Don du poème

Stéphane Mallarmé




Introduction :

Mallarmé (1842-1898) est un poète du XIXème siècle. Il s’inspire de Baudelaire et est très influencé par les poètes parnassiens. Don du poème a été écrit en 1865 et est issu du recueil Vers et prose. C'est un poème composé d'une seule strophe de 14 alexandrins avec des rimes suivies. Dans ce poème, Mallarmé suggère l’indicible par la musicalité et le pouvoir du langage. Les symboles révèlent les vérités cachés par les apparences.

Par quels procédés Mallarmé exprime-t-il la douleur de la création et de l'enfantement ?


Lecture du poème :

Don du poème

Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée !
Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée,
Par le verre brûlé d’aromates et d’or,
Par les carreaux glacés, hélas ! mornes encor
L’aurore se jeta sur la lampe angélique,
Palmes ! et quand elle a montré cette relique
A ce père essayant un sourire ennemi,
La solitude bleue et stérile a frémi.
Ô la berceuse, avec ta fille et l’innocence
De vos pieds froids, accueille une horrible naissance
Et ta voix rappelant viole et clavecin,
Avec le doigt fané presseras-tu le sein
Par qui coule en blancheur sibylline la femme
Pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ?

Stéphane Mallarmé
  Stéphane Mallarmé
Stéphane Mallarmé


Annonce des axes d'étude



Commentaire littéraire

I. La métaphore filée de l’enfantement

Le poème est présenté comme un enfant dont le poète serait le père.

Vers 1 « poème » comparé à « l’enfant », tous les deux = nouveau-né. Fragilité face au monde, à la critique. « nuit d’Idumée » : le poème est né d'une nuit d'insomnie durant laquelle le poète l'a écrit. (Ce poème est en fait certainement « Hérodiade ».)
L'arrivée du jour (à partir du vers 2) permet au poète de voir son œuvre.
Vers 7 : Poète comparé à « ce père » = idée de création
Vers 6 : poème et relique : poème résultat du travail nocturne, connotation religieuse
Concept sacré de la poésie par Mallarmé
Vers 14 : « lèvres » désigne les lèvres de l’enfant, qui boivent le lait maternel (vers 13 : métonymie du lait nourricier « blancheur sibylline » = lait). « blancheur sibylline » = pureté
«  ta fille » (vers 9) : différent de l’enfant poème
 « pieds froids » (vers 10) => la froideur laisse penser à un accueil mitigé du poème
« horrible naissance »
 « vierge azur » (vers 14) : dimension de l’Idéal

Cette idée de paternité est en fait double : la paternité du poète pour son poème, mais également la paternité réelle car Geneviève, fille de Mallarmé, est né un an avant l'écriture de ce poème (née en 1864).


II. Mise en évidence de la souffrance, du drame de la création

Opposition du jour et la nuit :

Caractéristique de la nuit dans ce poème : chaleureuse
Vers 3, avant que l’aurore ne pénètre, « d’aromates et d’or  » => richesse, chaleur, plaisir des sens.
La nuit est éclairée par une « lampe angélique » (vers 5) => connotation religieuse

Aurore (vers 5) : « carreaux glacés »
Vers 2 « Noire, à l’aile saignante et pâle, déplumée » désigne l’aurore (vers 6). L'aurore est « noire » (antithèse) et est semblable à un oiseau blessé => Exprime le dégoût du poète pour cette aurore.
« déplumée », « saignante », « pâle » (vers 2). Ici ce n’est pas un oiseau porteur d’espoir.
Suggère le combat douloureux du poète avec la réalité.
L'aurore éclaire sa création et lui apporte ainsi la déception. A l’aube, il est déçu de son poème. Partagé entre tendresse et le dégout

L’aurore efface la douceur de la nuit avec violence : « se jeta » + idée de rapidité avec laquelle l'aurore efface la nuit.
« hélas » (vers 4) => regret du poète de voir cette nuit se terminer.
Relique (vers 6) : le poème n’est qu’un reste imparfait par rapport à ce qu’il avait cru créer.
« sourire ennemi » : oxymore qui exprime les sentiments confus du poète entre tendresse et mouvement de recul qu’il a pour l’enfant poème.
« solitude bleue et stérile » (vers 8) muse créée dans la solitude, dans la pureté (bleue) mais est stérile : il n’a crée qu’un enfant sans vie. Personnification de la solitude.

=> Déception du poète par rapport à sa création.


III. L’espoir d’une consolation et de l'acceptation

Vers 1 : « t » désigne la femme, vers 9 « la berceuse » = sa femme => Pour surmonter la déception de la création poétique, le poète fait appel à sa femme.
 « Ô la berceuse » (vers 9) : imploration de la femme, supplication, demande d’aide.
 « accueille »
Douceur, intimité : « berceuse », « innocence »
Mais détails réalistes avec adjectifs péjoratifs « pieds froids », « doigts fanés » mettant en doute l'espoir de la consolation.
 Métonymie du lait nourricier : « blancheur sibylline » => maternité
Le poète demande à la femme ce lait, cette pureté pour son enfant  poème « vierge azur » (vers 14).
Désir de la pureté de la langue (« vierge »), rapprochement avec la musique (« viole et clavecin »).

Le poète voudrait que sa femme accueille son poème comme elle a accueilli sa propre fille.




Conclusion

Ce poème est représentatif de Mallarmé et de son exigence de perfection et de pureté avec un travail de forme très travaillée (métaphore filée). Le poème nous montre la déception du poète pour sa création et l'attente du jugement extérieur. Sa femme, symbole de pureté, est source de réconfort.  L'idée de paternité, réelle autant que fictive, a profondément marqué l'œuvre de Mallarmé.






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Merci à Leslie qui m'a envoyé cette fiche...