Beau, beauté

Voltaire - Dictionnaire philosophique





Plan de la fiche sur l'article « Beau, Beauté » de Voltaire :
Introduction
Texte de l'article
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

    Le Dictionnaire Philosophique, publié en 1764, permet de diffuser des idées, mais également d'éviter en partie la censure à cause du nombre d'entrées. Il forme une arme privilégiée du combat philosophique. Le Dictionnaire Philosophique comprend 73 articles.

    Dans l'article « Beau, Beauté », Voltaire (1694 - 1778) traite un thème cher à l'esprit des Lumières : la beauté ou l'esthétique qui rejoint l'interrogation sur le bonheur mais, Voltaire une fois de plus va défendre les valeurs universelles et pour mieux mener son combat pour la tolérance, pose la question de la relativité du beau.

=> Biographie de Voltaire.


Texte de l'article


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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com


Beau, beauté


    Demandez à un crapaud ce que c'est que la Beauté, le grand beau, le to kalon1 ! Il vous répondra que c'est sa femelle avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée ; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.

    Interrogez le diable ; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias2 ; il leur faut quelque chose de conforme à l'archétype du beau en essence3, au to kalon.

    J'assistais un jour à une tragédie auprès d'un philosophe. « Que cela est beau ! disait-il. — Que trouvez-vous là de beau ? lui dis-je. — C'est, dit-il, que l'auteur a atteint son but ». Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. « Elle a atteint son but, lui dis-je ; voilà une belle médecine » ! Il comprit qu'on ne peut dire qu'une médecine est belle, et que pour donner à quelque chose le nom de beauté, il faut qu'elle vous cause de l'admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c'était là le to kalon, le beau.

    Nous fîmes un voyage en Angleterre : on y joua la même pièce parfaitement traduite ; elle fit bâiller tous les spectateurs. « Oh ! oh, dit-il, le to kalon n'est pas le même pour les Anglais et pour les Français. » Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l'est pas à Pékin ; et il s'épargna la peine de composer un long traité sur le beau.

Voltaire, Dictionnaire philosophique


1 to kalon = beau en grec
2 galimatias = propos incompréhensibles 
3 archétype du beau en essence = la beauté idéale



Dictionnaire philosophique de Voltaire



Annonce des axes

Nous verrons que Voltaire, pour nous amener à réfléchir, nous propose une fable plaisante plutôt qu'une réflexion théorique sur le Beau. De cette façon, Il nous donne une leçon de relativité et son article qui est une mise en garde contre toute forme de préjugé.


I. Une fable plaisante
1. Des procédés d'écritures
2. Une démonstration organisée

II. Une leçon de relativité
1. Une leçon
2. Une pédagogie subversive
3. Le to kalon n'existe pas



Commentaire littéraire

I. Une fable plaisante

1. Des procédés d'écritures

- Le titre de l'article élimine le déterminant défini signifiant qu'il n'y a pas une seule beauté, mais une multitude de beautés.
- Voltaire utilise l'effet de surprise, et cet effet crée un effet comique : demander à un crapaud ce qu'est la beauté, alors que le crapaud est plutôt le symbole de la laideur.
- "deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête" -> effet comique.
- Jeu de questions / réponses, comme pour une enquête.
- Voltaire propose des enchaînements inattendus, crapaud / nègre et diable / philosophe.
- Sous-entendus satiriques : le crapaud, le nègre et le diable répondent clairement à ce qu'est le beau alors que le philosophe ne sait répondre que par du galimatias (propos incohérent) => satire des philosophes.
- Questionnement absurde qui s'oppose aux ordres répétés, les impératifs sont impossibles à réaliser ("Demandez à un crapaud", "Interrogez un nègre de Guinée", "Interrogez le diable"), sauf pour le philosophe qui est le seul à ne pas répondre.

2. Une démonstration organisée

- Première partie (2 premiers paragraphes) : interrogation sur la beauté physique.
- Effets de symétries, nos deux premiers exemples = laideur les 2 suivants pourraient savoir.
un animal naturel + un bon sauvage / un être surnaturel + un être borné. La nature s'oppose à la culture.
- Seconde partie : le beau "culturel", artistique. Cette partie étant elle-même divisée en deux parties:
* une pièce de théâtre (tragédie) en France, appréciée par le philosophe,
* la même pièce en Angleterre, qui "fait bâiller" les spectateurs.

Le philosophe comprend par l'exemple que ce qui est perçu comme beau par lui-même ne l'est pas forcément par les autres.

Ainsi, sans développement abstrait, Voltaire organise sa démonstration à partir d'exemples et nous donne sa leçon de relativité.


II. Une leçon de relativité

1. Une leçon

- Chacun voit le beau à son image, selon ses préjugés.
- Voltaire par la progression de son texte remet en cause cette façon de raisonner. Il nous oblige à voir à-travers le crapaud, le nègre de Guinée... Il nous montre l'opinion des français s'opposant à celle des anglais.
- Grace à ces exemples concrets et quelque peu caricaturaux, il arrive à convaincre le spectateur par l'empirique (= pratique) plutôt que par le théorique.
- Le texte progresse, du particulier au général, du plus concret au plus abstrait pour aboutir à  un élargissement final au monde entier : Japon, Rome, Paris, Pékin

Ainsi, Voltaire par son article joue les pédagogues.

2. Une pédagogie subversive

Il reprend l'idée du libre examen :
- Distinguer les différents domaines, la beauté de l'utilité…
- Raisonner juste, éviter de répéter les stéréotypes (idées toute faites)
- Le beau est relatif, mais cela peut s'appliquer à beaucoup d'autre notions (morale, intelligence...).

3. Le to kalon n'existe pas

Le to kalon dans ce texte représente le beau absolu, universel. Voltaire attaque la philosophie traditionnelle liée à la théologie (cf. Pangloss dans Candide) et l'idée de perfection divine.




Conclusion

Le thème du Beau, la fantaisie apparente de l'article sont du service d'un raisonnement rigoureux, d'un combat pour la tolérance. Voltaire nous interroge sur l'existence d'une valeur que nous croyons absolue mais qui se révèle relative, au regard de Voltaire. Le message implicite de cet article est d'essayer de comprendre ceux qui pensent autrement que nous plutôt que de les juger négativement.




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