Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

Rousseau

De "Les politiques font sur l'amour de la liberté..." à "...de raisonner de liberté."



Introduction

     Rousseau est né en 1772 et est mort en 1778. En 1750, il écrit le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes d’après un sujet proposé par l’académie de Dijon : « Les sciences et les arts aident-ils l’homme à se développer ? ». Rousseau condamne sciences, arts, luxe et progrès qui ont corrompu l’homme et l’ont fait sortir de l’état de nature. Il présente ici ce qui sera sa thèse la plus connue : le mythe du « bon sauvage ».


Situation de l'extrait

L'extrait se trouve dans la seconde partie. L'extrait va de « Les politiques font sur l'amour de la liberté... » à « ...de raisonner de liberté ». Les lignes font référence à l'édition Garnier-Flammarion.


Axes de lecture

- Empressement du jugement européen (l.1-7)
- Raisons de la docilité de l'homme social (l.7-13)
- La liberté est naturelle (l.14-20)
- Sacrifices observés pour une inestimable liberté (l.20-35)
- Conclusion oratoire : l’art de la pointe (l.35-37)


Commentaire du texte


I. Empressement du jugement européen (l. 1-7)

     Dans son premier argument, qui est une analogie, Rousseau commence par s'en prendre aux hommes politiques européens, qu'il estime aussi peu que les philosophes. Tous fondent leur jugement sur ce qu'il voient, mais ils n'ont qu'une vision restreinte du monde (ligne 6-7 : « ils ont sous les yeux »). Ils n'aboutissent ainsi qu'à un « sophisme » (l.2) quand il s'agit de juger si les hommes tiennent à la liberté.

    Le talent oratoire de Rousseau consiste à employer un rythme binaire :
          Complément Circonstanciel de propos « par les choses » + proposition subordonnée relative « qu’ils voient » l.3.
          Complément Circonstanciel de propos « par la patience » + proposition subordonnée relative « avec laquelle » l.6.


II. Raisons de la docilité de l'homme social (l.7-13)

     « Sans songer » l.7 prive les politiques de la faculté de raisonner. Dans une seconde analogie est employé pour la deuxième fois le terme « liberté ». Cette fois, la liberté, qui est un état, est assimilée à l'innocence et à la vertu qui sont des qualités.

On trouve encore des tournures binaires :
          « l'innocence et la vertu», l.8
          « dont on ne sent le prix (…) et dont le goût », l.8-9
          « se perd sitôt qu'on les a perdues », l.10.

     « Il en est » l.7 et « on » l.8, 9, 10 sont des tournures impersonnelles qui donnent un aspect universel : la liberté concerne chaque homme.

     Aux lignes 10-13, le paragraphe est étayé par un exemple emprunté à l’Antiquité, ce qui est gage de sagesse. L’absence de guillemets, inhabituelle pour introduire du discours direct, sert à mieux intégrer les paroles rapportées au discours et à abolir la distance temporelle. L’exemple est fondé sur une opposition (« mais » l.12) qui annonce toutes celles à venir.


III. La liberté est naturelle (l.14-20)

     Le rythme binaire s’intensifie avec une série de comparaisons (« comme » l.14) et d’oppositions (« tandis que » l.16). Le « coursier indompté » (l.14) désigne en termes nobles « l’homme barbare » (l.17), ce qui prouve que chez Rousseau, l’adjectif « barbare » n’est nullement péjoratif. Le coursier s’oppose au « cheval dressé » (l.16), de même que l’homme barbare s’oppose à « l’homme civilisé » (l.18), et que « la plus orageuse liberté » (l.19) du premier répond à l’« assujettissement tranquille » (l.20) du second. La fougue et la violence sont ce qu’a choisi l’homme barbare (l.14-15 : « hérisse », « frappe », « se débat ») tandis qu’à l’homme civilisé revient une tranquille mais servile sécurité.

     Dans tous ces exemples ce sont des termes antithétiques qui donnent donc des antithèses au rythme binaire.

     Rousseau utilise l'article indéfini « un », et parle de « l'homme barbare » en général pour donner une valeur universelle à son texte, il généralise ce dont il parle.


IV. Sacrifices observés pour une inestimable liberté (l.20-35)

     De la comparaison découle une idée (introduite par « donc » à la ligne 20). Cette idée est présentée en deux temps, d’abord de façon négative (« pas par » l.21) puis de façon positive (« mais par » l.23). Le rythme binaire qui martèle tout le texte donne plus de force au discours et fonctionne comme un aide-mémoire pour ses auditeurs.

     La tournure restrictive de la ligne 25 « ne font que vanter » oppose encore une fois les peuples asservis, à qui est associé un verbe de parole (« vanter ») aux peuples libres caractérisés par des verbes d’action. Encore une fois, Rousseau accorde sa préférence à l’homme barbare et libre et méprise l’homme civilisé.

     A la ligne 27, « mais », second terme d’une concession, annonce qu’après avoir rappelé l’opinion commune selon laquelle l’homme civilisé peut jouir de la « paix » et du « repos », Rousseau va énoncer sa thèse. Pour mieux l’étayer, il va la développer sur une registre didactique en trois exemples facilement repérables grâce à l’anaphore de « quand je vois » (l.27, 30 et 32) et en une conclusion introduite par « je sens que » l.35.

     Ainsi, l’argumentation, qui s’appuyait jusque-là sur des généralités, se sert à présent de la première personne, du témoignage qui paraît plus crédible pou l’auditoire.

     D'après Rousseau, les peuples libres sont courageux. Tout ce qu’ils consentent à sacrifier pour sauvegarder leur liberté est rapporté dans l’énumération l.28-29, qui obéi à une graduation : ces peuples finissent par risquer leur « vie même ». Rousseau marque l'étonnement avec « même » qui montre l'admiration que porte Rousseau aux sauvages. Une deuxième énumération (l.34) est mise en valeur par une allitération en [f].


V. Conclusion oratoire : l’art de la pointe (l.35-37)

     La pointe est une conclusion inattendue, c'est aussi un trait d'esprit recherché.
     La tournure négative est une condamnation implicite de ce qui se pratique chez les « esclaves » qui tentent de « raisonner de liberté », c’est-à-dire à la cour, chez les sujets des rois qui ont la prétention de juger les hommes barbares alors qu’eux-mêmes ont renoncé à leur liberté.
     Cette critique virulente des Européens renvoie au premier paragraphe de l’extrait étudié. On peut résumer la thèse de Rousseau ainsi : "Peuples européens, regardez-vous vous-mêmes avant de juger les autres".


Conclusion

     Dans ce texte Rousseau fait l'éloge des peuples libres. Il utilise des phrases binaires pour marquer les esprits. Il élabore sa thèse selon laquelle l’homme barbare n’est pas plus à plaindre que l’homme civilisé, loin s’en faut…






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Merci à La classe de Seconde 3 du lycée de Tonnerre et leur professeur qui ont fait cette fiche