Si c'est un homme

Primo Lévi - 1947

La remontée progressive

Chapitre 15 de "Maintenant…" à "...comprendre"




Plan de la fiche sur le chapitre 15 de Si c’est un homme de Primo Lévi :
Introduction
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

     Dans ce chapitre de Si c’est un homme, Primo Lévi (1919 - 1987) montre sa progression dans la hiérarchie du camp. Du fait de ses aptitudes en chimie, il n'est plus obligé de se livrer aux travaux physiques à l'extérieur. Lui a pu intégrer l'équipe du laboratoire, Il réapprend ainsi le confort, essentiel pour augmenter ses chances de survie dans un tel univers. Nous verrons tout d'abord les conséquences de ce nouveau statut, puis comment rejaillissent les sentiments humains chez un homme toujours prisonnier.


Lecture du texte



Annonce des axes

I. L'acquisition d'un statut plus proche de l'humain
1. La redécouverte du travail
2. La possibilité d'un endroit personnel

II. Le souvenir de sa condition perdue d'homme libre
1. A mi-chemin entre l'homme et l'esclave
2. Une apparence physique inhumaine



Commentaire littéraire

I. L'acquisition d'un statut plus proche de l'humain

1. La redécouverte du travail

     Primo Lévi n'a pas le sentiment, dans le laboratoire dans lequel il occupe désormais ses journées, de travailler. A l'intérieur, au chaud, avec un minimum de confort, il est assis et se livre à des activités plus intellectuelles. Il avait perdu conscience que la travail pouvait aussi être de cette nature : "Travailler, c'est pousser des wagons, transporter des poutres, fendre des pierres, déblayer de la terre, employer à mains nues l'horreur du fer glacé. Tandis que moi je reste assis toute la journée". Son travail nécessite comme seul outil un cahier, un crayon, un livre. Sa condition d'esclave s'en trouve atténuée, dans un lieu où personne ne le bat, où il a la liberté de sortir s'il le désire. Il redécouvre ainsi petit à petit sa vie d'avant, et mesure grandement ses avantages par rapport au reste des prisonniers.


2. La possibilité d'un endroit personnel

     Primo Lévi avance un élément fondamental de sa nouvelle vie, qui est celle de sa "remontée" vers l'espoir et la lumière. Il possède en effet un "tiroir", dans lequel il peut entreposer notamment son calot et ses gants. Dans le camp, aucun prisonnier n'a droit à un lieu fermé pour mettre ses affaires, et chacun doit par conséquent sans cesse les surveiller afin d'éviter les vols. Ils doivent donc apporter leurs affaires partout avec eux, au travail comme aux toilettes. L'auteur comprend ainsi son grand avantage, avec cette possibilité de lieu fermé, privatif, qui n'appartient qu'à lui, dans lequel personne ne peut rien lui voler. Cet élément de propriété apparaît comme essentiel dans sa nouvelle condition, comme un symbole se sa capacité à s'être "débrouillé" pour améliorer son statut dans le camp, et donc dans la redécouverte de certains sentiments humains.


II. Le souvenir de sa condition perdue d'homme libre

1. A mi-chemin entre l'homme et l'esclave

     Par cette amélioration sociale, sa progression dans la hiérarchie du camp, Primo Lévi se rapproche petit à petit de l'homme qu'il était avant sa déportation. Mais cette forme de "réhumanisation" s'accompagne d'une profonde douleur morale, faite de souvenirs de cette vie perdue. Il mesure les aspects positifs de son évolution, qui le distingue du "troupeau" des "non-hommes", mais ne peut partager avec personne "la douleur de se souvenir, la souffrance déchirante de se sentir homme", dès lors que sa "conscience émerge de l'obscurité". Le terme "conscience" est ici essentiel : voilà longtemps qu'il n'en avait plus, lui qui ne réfléchissait plus en termes de bien et de mal, mais avec la notion de survie, par le recel et le troc. Rodé à la vie du camp, il maîtrise les techniques de vol et de revente, pour améliorer son ordinaire. Ces éléments son par ailleurs toujours présents pour lui, qui voit à cet effet un avantage non négligeable à travailler au laboratoire : il a accès au savon et à l'essence, des produits introuvables dans le camp et donc très prisés.


2. Une apparence physique inhumaine

     Au laboratoire, Primo Lévi travaille avec des femmes, ce qui lui rappelle à quel point il est éloigné du jeu de séduction. Il se sait physiquement très épuisé, comme ses collègues. Il se voit, avec eux, "ridicule et répugnant", avec le "visage jaune et bouffi", incroyablement maigre, mal vêtu, sale et "plein de puces", avec une odeur particulière qui colle à la peau. Il a des attitudes malpolies, se gratte sans retenue. Cette longue énumération que fait l'auteur de son état physique en dit long sur la déprime morale qui ne le quitte plus. La rencontre avec le monde extérieur, symbolisé par les femmes qui travaillent au laboratoire, fait rejaillir des sentiments qu'il ne connaissait plus, notamment la honte. Entre prisonniers, tous semblables, la honte n'existe pas. Face à des individus, qui plus est des femmes, il a conscience de ne pas pouvoir se présenter sous son meilleur jour, et cela le mine.





Conclusion

     Ainsi, dans cet extrait de Si c’est un homme, Primo Lévi avance les éléments qui le font remonter dans l'échelle de l'humanité. De l’état de matricule et force de travail, il devient utile à d'autres travaux et apprécie à sa juste valeur l'amélioration de son existence. Tout est bon à prendre lorsque l'on vit dans un camp de concentration. Mais cette évolution est à double tranchant. Eloigné des tâches physiques et de la souffrance due aux coups, il découvre la souffrance morale qui ne le quitte plus. Plus il se rapproche de ce qui fait un homme, plus il mesure ce qui l'en sépare. Ce passage est par ailleurs fondamental dans la mise en place de ce livre. C'est en effet au laboratoire, la nostalgie aidant, qu'il va commencer à noter ses idées : "Alors je prends mon crayon et mon cahier, et j'écris ce que je ne pourrais dire à personne".

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Merci à Sébastien pour cette analyse sur le chapitre 15 de Si c’est un homme de Primo Lévi