La lettre 34 est extraite des Lettres d'une Péruvienne écrites
par Françoise de Graffigny. Cette œuvre fut, au milieu du XVIIIème siècle,
un succès. Elles connurent plus de 40 éditions en 50 ans, et furent traduites
en 5 langues. Reprenant la veine exotique et le style épistolaire des Lettes
Persanes (1721), Mme de Graffigny dénonce les travers de la société sous la
plume fictive de Zilia, jeune péruvienne exilée en France, qui écrit à son frère
Aza resté au Pérou. C'est à travers ces lettres qu'elle fait un tableau sévère
de la société de son époque. Dans le texte, elle dénonce l'éducation des jeunes
filles sous la forme d'un discours. En première partie, nous verrons qu'elle
dénonce une société inégalitaire (relation Homme Femme) ensuite nous montrerons
qu'elle s'intègre dans le texte parce qu'elle se sent concernée. Enfin nous
analyserons les désordres de la société.
Lecture
Annonce des axes
Etude
I Une Société Inégalitaire :
A) De quoi s'agit-il ?
Ce texte consiste en une lettre qui emploie les pronoms de la première et de la seconde personne (lignes 1, 2, 3…) ainsi que le présent de l'indicatif. Il s'agit donc d'un discours. Zilia écrit à son frère pour lui exposer le mode de fonctionnement de la société française du point de vue de la séparation des sexes. " Un mari… rebutante ".
B) Relation homme/ femme :
La jeune femme écarte la question de l'éducation des hommes pour
introduire son thème : l'éducation des filles. " Je ne sais… informer/mais je
sais…filles ", sur ce sujet, elle se dit " informée ", sure de son savoir. L'opposition
entre les deux éducations est fortement marquée par la conjonction " mais " et
renforcée par la proposition " Je sais ". La jeune péruvienne présente donc,
dès les premières lignes, une société cloisonnée qui sépare les gens de sexes
différents et les laisse dans l'ignorance les uns les autres : " On les enferme… connaissent
pas " Cette relation se poursuit dans le texte à travers l'énoncé des griefs
contre les " Hommes ", le " Mari " et " Les lois ". Mme de Graffigny montre
ainsi que la société laisse l'inégalité s'installer. La situation est présentée
comme exceptionnelle avec l'utilisation d' " Ici ", au début du 4ème paragraphe
: " Quand
tu sauras qu'ici… " dit-elle à son frère comme si cela était bien différent
d'ailleurs et que ce dernier ne pouvait imaginer les conditions des femmes.
Elle laisse donc penser qu'il n'y a qu'en France que les choses se passent ainsi,
soulignant le caractère anormal de la situation endurée par les femmes. D'où la
fin du texte, la menace voilée d'une révolte des femmes contenue dans le final "
Mais qui peut résister au mépris ? ".
Donc Mme de Graffigny emploie un vocabulaire, des termes forts pour montrer sa colère. Elle dénonce une société qui n'aide en rien les femmes.
II La dénonciation d'une femme :
A) Une argumentation destinée aux femmes :
Cette argumentation est destinée aux femmes mais surtout aux hommes, lecteurs de Françoise de Graffigny afin qu'ils se rendent compte de la situation dans laquelle se trouvent les femmes. La situation d'énonciation " Je " Tu ", n'est donc qu'un prétexte pour permettre à l'auteur de dénoncer l'injustice consécutive de l'inégalité des droits entre les femmes et les hommes. Cette dénonciation est surjective car elle se fait à la première personne du singulier, l'énonciatrice utilise le verbe savoir d'une manière personnelle et catégorique : elle commence sa lettre par " Je ne sais pas " et " Je sais " et la termine par " Je pense " et " Je sens ". En outre, la jeune fille utilise un vocabulaire fort pour exprimer son sentiment d'indignation et de colère face à la condition des femmes. Elle utilise notamment de nombreux objectifs ou verbes à valeur péjorative pour décrire la société " Superficiellement " " Lâche " " Méprisés " " Indécente " " Accablés ".
B) Les champs lexicaux :
On trouve dans le texte le champ lexical de l'autorité : " Enferme ", " Sévérité ", " Joug ", " Autorité ", " Punition ".
Le champ lexical du vice, " Tous les désordres ", " Lâche indifférence ". Les
femmes subissent donc l'autorité tandis que le vice caractérise les hommes.
On constate que l'autorité appartient à ceux qui font preuve de tous les vices
: la Péruvienne décrit une société sexiste et autoritaire qui incarcère la femme
mais autorise l'homme à toutes les conduites. Françoise de Graffigny s'inscrit
dans la lignée des philosophes des Lumières qui dénoncent les inégalités et
réclament la liberté pour tous. Néanmoins, l'auteur se situe sur un plan plus
restreint et souvent occulté, celui de la condition féminine.
III Les désordres :
A) Les responsables de cette organisation sociale :
La jeune fille incrimine les éducateurs pour n'avoir ni " esprit " " ni cœur " (lignes 4, 5) : les parents qui se contentent des apparences (lignes 15,16) et enfin " les lois qui tolèrent l'impunité des hommes " (ligne 23) et leur permettent de se comporter d'une manière infâme. Le pronom " on " représente la société :il a une valeur exclusive , au sens où il n'induit pas l 'énonciateur ". Il permet une dénonciation générale qui rend la société toute entière responsable de l'inégalité subie par les femmes.
B) Conséquences de cette situation sociale :
Les femmes ne peuvent pas posséder réellement de " vertu " puisque
leur éducation est différente : leurs " vertu " ne sont pas exploitées. Cette
situation est " responsable " " de tous les désordres de la société " (L .18).
L'auteur évoque ainsi les femmes dévoyées martyrisées, laissées dans " l'indigence " (L.
27), trompée ce mépris de le femme risque de les emmener à la révolte : " Comment
ne seraient-elles pas révoltées ? " (L .22-23). C'est parce qu'ils possèdent " l'autorité " et " l'impunité " que
les hommes peuvent se comporter de cette manière. En outre, la séparation des
sexes et l'absence d'éducation des filles permet à cette situation de perdurer
=> Auteur assez pessimiste.
Conclusion
Françoise De Graffigny souligne dans cette lettre l'imperfection
d'une société, dû selon elle à l'inégalité homme/ femme. La société et les hommes,
sont mis en cause la femme n'est qu'une victime que l'on maintient volontairement
dans l'ignorance, pour mieux la dominer et la soumettre.
L'auteur sous son discours, rêve d'une société d'égalité où la
femme serait douée de raison et d'un sens critique, qui la rendrait l'égale
des hommes.
Merci à Marylène qui m'a envoyé cette fiche...