Le rêve du jaguar

Leconte de Lisle - Poèmes barbares - 1862





Plan de la fiche sur Le rêve du jaguar de Leconte de Lisle :
Introduction
Texte du poème Le rêve du jaguar
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

    Tout comme Heredia, Leconte de Lisle (1818 - 1894) est attaché à la réalité historique et à la beauté de transcription. Il cherche son inspiration parmi les peuples barbares ou les natures exotiques. Il "peint" plusieurs tableaux de nature sauvage, en particulier des grands fauves, comme dans le poème Le rêve du jaguar extrait du recueil Poèmes barbares paru en 1862.

Leconte de Lisle
Leconte de Lisle



Texte du poème Le rêve du jaguar


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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com

Le rêve du jaguar


Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,
Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,
Bercent le perroquet splendide et querelleur,
L'araignée au dos jaune et les singes farouches.
C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,
Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;
Et, du mufle béant par la soif alourdi,
Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,
Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.
En un creux du bois sombre interdit au soleil
Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;
D'un large coup de langue il se lustre la patte ;
Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil ;
Et, dans l'illusion de ses forces inertes,
Faisant mouvoir sa queue et frissonner ses flancs,
Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,
Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants
Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

Leconte de Lisle - Poèmes barbares



Annonce des axes

I. Les qualités descriptives : exactitude et splendeur picturale
A) La composition
B) Le cadre
C) Le jaguar : vision plastique et picturale

II. La sauvagerie d'une nature barbare
A) Une atmosphère menaçante
B) Un seigneur dangereux
C) Le rêve du jaguar



Commentaire littéraire

I. Les qualités descriptives : exactitude et splendeur picturale

A) La composition

Description du cadre forestier (vers 1 à 5). Retour du jaguar (vers 6 à 13) et repos du jaguar ainsi que son rêve (vers 14 à 22).


B) Le cadre

1. La couleur locale

Forêt exotique : emploi d'un lexique exotique "acajou", "lianes", "perroquets", "singes".

Dépaysement :
    - faune et flore dense, longueur et lourdeur de la première phrase, chaque nom a un ou plusieurs qualificatifs.
    - tout genre d'animaux : insectes, oiseaux, reptiles, mammifère plusieurs variétés et surabondance de vie.
    - lourdeur de l'air, immobile "feux de midi", "herbes rousses"… climat exotique.

2. Les contrastes du tableau

"noirs acajous" fonds sombres. Couleurs vives comme les taches colorées : "fleurs", plumage du perroquet "splendide", "dos jaunes".

Deux couleurs dominantes : le noir et le jaune qui correspondent aux couleurs de la fourrure du jaguar.


C) Le jaguar : vision plastique et picturale

1. Le fauve en mouvement

Le vers 7 est un vers qui s'étire par rapport à l'étirement du corps du félin, par opposition au vers suivants "sinis / tre et fatigué / revient / à pas égaux". très régulier et évoquant la démarche du jaguar.

"il va frottant ses reins musculeux qu'il bossue" allitération en [s] et en [r], assonance en [u] -> sonorités expressives. Lien entre "musculeux" et "bossue", c'est le relief des muscles sur le pelage, le frottement du fauve sur l'écorce.

Le "s" de soufflant suggère la souplesse de l'animal.

2. Le fauve au repos

Au vers 15, la chute molle est suivie par l'immobilité, pas de coupe marquée mais une allitération nette du [l], consonne liquide, évoquant l'allongement de l'animal et la mollesse de sa position.

L'attitude gracieuse montre la beauté du fauve accrue et ses "yeux d'or".
Contraste entre "yeux d'or" et "bois sombre".
Au vers 19, l'allitération en [f] met en relief ses moindres mouvements.

La transition : pas seulement descriptif, le jaguar est aussi un tueur.


II. La sauvagerie d'une nature barbare

A) Une atmosphère menaçante

1. Un lacis végétal inextricable

"sous les acajous" le tunnel végétal est plutôt inquiétant, luxuriance du fouillis végétale où les plantes pendent, s'enroulent comme des serpents, c'est une confusion inquiétante. La syntaxe donne aussi cette impression d'entrelacement : le sujet et les vernes complexe à trouver cela fouillis.

2. Une ambiance irrespirable et malsaine

"L'air chaud, immobile et saturé de mouche", montre la densité extrême et irrespirable ; l'accumulation de duet …et … accentue l'impression de malaise.

3. Une immobilité inquiétante traversée de mouvements furtifs

La présence des habitants de la forêt semble hostile, mouvement de peur des lézards, "souches mortes".


B) Un seigneur dangereux

Les périphrases désignant le jaguar : "le tueur de bœuf et de chevaux", inspirent la peur, "trouble les grands lézards". "sinistre", "mufle béant" désigne les crocs ; "souffle rauque et bref, d'une brusque secousse". Lieu privilégié, "interdit au soleil".


C) Le rêve du jaguar

Son instinct suscite une illusion, un rêve qui le transporte en un lieu frais cause de sécheresse. La violence est montrée par la rapacité du fauve, en un vers est exprimé l'action "enfonce ses ongles ruisselants", plusieurs victimes.




Conclusion

    Le rêve du jaguar, de Leconte de Lisle, est un poème parnassien car il y a une très précise description mais sa description est assez sévère car il va au delà des apparences.

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Merci à Romain pour cette analyse de Le rêve du jaguar de Leconte de Lisle