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Introduction
Voltaire excelle dans le pamphlet, genre qui lui permet de se livrer à une
critique virulente et de montrer ses qualités polémiques. On
y retrouve des thèmes récurrents dans ses essais et ses contes
philosophiques: la dénonciation de l'intolérance, des préjugés,
de la superstition, de la censure, de l'arbitraire de certaines décisions
autoritaires, etc. Ce pamphlet est une synthèse des idées des
Lumières.
L'auteur fait ici la parodie des textes explicitant les décisions d'interdiction; il se place dans le contexte oriental pour composer un édit d'interdiction de l'imprimerie et de la lecture (à ce moment-là l'imprimerie venait d'être introduite en Turquie). C'est un texte construit sur des procédés d'antiphrase systématiques, et sous le couvert des accusations à l'égard de l'imprimerie il faut en voir un éloge. Voltaire critique également les pouvoirs arbitraires qui maintiennent les peuples dans l'ignorance: c'est un plaidoyer pour la diffusion des oeuvres et des idées.
Lecture du texte
I La structure du texte et les étapes de l'argumentation
Le texte est morcelé en une succession de paragraphes numérotés et brefs, en plus de l'introduction et la conclusion. Dans l'introduction, on voit les titres de l'auteur de l'édit (« mouphti du Saint-empire ottoman »), des formules de politesse orientales (« lumières des lumières »), et les circonstances fâcheuses qui expliquent la décision d'interdire l'imprimerie: le retour d'un ambassadeur détenant cette invention dangereuse, puis l'auteur énumère les raisons de l'interdiction dans les paragraphes numérotés au conditionnel.
Les « risques » entraînés par l'introduction de l'imprimerie et de la lecture sont diverses: cela dissiperait l'ignorance, améliorerait l'agriculture et l'industrie (progression sociale et morale), diffuserait l'Histoire objective pouvant faire réfléchir les hommes, répandrait la philosophie des Lumières: « éclairer les hommes » et mettant en jeu des vertus morales, remplacerait la superstition par la vraie religion, et enfin entraînerait des progrès dans la médecine. Les deux derniers paragraphes ne sont pas numérotés, et précisent les modalités d'application de l'interdiction de lire, puis de penser.
II L'efficacité
Le choix du contexte oriental et caricatural se justifie par le fait que cela apparaît très loin de la France et des Occidentaux.
1. les indices de la fiction orientale
On retrouve des notions de lieu: « Saint-empire ottoman », « Stambul », mettant en valeur l'éloignement de la France: « Frankrom », « les auteurs occidentaux »; des notions de temps, par des dates données dans le calendrier musulman: « l'an 1143 de l'Hégire », et des références au contexte administratif et religieux: « Joussouf-Chéribi », religieux: « cadi », « imans ».
2. l'efficacité de la fiction orientale
Cette efficacité se situe à plusieurs niveaux. Tout d'abord, localiser le récit dans un pays lointain permet à Voltaire de se dégager de la censure et d'exploiter toute la gamme de l'ironie; si le lecteur ne lit pas avec assez d'attention, il peut voir les choses au premier degré avec uniquement une condamnation des régimes orientaux autoritaires. Mais certains indices servent à avertir le lecteur: « sottise et bénédiction », « notre palais de la stupidité ». La fiction orientale permet également de mettre l'accent sur le fait que la décision est guidée par la superstition: les fakirs sont mis sur le même plan que les théologiens musulmans.
III Ce que dénonce Voltaire
Voltaire montre à travers ce texte que l'imprimerie est indispensable dans tous les domaines en exposant les pseudo-avantages que pourrait tirer un régime autoritaire en la condamnant, c'est à dire en condamnant la connaissance et ses bienfaits. La violence des termes « pernicieux usage », « proscrire », « infernale » qui sont censés justifier la décision de l'imprimerie, permettent à l'auteur d'insister sur ses bienfaits.
En effet, pour l'état autoritaire, l'imprimerie est une invention pernicieuse, tandis que pour Voltaire la connaissance est indispensable pour lutter contre l'obscurantisme. Elle favorise le progrès, le confort, et fait progresser la vertu (progrès moral). Ainsi, l'ignorance de l'Histoire maintient le peuple dans le mensonge et le merveilleux, alors que sa connaissance permet la réflexion historique, source de raison. L'ignorance du vrai sentiment religieux condamne à la superstition et à des pratiques superficielles; l'ignorance de la médecine soumet la population à la Providence, alors que sa connaissance permettrait de guérir des épidémies (cf. article « inoculation »), etc.
Conclusion
Il y a donc un parallèle entre ce qui est dit et ce qui est réellement prôné par Voltaire, qui correspond aux points essentiels de la philosophie des lumières (cf. « misérables philosophes »).
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