Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée

Victor Hugo

Les Châtiments - Livre septième – Les sauveurs se sauveront - I





Plan de la fiche sur Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée de Victor Hugo :
Introduction
Texte du poème
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

    Nous avons affaire au poème qui ouvre le livre VII de Les châtiments, le dernier livre « Les sauveurs se sauveront » (double sens : prendre la fuite ou assurer son salut). Victor Hugo reprend la parole pour annoncer l’avenir et donne au septième livre une valeur prophétique. La valeur symbolique de ce poème annonce une chute. Hugo y développe une mission de la poésie. Le poète est comme prophète. Les vers sont les clairons de la pensée.

Victor Hugo
Victor Hugo



Texte du poème


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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com

I

Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée.

Quand Josué rêveur, la tête aux cieux dressée,
Suivi des siens, marchait, et, prophète irrité,
Sonnait de la trompette autour de la cité,
Au premier tour qu'il fit, le roi se mit à rire ;
Au second tour, riant toujours, il lui fit dire :
« Crois-tu donc renverser ma ville avec du vent ? »
A la troisième fois l'arche allait en avant,
Puis les trompettes, puis toute l'armée en marche,
Et les petits enfants venaient cracher sur l'arche,
Et, soufflant dans leur trompe, imitaient le clairon ;
Au quatrième tour, bravant les fils d'Aaron,
Entre les vieux créneaux tout brunis par la rouille,
Les femmes s'asseyaient en filant leur quenouille,
Et se moquaient, jetant des pierres aux hébreux ;
A la cinquième fois, sur ces murs ténébreux,
Aveugles et boiteux vinrent, et leurs huées
Raillaient le noir clairon sonnant sous les nuées
A la sixième fois, sur sa tour de granit
Si haute qu'au sommet l'aigle faisait son nid,
Si dure que l'éclair l'eût en vain foudroyée,
Le roi revint, riant à gorge déployée,
Et cria : « Ces hébreux sont bons musiciens ! »
Autour du roi joyeux riaient tous les anciens
Qui le soir sont assis au temple, et délibèrent.

A la septième fois, les murailles tombèrent.


19 mars 1853. Jersey.


Victor Hugo
Les Châtiments - Livre septiième



Annonce des axes

I. La structure du poème
II. Mélange des tons
III. Valeur symbolique



Commentaire littéraire

I. La structure du poème

Sa disposition typographique est parlante, qui dégage le premier vers et le dernier vers du poème.
On s’aperçoit que le premier vers est un envoi, muse à la force poétique. Ce poème est un récit, par un indice temporel « quand » avec le passé simple et le passé composé. La chute se termine sur « tombèrent ». La situation finale est toujours une inversion sémantique par rapport au poème. Le dernier vers annonce le septième livre. Il y a aussi un contraste d’effet rythmique : ce blanc ne fait que prolonger l’effet de suspens. Le vers 1 est une exhortation qui passe par l’impératif assorti d’une métaphore. Le reste du poème serait une illustration de cette métaphore. Le vers 1 fonctionne comme un discours : opposition entre récit-discours : le poète prend la parole et son interlocuteur est la poésie (directement) et le lecteur de la poésie est visé (indirectement). Cet exhortation est un encouragement à ne pas renoncer. Imitation du style biblique. Le premier vers souligne la forme de parabole et met en évidence son fonctionnement moral. Effet de symétrie entre les vers 1 et 26. Effet de dramatisation par les blancs. A l’exhortation du début il répond par l’assurance d’un succès : fin heureuse.

Le récit : la dramatisation vient de deux éléments : progressivité du rythme, 6 épisodes différents. La longueur de chaque épisode grandit progressivement. Le peuple arrive progressivement sur les remparts. Le passage au style direct renforce la dramatisation.
On passe de la population la moins responsable à la plus responsable. La population est de plus en plus nombreuse à venir sur place. Le ton s’aggrave aussi.


II. Mélange des tons

Epopée biblique. Le ton est grave. Les effets de grandissements typiques de l’épopée se trouvent partout. Grandissement du prophète héros, évocation de sa colère (« irrité ») toute sacrée dont la valeur morale est manifeste. La nomination confère à la signifiance du mot (Sosué) : fils d’Aaron, hébreux.
L’importance des cuivres : trompettes, clairons : musique militaire. Connotation d’une puissance guerrière. Il y a un vers puissant : vers 18. Décor qui est propre à la guerre. A la valeur guerrière s’ajoute l’antiquité ce qui rajoute de la valeur.
Le décor fourmille d’indices de dignité.
Le pathétique est lié aux personnages. Insistance sur les aveugles et les boiteux. Satire reposant sur l’inversion des valeurs. Les valeurs sacrées sont bafouées. Effet de contraste très puissant entre les éléments sacrés et la tentative de dégradation dont ils sont objets. Le rire est assimilé à la dégradation. Rire et cracher ont la même valeur. Le rôle du discours direct est ironique : le roi s’adresse au prophète  : « les hébreux sont bons musiciens ». Utilisation ironique et dégradante du mot « musicien ». Le lecteur est invité à s’assimiler au camp des justes.


III. Valeur symbolique

« Clairons de la pensée » : jeu sur la famille étymologique de clairons (clair : lumière) ; philosophie des Lumières.
Le clairon annonce l’ordre de la bataille et c’est l’instrument qui fait sortir les lumières. Le champ sémantique de la clarté : parallélisme à travers la métaphore : le recueil est le clairon dont la fonction est de chasser les ténèbres. Le parallélisme : France de Napoléon III assimilée à toutes les villes de la corruption comme Jéricho.
Les citoyens de Jéricho comme les personnels de l’empire bafouent le sacré et rient (le rire s’oppose au sacré). Le rire est négatif, c’est un rire dégradant le rieur et sa cible. Ce sont des huées. Il y a un réseau entre « rire », « cracher », « imiter », « se moquer », « railler ».
Effet d’antithèse accompagnant le parallélisme. Au vers 24, il y a une antithèse dans les mots : les anciens ne rient pas. Pour stigmatiser l’indignité de ce peuple qui se livre à la perdition. Renoncement à la sagesse qui constitue un contraste avec la noblesse.
Le poète est assimilé au prophète, il s’agit d’une figure tragique : il est seul, c’est un éclaireur, il marche devant, il est irrité. Le prophète et le poète sont des détenteurs de la vérité, médiateurs entre Dieu et hommes. Les deux annoncent l’avenir. (« sonnait de la trompette » : annonce de l’avenir). Le poète est sifflé, hué, méprisé des peuples, victime de la raillerie. Il est porteur d’une vérité austère : son clairon est noir. Il change le corps du monde. Force d’action dans la parole du poète comme celle du prophète.





Conclusion

    Ce poème relève d’une poésie didactique, liée à l’action crée pour dégager une force par le mélange entre la dimension héroïque, épique et satirique. Le poème dénonce la légèreté et l’absence de clairvoyance de la France de Napoléon III livrée à la débauche, bafouant les valeurs humaines comme divines. Le poète détient la vérité de Dieu lui-même.

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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée de Victor Hugo