La Fortune des Rougon

Emile Zola - 1870

La mort de Silvère et le triomphe des Rougon

De "Silvère, en reconnaissant cette tête..." à "...fondait la fortune des Rougon."





Introduction

      La mort de Silvère a lieu avant le repas. Tante Dide (=Adélaïde) et Aristide ont assisté à cette mort. Elle est racontée sous forme d’analepse.
Silvère a crevé l’œil du gendarme Rengade (chapitre 4), Silvère est fait prisonnier (chapitre 5). Vengeance du gendarme qui a reconnu Silvère. Auparavant, défaite des insurgés et mort de Miette

      Dans ce dénouement, nous allons nous interroger sur le « et » qui indique la mise en parallèle de la mort de Silvère et du triomphe des Rougon.
      Interprétation sur le plan familial et historique



Lecture du texte

La mort de Silvère et le triomphe des Rougon


      Silvère, en reconnaissant cette tête, seule au ras du mur, cet immonde galopin, la face blême et ravie, les cheveux légèrement dressés sur le front, éprouva une rage sourde, un besoin de vivre. Ce fut la dernière révolte de son sang, une rébellion d'une seconde. Il retomba à genoux, il regarda devant lui. Dans le crépuscule mélancolique, une vision suprême passa. Au bout de l'allée, à l'entrée de l'impasse Saint-Mittre, il crut apercevoir tante Dide, debout, blanche et roide comme une sainte de pierre qui, de loin voyait son agonie.

      A ce moment, il sentit sur sa tempe le froid du pistolet. La tête blafarde de Justin riait. Silvère, feutrant les yeux, entendit les vieux morts l'appeler furieusement. Dans le noir, il ne voyait plus que Miette, sous les arbres, couverte du drapeau, les yeux en l'air. Puis le borgne tira, et ce fut tout ; le crâne de l'enfant éclata comme une grenade mûre ; sa face retomba sur le bloc, les lèvres collées à l'endroit usé par les pieds de Miette, à cette place tiède où l'amoureuse avait laissé un peu de son corps.

      Et, chez les Rougon, le soir, au dessert, des rires montaient dans la buée de la table, toute chaude encore des débris du dîner. Enfin, ils mordaient aux plaisirs des riches !

      Leurs appétits, aiguisés par trente ans de désirs contenus, montraient des dents féroces. Ces grands inassouvis, ces fauves maigres, à peine lâchés de la veille dans les jouissances, acclamaient l'Empire naissant, le règne de la curée ardente. Comme il avait relevé la fortune des Bonaparte, le coup d'État fondait la fortune des Rougon.


Emile Zola, LA FORTUNE DES ROUGON (1870)



Commentaire littéraire

I - Le dénouement familial

a) Le regard de l’aïeul commun

- Tante Dide, ancêtre commun aux Rougon et aux Macquart, assiste symboliquement au meurtre : « comme une sainte de pierre »
- Adelaïde est aussi le lien d’origine : « impasse Saint Mittre »
- Deux scènes : chacune correspond à une branche familiale.

b) Sacrifice de Silvère : deuxième paragraphe

- Destin tragique de Silvère
          - « sur sa tempe le froid du pistolet »
          - focalisation omnisciente : « le borgne tira »
- Pathétique
          - focalisation interne et emploi du passé simple : « en reconnaissant », « éprouva », « regarda », « crut apercevoir » : les dernières impressions sont réelles
          - désignation : « l’enfant »
- Liaison amour et mort : « lèvres collées… pieds de Miette » -> sacrifice parallèle avec idylle amoureuse

c) La curée des Rougon : dernier paragraphe

- Nouveau registre satirique : lexique péjoratif : « aiguisé », « mordaient », « dents féroces », « fauves », « curée » -> métaphores animales
- Contraste entre les deux parties
          - froid / chaud
          - triomphe des hypocrites / chute des « purs »

Transition : La lecture d’un événement historique est mise en parallèle avec deux moments extrêmes. La dernière phrase articule l’enjeu familial et historique, l’auteur engagé veut faire la satire de Louis Napoléon Bonaparte.


II - Le dénouement historique

a) Le meurtre symbolique de la République

Acteurs et spectateurs de la mort de Silvère : symboles d’une signification historique

- Paysage contaminé par le registre pathétique : « crépuscule mélancolique »
- Miette symbole de la République : « couverte du drapeau » (= linceul d’un mort)
- Le borgne (=cyclope) – Silvère terrorisé
- Justin (cousin de Miette qui l’a persécuté au chapitre 5) > rire de triomphe

b) L’espoir d’un renouveau : indice que l’Empire n’est que provisoire

- Symbolique de l’espoir : « les yeux en l’air » -> jeux de regards : Silvère ferme les yeux. Borgne et vision de Miette
- Figure de la tante Dide : allégorie de la mort / justice / destin



Conclusion

Opposition entre la République agonisante et de l’Empire naissant.






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