habits des Quinze-Vingts étaient
blancs ». « Il décida que » suivi du verbe être
souligne le despotisme d’un dogme qui prétend s’imposer contre
toute réalité. Ainsi l’auteur dénonce les abus de
pouvoir. La conséquence de cette « décision » est une
guerre civile : « Cette querelle forma deux partis ». Voltaire fait
ici allusion aux nombreuses guerres de religions qui ont déchiré la
France durant des siècles et en fait implicitement la critique
Le remède proposé ne fait qu’empirer les choses « On
se battit longtemps ». C’est seulement après la chute du
dictateur que la situation s’arrange « et la concorde ne fut rétablie
que lorsqu’il fut permis à tous les Quinze Vingts de suspendre
leur jugement sur la couleur de leurs habits. »
Les Quinze-Vingts se mettent à douter de « l’infaillibilité » de
leur maître et se laissent séduire par « l’opinion
erronée » de ceux qui ont des yeux ». En juxtaposant ces
deux termes, Voltaire tourne l’Eglise en dérision car il fait évidemment
référence au dogme de l’infaillibilité pontificale.
Le professeur prend le pouvoir en se rendant « maître des aumônes »,
il impose ainsi une domination économique par le moyen d’une sorte
d’escroquerie. Suite à cela, « personne n’osa lui
résister ». L’auteur dénonce par ce passage, les
moyens qu’utilisent les despotes pour asseoir leur pouvoir.
A cette dénonciation des abus de pouvoirs, Voltaire mêle aussi
une condamnation de la bêtise et du ridicule. « Malheureusement
un de leurs professeurs prétendit avoir une notion claire sur le sens
de la vue ». Par ce « malheureusement », Voltaire élève
la bêtise au rang des malheurs qui affligent l’humanité.
La succession des trois verbes au passé simple « il se fit écouter,
il intrigua, il forma des enthousiastes » indique avec quelle rapidité les
aveugles ont adhéré au discours de cet imposteur, sans faire
appel à leur raison. Il termine ce passage en intervenant directement « et
tout fut perdu ». Grâce à la parataxe de cette phrase « Il
décida que tous les habits des Quinze-Vingts étaient blancs :
les aveugles le crurent ; ils ne parlaient plus que de leurs beaux habits blancs,
quoiqu’il n’y en eut pas un de cette couleur. Tout le monde se
moqua d’eux. » l’auteur nous montre bien l’évolution
de la situation et son ridicule, particulièrement souligné par
l’apposition des deux derniers termes de la phrase. On retrouve cette
démonstration du ridicule avec la contradiction de « opinions
erronées » et « ceux qui avaient des yeux ». Cela
exprime un refus d’écouter ceux qui sont les plus à même
a juger. Ici encore, Voltaire dénonce avec ironie l’ampleur de
la bêtise.
Voltaire fait passer sa morale à la fin du texte lorsque la paix revient
quand on permet aux aveugles « de suspendre leur jugement sur la couleur
de leurs habits ». Il explique qu’il faut faire appel à la
raison, ce qui consiste à suspendre son jugement sur les choses qu’on
ne connaît pas et avoir son propre sens critique. Le dernier paragraphe,
avec la réduplication de l’histoire, donne à la morale
implicite qui se dégage du texte une valeur plus universelle.
Conclusion :
Petite digression possède toutes les caractéristiques de l’apologue, il peut donc être qualifié de tel. Au travers d’un récit, Voltaire condamne les abus de pouvoir et le despotisme ainsi que la bêtise et le ridicule. Il fait passer une morale qui explique aux lecteurs qu’il ne faut pas juger ce sur quoi nous n’avons pas de connaissances sûres. Ainsi l’auteur, ici encore, soutient la raison face à l’ignorance.
Merci à Clémence qui m'a envoyé cette fiche...