Les Mouches

Jean-Paul Sartre

ACTE II scène 8






Situation du passage

Le double-meurtre a eu lieu. Electre court vers Oreste. Electre dans le début de la scène revient sur le meurtre car Oreste a des souvenirs mais pas elle : déjà différence entre eux. Electre apprend la malédiction qu'a fait sa mère alors elle a besoin d'être rassurée par Oreste => Electre croit qu'il a fait nuit, Oreste le dément. Elle ne le voit plus et le trouve étrange.


Passage étudié

"Je suis libre" à "remord."


Commentaire

REPLIQUES D'ORESTE

Affirmation de la liberté "je suis libre" "la liberté a fondu sur moi". Différence auparavant "nous sommes libres". Maintenant seul Oreste se déclare libre. La réplique précédente d'Electre : "comme tu as l'air étrange !". Ce changement est lié à cette prise de conscience de la liberté. Comparaison avec la foudre met en évidence la rapidité, la violence de cette transformation.

La 2ème réplique correspond à la philosophie de Sartre concernant la liberté.
"j'ai fait mon acte et cet acte était bon". Le verbe faire met en évidence l'action. Mise en parallèle de ce passage avec la remise en cause de l'enseignement du pédagogue : avant Oreste = fil maintenant grâce à sa liberté il a du poids "plus il sera lourd à porter". L'adjectif possessif mon en italique permet de souligner l'unicité de l'acte : celui d'Oreste.
Jugement porté sur l'acte paraît assez surprenant du point de vue moral : le meurtre est "bon".
Comparaison filée avec passeur. Personnification de l'acte d'Oreste "je le porterai …compte". "autre rive" référence à la traversée des fleuves des enfers, royaume des morts. Allusion antique renouvelée. La métaphore permet une vie nouvelle pour Oreste. Il assume son acte "j'en rendrais compte".
Reprise de la marche et du chemin (voir tirade avec le pédagogue). Opposition entre le passé "hier" + utilisation de l'imparfait et "aujourd'hui" + présent. Opposition entre "marcher au hasard" et "marcher sur mon chemin", opposition entre "des milliers de chemins" et "mon chemin" (mon encore une fois en italique).
Oreste se met à ressembler aux autres hommes : lui aussi a un chemin.
"milliers de chemins" puis illustration "celui des haleurs, celui du muletier, la route des conducteurs" pluriel, singulier, pluriel => multiplicité des chemins. Oreste évoque les moyens de transport possibles. Ainsi, mise en évidence de l'unicité du chemin d'Oreste.
"au hasard" s'oppose à "mène". On assiste à une progression : même si Oreste ne sait pas où est le chemin il sait qu'il mène quelque part.
Une fois son acte défini, Oreste ne parle plus beaucoup dans le passage.

Il n'a pas de problème de conscience. Evocation des souvenirs différents des remords. Il assume et ne se pose pas de questions, contrairement à Electre.


REPLIQUES D'ELECTRE

Dans sa 1ère réplique, Electre n'apparaît pas libre. phrase interro + négative. "moi je ne me sens pas libre" on peut déjà noter une différence Electre-Oreste : Or réalité <-> être  
                                                 Et subjectivité <-> sentir
Moi s'oppose à toi.

"Quelque chose est arrivé que nous ne sommes plus libres de défaire" impossibilité de revenir en arrière. Cette question est une réponse anticipée à "peux-tu… mère ?". Electre occulte Oreste comme responsable "Que tout ceci n'ait pas été" tournure impersonnelle et voix passive.
Utilisation du pronom nous qui implique une union Electre-Oreste mais cette union est dans une phrase négative nous = les assassins de notre mère. Différence par rapport à avant "mes ennemis sont morts et mon père est vengé " (acte II scène 7) on avait la première personne donc un constat.
Electre dans cette réplique commence par parler de liberté et poursuit ensuite avec la souffrance, l'obsession, les "mouches".
Thème noirceur :
Progression dans le texte "la nuit est épaisse" à "je ne peux plus te voir". Lorsqu'elle ne voit plus Oreste, Electre a peur de lui (voir même avant).
Différences entre perceptions visuelles et auditives. Electre entend la voix d'Oreste : voix "coupe comme un couteau", "fait mal" au travers de cette comparaison le thème de la souffrance est remis en place. Le couteau rappelle l'épée sanglante d'Oreste.
"Est-ce qu'il fera toujours aussi noir, désormais même le jour ?" changement inéluctable. Electre est déchirée sur le plan des perceptions. Prise de conscience que l'absence d'éclairage ne fait pas le noir.
"les voilà !" bis exclamatives => émotivité, peur.
Au début de la pièce déjà le noir apparaît avec la cloporte "costume d'Argos" du deuil, des remords. Electre est passée du côté d'Argos => symbole. Changement accompli.

"les voilà" pronom sans avoir nommé auparavant => obnubilée, omniprésence dans l'esprit d'Electre (voir acte II scène 7 avec Clytemnestre) alors qu'Oreste, lui, se pose la question (pas obnubilé) => Oreste et Electre n'ont plus le même univers. Electre ne donne pas de réponses et poursuit son idée. 3ème personne du pluriel => insistance. Electre ne les nomme pas car dans l'antiquité on ne nomme pas l'obsession.
Propositions courtes, séparées par des virgules => rythme soutenu marquant l'angoisse, la peur.
Comparaison mouches/raisins. Habituellement connotation positive mais ici, non : raisins noirs.
Electre prend conscience de son obsession ses ombres => les mouches.
Perceptions visuelles : "elles pendent, je vois leurs yeux", sensorielles "Ecoute !…"ronflement d'une forge " comparaison soulignant un bruit important.
"elles enflent" bis => augmentation de la taille des MOUCHES.
Comparaison avec des abeilles connotation négative ici car perversion des valeurs.
"Horreur !" paroxysme de l'obsession.
"millions d'yeux, mille pattes" confirme le nombre des Mouches avec une gradation. On peut mettre en parallèle les "milliers de chemins" avec les "mille pattes".
Parallélisme entre regard des Mouches avec le regard d'Egisthe mais avec Egisthe affirmation du plaisir, ici Electre est terrorisée car elle ne peut supporter ces regards.
Dans la dernière réplique, Electre emploie le Nous. Selon elle, Oreste est l'objet du regard des mouches du remord.

Enfin, Electre répond à la question d'Oreste "QUI ?" "ce sont les Erinnyes, Oreste, les déesses du remords."


Conclusion

* Oreste est indifférent vis-à-vis des mouches et du remords.
* Electre est horrifiée : remords. Elle est sensible à l'omniprésence des Mouches.
* Les comparaisons et les métaphores donnent au texte une valeur de parabole. Texte symbolique mettant des notions en jeu : liberté, remords. En touchant la sensibilité du lecteur le discours est plus facile à cerner, plus émouvant.
* On rencontre ici un univers un peu archaïque avec les moyens de transport notamment. Les références au miel et au raisin permettent de mettre en place l'univers culturel, méditerranéen, antique.
* Mythe réactualisé dans la conception de la liberté d'Oreste.
* Nouveauté aussi car divergence Oreste-Electre. Oreste indifférent aux Erynnies. Electre s'éloigne d'Oreste pour se rapprocher du clan des femmes d'ARGOS. Au début, elle se démarquait de celles-ci.
* Oreste s'est "testé" grâce à son acte. Sans racine au début du texte, il les retrouve après son acte (différents des autres pièces).
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Merci à Sophie pour cette fiche sur Les mouches, de Sartre