Un barrage contre le pacifique

Marguerite Duras

Les enfants de la plaine

De "Il y avait beaucoup d’enfants dans la plaine…" à "...pour ensuite reprendre souffle d’un autre."





Plan de la fiche sur Les enfants de la plaine - Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras :
Introduction
Texte étudié
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Au XXème siècle, le Nouveau Roman brouille les repères traditionnels du lecteur, il est inclassable dans un genre particulier. On peut assimiler le roman Un barrage contre le pacifique (1950) de Marguerite Duras (1914 - 1996) à un roman autobiographique. C'est un roman nouveau à l'écriture singulière, ancré dans son siècle par son aspect engagé.

    Comment les enfants de la plaine sont-ils représentés dans ce roman nouveau ?


Texte étudié

Les enfants de la plaine


    Il y avait beaucoup d’enfants dans la plaine. C’était une sorte de calamité. Il y en avait partout, perchés sur les arbres, sur les barrières, sur les buffles, qui rêvaient, ou accroupis au bord des marigots, qui pêchaient ou vautrés dans la vase à la recherche des crabes nains des rizières.

    Dans la rivière aussi on en trouvait qui pataugeaient, jouaient ou nageait. Et à la pointe des jonques qui descendaient vers la grande mer, vers les îles vertes du Pacifique, il y en avait aussi qui souriaient, ravis, enfermés jusqu’au cou dans ces grands paniers d’osier, qui souriaient mieux que personne n’a jamais souri au monde. Et toujours avant d’atteindre les villages du flanc de la montagne, avant même d’avoir aperçu les premiers manguiers, on rencontrait les premiers enfants des villages de forêt, tout enduits de safran contre les moustiques et suivis de leurs bandes de chiens errants. Car partout où ils allaient, les enfants traînaient derrière eux leurs compagnons, les chiens errants, efflanqués, galeux, voleurs de basses-cours, que les Malais chassaient à coups de pierre et qu’ils ne consentaient à manger qu’en période de grande famine, tant ils étaient maigres et coriaces. Seuls les enfants s’accommodaient de leur compagnie. Et eux n’auraient sans doute eu qu’à mourir s’ils n’avaient pas suivi ces enfants, dont les excréments étaient leur principale nourriture.

    Dès le coucher du soleil les enfants disparaissaient à l’intérieur des paillotes où ils s’endormaient sur les planchers de lattes de bambous, après avoir mangé leur bol de riz. Et dès le jour ils envahissaient de nouveau la plaine, toujours suivis par les chiens errants qui les attendaient toute la nuit, blottis entre les pilotis des cases, dans la boue chaude et pestilentielle de la plaine.

    Il en était de ces enfants comme des pluies, des fruits, des inondations. Ils arrivaient chaque année, par marée régulière, ou si l’on veut, par récolte ou par floraison. Chaque femme de la plaine, tant qu’elle était assez jeune pour être désiré par son mari, avait son enfant chaque année. À la saison sèche, lorsque les travaux des rizières se relâchaient, les hommes pensaient davantage à l’amour et les femmes étaient prises naturellement à cette saison-là. Et dans les mois suivants les ventres grossissaient. Ainsi, outre ceux qui en étaient déjà sortis il y avait ceux qui étaient encore dans les ventres des femmes. Cela continuait régulièrement, à un rythme végétal, comme si d’une longue et profonde respiration, chaque année, le ventre de chaque femme se gonflait d'un enfant, le rejetait, pour ensuite reprendre souffle d’un autre.


Marguerite Duras - 1950 - Un barrage contre le Pacifique




Annonce des axes

I. Vision péjorative des enfants
1. Les enfants vus comme des indésirables
2. La déshumanisation

II. Enfants, produit d'un cycle
1. Une habitude
2. Un cycle végétal
3. Un souffle familial



Commentaire littéraire

I. Vision péjorative des enfants

1. Les enfants vus comme des indésirables

- Champ lexical de la nuisibilité (« calamité », « ils envahissaient », « pluies », « inondations »…)
- Comparaison avec des catastrophes, des invasions d'animaux nuisibles
- Prolifération (« Il y en avait partout », nombre, verbes d'action, anaphore …)
- Même leurs compagnons, les « chiens errants » sont dévalorisés


2. La déshumanisation

- Les enfants sont vus comme des animaux (« perchés sur les arbres », « Ils arrivaient chaque année, par marée régulière »)
- Dans le début de l'extrait, utilisation de la forme passive pour parler des enfants => ils ne sont pas les sujets de la phrase (exemple : « on en trouvait qui… »)
- Double sens dans la description (pas d'individualité)
- Les femmes sont des ventres (synecdoque)
- Les enfants sont engloutis dans leur milieu et par la misère
- La grossesse est vue comme une mécanique pour fabriquer des enfants : « le ventre de chaque femme se gonflait d'un enfant, le rejetait, pour ensuite reprendre souffle d’un autre. »


II. Enfants, produit d'un cycle

1. Une habitude

- Enumération
- Généralisation (pas de cas particuliers)
- « Toujours »


2. Un cycle végétal

- « Dès le coucher du soleil », « dès le jour »
- « Chaque année »
- « Il en était de ces enfants comme […] des fruits » -> Idée de la fructification qui recommence chaque année.


3. Un souffle familial

- Idée de régularité (insistance sur ce mot)
- Besoin
- Métaphores de la fructification et de la floraison pour décrire les naissances chaque année
- Comparaison de la grossesse à la respiration (« comme si d’une longue et profonde respiration », « reprendre souffle d’un autre »)





Conclusion

    Dans ce passage de Un barrage contre le pacifique, Marguerite Duras nous livre une vision presque documentaire qui permet une alerte à propos de ces populations d'Indochine qui vivent dans la misère

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Merci à Thibaut pour cette analyse de Les enfants de la plaine - Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras