Situation du texte dans L'Ingénu : le Huron arrivé du Canada, se fait reconnaître comme le neveu du prieur de Kerkabon qui l’a recueilli. Il doit se faire convertir pour être baptisé.
L’auteur fait le portrait de l’Ingénu qui n’a pas d’esprit critique (" les choses entraient sans nuages ") et analyse ses réactions face à la lecture du Nouveau Testament. Une critique de la religion et de l’éducation est faite par cette nouvelle lecture et ce procédé du regard neuf. L’Ingénu ne possède pas de repères chronologiques jusqu’à ce que son oncle lui dise que " son zèle était inutile ". C’est aussi une critique des Jésuites qui va répondre à toutes les questions du Huron mais c’est " la grâce qui opéra "…Deux thèmes proposés qui passent sous l’écriture satirique, ironique de Voltaire : l’éducation et l’interprétation des textes religieux.
Lecture du texte1- L’insistance sur les qualités du Huron
le narrateur insiste sur les qualités d’origines du Huron. Au départ, de bonnes qualités qui ont été fortifiées : deux régions différentes qui sont complémentaires : " la fermeté des organes de Basse-Bretagne, fortifiée par le climat du Canada " pour fortifier le Huron. Le " si " fait apparaître des qualités d’ordre physique et intellectuel (avec le jeu de mot sur la tête : " à peine le sentait-il " et " rien ne s’effaçait ". La tête est représentée à la fois comme un organe mai aussi comme l’esprit. La présence de négations (" rien, à peine le sentait-il ") renforce l’affirmation du narrateur.
2- Ses imperfections
Le Huron absorbe tout " sans nuages ", ce qui cause plusieurs points de critique autour de ses imperfections. L’absence d’esprit critique : il n’a de repères de lecture que celles de Rabelais et Molière : il connaît très peu de choses. Il y a chez lui une absence de repères chronologiques, que peut donner la culture, qui se traduit par l’absence de la notion du temps car les personnages de Caïphe et Pilate sont considérés comme des personnages contemporains (du moment où il vit) qui le met dans l’incapacité de différencier la fiction de la réalité. Enfin, il porte des jugements dus à son ignorance (" il ne douta point que le lieu de la scène ")
Il y a donc ironie sur la construction d’un personnage, marquée par l’utilisation de négations pour signaler les imperfections et les qualités du Huron.
3- Son apprentissage passe par la religion
-L’objet de l’apprentissage : seule une partie de la Bible (Nouveau Testament) est donnée à lire au Huron. Le modalisateur " enfin " est ironique. Son cerveau est vierge de toute empreinte donc le prieur va profiter de ces bonnes dispositions pour le marquer de la religion. On met en évidence ses qualités par des superlatifs : " plus vives ", " plus nette " (adjectifs de valeur) pour montrer que c’est une activité qui plaît beaucoup au Huron. Mais ce plaisir (" avec beaucoup de plaisir ") va se transformer en zèle qui est le degré supérieur . On voit apparaître un esprit critique puisqu’il voit l’injustice.
La rapidité de l’apprentissage : il " dévora " le Nouveau Testament, et " sut bientôt presque tout le livre par cœur ". Cette connaissance rapide à des effets immédiats retrouvés par des modalisateurs (quelquefois, difficultés) et permet l’apparition de l’esprit critique qui doit être fondamental dans toute éducation.
A travers cela, Voltaire marque l’importance du questionnement et la remise en cause du texte religieux. Il se construit l’acuité du regard nouveau sur le texte ancien, et aussi l’incapacité des deux religieux à répondre : " le prieur fort en peine " et " l’abbé ne sachant que répondre " (formules négatives et restrictives). Donc la difficulté est contournée par la mauvaise foi du jésuite.
Mais la mise en scène du personnage, construit l’ironie critique sur l’ignorance des ecclésiastiques, insistant sur la perte de leur esprit critique devant les dogmes qu’ils répètent.
C’est un portrait où l’on a un personnage qui va modifier son aspect intérieur par l’apparition de l’esprit critique. Ingenuus (lat.) qui a deux sens signifie qui est né libre de bonne naissance (terme juridique) ou naïveté, innocence, ignorance. Tout cela permet à Voltaire de faire sa critique implicite de la religion et à l’éducation.
C’est la matière et la manière d’aborder les connaissances. Voltaire se situe dans le débat de l’éducation qui a commencé avec Rabelais et Montaigne. L’idée de Montaigne est ici reprise par Voltaire : une tête bien faite = conception d’autant plus vive et plus nette, si vigoureuse ; plutôt qu’une tête bien pleine = n’ayant pas été chargée des inutilités et des sottises. Si l’ignorance est le principal défaut de l’Ingénu, elle est ici un élément moteur, positif puisqu’elle significative de toute connaissance parasite. La matière de cette connaissance est fondée sur la Bible contenant des narration d’aventures rapportées : " dans quel pays toutes les aventures rapportées ". Les événements bibliques sont des aventures, mais pas situées dans le temps pour le Huron. Il n’y a pas de mise en perspective, la Bible devient une histoire plane : elle apparaît comme la traduction événements réels et contemporains pour le Huron. C’est une occasion de pouvoir discuter sur la religion.
2- une critique de la religion
C’est la critique de l’interprétation des textes religieux et leur application dans la société. Son ignorance qui retranspose le texte religieux dans le monde contemporain est la parfaite transcription du Christ. L’attitude du Huron serait la meilleur attitude à adopter. La conjonction adversative mais renvoie la conception du Huron dans une époque figée : l’enseignement va se bloquer dans cette époque.
L’Ingénu fait une lecture active du Nouveau Testament à la différence du prieur qui ne sait que répondre. Ils font appel à la rhétorique pour prouver l’efficacité d’un texte.
Conclusion :
Cet extrait de L'Ingénu fait un portrait en évolution de l’Ingénu, mais à travers ce personnage naïf nous avons également une critique implicite de l’éducation et de la religion. Il y a un certain regard sur le texte religieux puisque l’Ingénu se trouve face à l’Evangile et qu’il a deux attitudes : à la fois naïf (le mythe du bon sauvage) qui le fait paraître comme une suite d’inepties et à la fois chrétien (Evangile) car il met en évidence le fait que l’Eglise a perdu l’esprit des origines et laisse plus de place à l’hypocrisie et au dogmatisme.
-> voir chapitre 16
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