L'Ingénu

Voltaire

Chapitre vingtième

Du début à "... il l’estimait, et il pleurait."




Plan de la fiche sur le chapitre 20 de L'Ingénu de Voltaire :
Introduction
Texte du chapitre 20 (extrait)
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Le récit du conte philosophique de Voltaire, L'Ingénu, se déroule sous le règne Louis XIV, époque antérieure à l'époque de Voltaire.
    L'Ingénu est le nom donné au héros, c'est une qualité morale qui le caractérise (comme Candide) : c'est sa candeur, son ingénuité. La candeur du héros permet à Voltaire de faire une critique du monde civilisé.

    La maladie de Mlle de St Yves est l'occasion pour Voltaire de montrer qu'il croit en l'union de l'âme et du corps.


Texte du chapitre 20 (extrait)

L'Ingénu - Chapitre vingtième - Extrait
La belle Saint-Yves meurt, et ce qui en arrive


    On appela un autre médecin : celui-ci, au lieu d’aider la nature et de la laisser agir dans une jeune personne dans qui tous les organes rappelaient la vie, ne fut occupé que de contrecarrer son confrère. La maladie devint mortelle en deux jours. Le cerveau, qu’on croit le siège de l’entendement, fut attaqué aussi violemment que le cœur, qui est, dit-on, le siège des passions.

    Quelle mécanique incompréhensible a soumis les organes au sentiment et à la pensée ? Comment une seule idée douloureuse dérange-t-elle le cours du sang ? Et comment le sang à son tour porte-t-il ses irrégularités dans l’entendement humain ? Quel est ce fluide inconnu et dont l’existence est certaine, qui, plus prompt, plus actif que la lumière, vole, en moins d’un clin d’œil, dans tous les canaux de la vie, produit les sensations, la mémoire, la tristesse ou la joie, la raison ou le vertige, rappelle avec horreur ce qu’on voudrait oublier, et fait d’un animal pensant ou un objet d’admiration, ou un sujet de pitié et de larmes ?

    C’était là ce que disait le bon Gordon ; et cette réflexion si naturelle, que rarement font les hommes, ne dérobait rien à son attendrissement ; car il n’était pas de ces malheureux philosophes qui s’efforcent d’être insensibles. Il était touché du sort de cette jeune fille, comme un père qui voit mourir lentement son enfant chéri. L’abbé de Saint-Yves était désespéré, le prieur et sa sœur répandaient des ruisseaux de larmes. Mais qui pourrait peindre l’état de son amant ? Nulle langue n’a des expressions qui répondent à ce comble de douleurs ; les langues sont trop imparfaites.

    La tante, presque sans vie, tenait la tête de la mourante dans ses faibles bras ; son frère était à genoux au pied du lit ; son amant pressait sa main, qu’il baignait de pleurs, et éclatait en sanglots : il la nommait sa bienfaitrice, son espérance, sa vie, la moitié de lui-même, sa maîtresse, son épouse. À ce mot d’épouse elle soupira, le regarda avec une tendresse inexprimable, et soudain jeta un cri d’horreur ; puis, dans un de ces intervalles où l’accablement, et l’oppression des sens, et les souffrances suspendues, laissent à l’âme sa liberté et sa force, elle s’écria : « Moi, votre épouse ! Ah ! cher amant, ce nom, ce bonheur, ce prix, n’étaient plus faits pour moi ; je meurs, et je le mérite. Ô dieu de mon cœur ! ô vous que j’ai sacrifié à des démons infernaux, c’en est fait, je suis punie, vivez heureux. » Ces paroles tendres et terribles ne pouvaient être comprises ; mais elles portaient dans tous les cœurs l’effroi et l’attendrissement ; elle eut le courage de s’expliquer. Chaque mot fit frémir d’étonnement, de douleur et de pitié tous les assistants. Tous se réunissaient à détester l’homme puissant qui n’avait réparé une horrible injustice que par un crime, et qui avait forcé la plus respectable innocence à être sa complice.

    « Qui ? vous coupable ! lui dit son amant ; non, vous ne l’êtes pas ; le crime ne peut être que dans le cœur, le vôtre est à la vertu et à moi. »

    Il confirmait ce sentiment par des paroles qui semblaient ramener à la vie la belle Saint-Yves. Elle se sentit consolée, et s’étonnait d’être aimée encore. Le vieux Gordon l’aurait condamnée dans le temps qu’il n’était que janséniste ; mais, étant devenu sage, il l’estimait, et il pleurait.

    [...]

    Voltaire - l'Ingénu



Annonce des axes

I. Une scène pathétique
1. Tableau de famille
2. Une scène funèbre
3. Signes de l'émotion

II. Vers le roman sentimental
1. L'amour de l'Ingénu
2. L'amour de Mlle de St Yves
3. Le remords

III. Une héroïne tragique
1. Une victime sacrifiée au nom de la vertu
2. Relation du personnage et du lecteur
3. Le dénouement ambigu



Commentaire littéraire

I. Une scène pathétique

1. Tableau de famille

Regroupement de tous les personnages proches de Mlle de St Yves.
Mise en valeur de la description physique (immobilité).

2. Une scène funèbre

'La mourante' + 's'en est fait' donne l'impression que la mort est déjà accomplie.
Champ lexical de la souffrance.

3. Signes de l'émotion

Champ lexical des larmes.
Hyperbole + hypallage : 'la tante… faibles bras'.
Champ lexical de l'émotion : registre pathétique.


II. Vers le roman sentimental

1. L'amour de l'Ingénu

Liaison des deux amants par leurs discours.
Reconnaissance morale et amoureuse envers celle qu'il aime dont il fait l'éloge.

2. L'amour de Mlle de St Yves

Le don d'elle-même : par sa mort, elle sacrifie l'honneur de son mari.

3. Le remords

Déchirement moral et culpabilité de Mlle de St Yves : champ lexical de la faute.
Aspect dramatique du texte : une scène d'aveu théâtralisée.


III. Une héroïne tragique

1. Une victime sacrifiée au nom de la vertu

Mlle de St Yves meurt à cause de sa beauté physique et morale.

2. Relation du personnage et du lecteur

Terreur et admiration de ceux qui assistent à la scène.
Admiration de Mlle de St Yves pour la sincérité de la part de Gordon, du Huron et de Voltaire qui veut la faire partager avec le lecteur.
Preuve de sagesse du Huron et de Gordon : la sagesse conduit à une plus grande humanité : l'ingénu déculpabilise Mlle de St-Yves 'Qui ? vous coupable ! lui dit son amant ; non, vous ne l’êtes pas'.
Gordon incarne la tolérance de Voltaire 'il n'était que janséniste' démontre le fanatisme et l'étroitesse d'esprit des jansénistes.

3. Le dénouement ambigu

La sanctification de Mlle de St Yves peut être ironique car sa vertu n'est pas récompensée.
Par sa mort, Mlle de St Yves fait le bonheur de tous sauf de l'Ingénu.
Voltaire fait mourir Mlle de Ste Yves pour nous faire réfléchir sur la fonction du malheur.





Conclusion

    Le conte philosophique s'achève dans les larmes pour rappeler le roman sentimental à la mode à l'époque de Voltaire. Les personnages ont évolué au cours de l'œuvre et Mlle de St Yves a pris l'étoffe d'une héroïne tragique.
    La mort superflue de Mlle de St Yves montre un certain pessimisme de Voltaire et est très ambiguë (sacrifice de Mlle de St Yves est un exemple de grandeur mais aussi d'inutilité).


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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur le Chapitre 20 de L'Ingénu de Voltaire