Le Buffet

Arthur Rimbaud - Poésies




Introduction

Le buffet, de Arthur Rimbaud, a la forme d'un sonnet, deux quatrains suivis de deux tercets en alexandrins. C'est l'avant dernier des 22 poèmes du Cahier de Douai, précédant Ma Bohème. Il a probablement été écrit lors de son séjour à Douai en 1870 chez les demoiselles Gimbre, tantes de son professeur de lettres.




Lecture du poème

Le buffet

C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand'mère où sont peints des griffons ;

- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.


 Octobre 1870.

       Arthur Rimbaud - Poésies


Annonce des axes


Commentaire littéraire

I. La personnification du buffet

Emploi de la seconde personne dans la dernière strophe : humanisation.
Le buffet peut raconter les histoires qu'il contient, comme une vieille personne partagerait les histoires de sa vie.
Le buffet a une volonté : "tu voudrais"
Le buffet est comparé à une vieille personne ("a pris cet air si bon des vieilles gens").
Allitérations en "ch", "v", "f" => impression de bruissement du buffet.
Allitération en "t" : porte qui s'ouvre => vie.


II. Le buffet, un vieil ami

Passage de l’article indéfini ("un large buffet" vers 1) à l’article défini ("Le buffet" vers 3) pour marquer le rapprochement, l’entrée dans une intimité.
Rimbaud exprime une certaine sympathie envers ce buffet tout au long du poème ("air si bon").
L'emploi du "tu" plutôt que du "vous" fait paraître ce buffet comme un vieil ami de Rimbaud, ou un comme un grand-père aimé.
Champ lexical de la vieillesse : "vieux", " flétries", "grand'mère"...
Vieillesse renforcée par la redondance "vieilles vieilleries"
Apostrophe au buffet : "O buffet"


III. Le buffet, témoin du temps passé

Par les objets qu'il contient, le buffet a gardé une trace du passé. Il contient des souvenirs très forts, comme les mèches de cheveux et les odeurs encore très présentes ("Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits") réveillent au moment de l'ouverture de ce buffet des sensations très vivantes. Le buffet éveille les sens (champs lexicaux des sens : "vin", "parfum", "odorants", "bruis").
Le buffet est une incitation à se souvenir, mais de façon agréable : "des parfums engageants".
Ainsi, ces objets d'apparence inutile sont en fait des témoins du passé.
Recherche de Rimbaud sur ses propres origines ?


Conclusion

Le buffet, poème d'une apparente simplicité, présente en fait une harmonie sonore, avec des sonorités recherchées, des allitérations. C'est pour Rimbaud l'occasion de se questionner sur ses origines et sur l'importance du passé.








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