Le Fou et la Vénus

Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris




Plan de la fiche sur Le Fou et la Vénus de Charles Baudelaire :
Introduction
Texte du poème Le Fou et la Vénus
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

    Le poème en prose Le Fou et la Vénus de Charles Baudelaire est tiré du recueil Le Spleen de Paris (sous-titré "Petits Poèmes en Prose"), édité en 1869 soit 2 ans après la mort de Baudelaire.

    Inspiré par la lecture du recueil Gaspard de la nuit de Aloysius Bertrand, Charles Baudelaire commence à écrire des poèmes en prose. Publié après la mort du poète en 1869, le poète entendait évoquer le quotidien du monde moderne et urbain. Le recueil Le Spleen de Paris est cependant concomitant dans sa rédaction à celui de Les Fleurs du Mal (1857). Cela explique les récurrences thématiques et les similitudes d'écriture d'un recueil à l'autre.


Texte du poème Le Fou et la Vénus


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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com


Le Fou et la Vénus


   Quelle admirable journée ! Le vaste parc se pâme sous l'œil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
   L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
   On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fumées.
   Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé.
   Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.
   Et ses yeux disent : - "Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux.
   Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté ! Ah ! Déesse ! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire !"
   Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.


   Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris



Annonce des axes

I. Une double définition du beau
1. Les caractéristiques de la nature
2. Lieu symbolique, représentant l'ensemble de la création

II. Un drame de la communication et de l'expression
1. Le thème du bouffon : la condition ridicule du poète
2. Deux attitudes caractéristiques aussi de la poésie

III. Prose et poésie : la forme allégorique
1. Tonalités multiples du poème : à la fois prose et poésie
2. Comment expliquer la fréquence de l'allégorie dans le recueil ?
3. Le thème de la rencontre : les doubles du promeneur-poète



Commentaire littéraire

I. Une double définition du beau

=> La Nature vivante, enchanteresse
=> La statue

1. Les caractéristiques de la nature

- Utilisation d'un langage de l'amour.
- Description qui personnifie la nature (se pâme - extase universelle des choses - endormies, excitées, désir, rivaliser).
En même temps, une définition en action du beau et de l'amour.
=> Avec des mouvements contradictoires :
- force, énergie passionnelle.
- calme, volupté, harmonie paisible .
Aboutissant à un équilibre difficile à atteindre résumée .
=> Impression d'ensemble : oxymore : "orgie silencieuse".
La sensualité = luminosité, brûlure, extase, mais calme, silence et sommeil.

2. Lieu symbolique, représentant l'ensemble de la création

Le parc, les eaux, les objets, les fleurs, l'azur du ciel (remarquer l'absence de l'homme, nature pure, mais tout de même humanisée, cultivée, urbaine)
- Beauté en mouvement
=> Gradation nette : toujours croissante - de plus en plus - brûlent du désir de rivaliser – (rendant...les fait monter)
- Beauté dans l'unité des sensations (rendant visibles les parfums = synesthésie)
=> Impression d'ensemble : jouissance universelle
La jonction : mouvement ascensionnel des parfums, des fumées vers l'azur du ciel, vers l'astre.
Ce mouvement vers le haut symbolise l'atteinte de l'idéal.

Conclusion partielle :
Profusion, richesse, mais équilibre, harmonie (caractéristiques de la beauté de la nature, de la plénitude de l'amour).

La statue :
Si la première représentation de la beauté est mouvement, la seconde est immobilité ==> altière, noble, déifiée, immortelle, éternelle :
colossale Venus, piédestal, immortelle Déesse, immortelle Beauté, Déesse, marbre

Transition : le contraste comme rupture
=> difficulté d'exprimer cet enchantement, cette puissance magique de la nature, son langage sensoriel.
Nature enchanteresse (jouissance universelle) <=> un être affligé
Chiasme qui oppose universelle à un être, jouissance à affligé.


II. Un drame de la communication et de l'expression

==> difficulté d'atteindre idéal et beauté alors que ce rôle, cette fonction est clairement définie par le discours muet des yeux "Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté !".
Deux rôles : sentir puis comprendre, c'est-à-dire percer la sensation.
Contraste :
- du mouvement des yeux : lève les yeux <=> regarde au loin, yeux de marbre
Désir <=> Froideur, indifférence, inaccessible
- des attitudes :
aux pieds (vénération et impuissance),
tout ramassé <==> colossale, piédestal.

1. Le thème du bouffon : la condition ridicule du poète

Ce thème se retrouve dans l'Albatros, de Baudelaire.
Pourquoi le bouffon ?
pour le ridicule uniquement ?
Mais aussi parce que le fou se permet de dire ce que les autres taisent, dissimulent. Parce qu'il est chargé d'une fonction sociale et mythique : vaincre le Remords, l'Ennui des autres
(thème du clown triste) (cf. Le Vieux Saltimbanque de Baudelaire).

2. Deux attitudes caractéristiques aussi de la poésie

- lyrisme douloureux : "ayez pitié de ma tristesse" (le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié)
- "délire" (tentative pour atteindre le sens profond par un dérèglement des sens, du verbe, de la forme...).


III. Prose et poésie : la forme allégorique

1. Tonalités multiples du poème : à la fois prose et poésie

=> Epanchement d'un état d'âme dans les exclamations => lyrisme presque impersonnel.
=> Récit d'une anecdote personnelle ? Présence de la première personne dans "j'ai aperçu"
(cf. d’autres poèmes du Spleen de Paris : Le Joujou du pauvre, Les Veuves...).

2. Comment expliquer la fréquence de l'allégorie dans le recueil ?

Baudelaire a écrit dans Le Cygne (Tableaux parisiens – Les Fleurs du mal) "Tout pour moi devient allégorie".
L'allégorie est à la fois :
- Prose par son aspect concret, descriptif et narratif (rencontre, aventure ...).
- Poésie par son aspect abstrait, son sens symbolique, l'interprétation du monde.

3. Le thème de la rencontre : les doubles du promeneur-poète

- Utilisation du style direct permet l'ambiguïté, confusion des deux "je".
- Confusion accentuée par la dernière strophe : "regarde au loin je ne sais quoi").




Conclusion

L'allégorie touche en fait à l'autobiographie, à la condition de l'homme, de l'artiste en général => Fusion de deux drames intérieurs.
Fou face à la Vénus = incarnation du Poète face à la Beauté, à l'art, de l'Homme face à la Femme, à l'amour.
=> ridicule, impuissance pathétique et tragique.
=> fonction du poète apparaît plutôt dans le poème comme la tentative d'expression de l'échec.






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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Le Fou et la Vénus de Baudelaire