Le jardin

Jacques Prévert - Paroles - 1945





Plan de la fiche sur Le Jardin de Jacques Prévert :
Introduction
Texte du poème Le Jardin
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Jacques Prévert (1900 - 1977) est un poète et scénariste français. Après le succès de son premier recueil de poèmes, Paroles (1945), il devint un poète populaire grâce à son langage familier et ses jeux de mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone. Jacques Prévert a également écrit des scénarios pour le cinéma, et des chansons comme par exemple « Les feuilles mortes ».
    C'est un poète ouvert sur le monde contemporain et aux formes d'expression qui peuvent toucher le public.

    Outre les thèmes abordés, le recueil Paroles est également novateur, atypique et détonant, par sa forme et son style. C'est un recueil placé sous le signe de l'éclectisme dans lequel on trouve aussi bien des textes courts que des chansons, des histoires, des instantanés et des inventaires. Prévert y mélange les genres. Par ailleurs, il tord le cou aux règles de versification classique, tant au niveau du rythme que de la disposition ou de la ponctuation. Prévert a notamment gardé de son passage par le surréalisme une façon singulière de détruire les clichés langagiers et les lieux communs. Il attire, par exemple, l'attention de ses lecteurs sur l'arbitraire du signe. Il use avec brio des contrepèteries, des calembours, des équivoques et des allégories. Il rend hommage en quelque sorte au langage populaire.

    Le Jardin est un poème très court décrit un stéréotype : le moment du baiser mais pour l'éclairer sous un autre jour particulier et original. Comment Prévert renouvelle t-il le thème du baiser amoureux ?

Exemple de problématique : Quelle relation entre la poésie et la chanson ? Il s'agit de mettre en évidence le lien entre les deux et particulièrement les effets musicaux dans la poésie.

Jacques Prévert
Jacques Prévert



Texte du poème Le Jardin

Le Jardin

Des milliers et des milliers d'années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d'éternité
Où tu m'as embrassé
Où je t'ai embrassée
Un matin dans la lumière de l'hiver
Au parc Montsouris à Paris
À Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.

Jacques Prévert, Paroles



Annonce des axes

I. Le thème de la dualité et de l'unité : un jeu autour du 2 et du 1
1. Structure autour du 2 et du 1
2. Des répétitions

II. Le bonheur d'un moment présent
1. Un texte enjoué pour décrire un moment heureux
2. Un environnement favorable
3. Le symbole du jardin



Commentaire littéraire

I. Le thème de la dualité et de l'unité : un jeu autour du 2 et du 1

1. Structure autour du 2 et du 1

Pas de règles de vers -> les vers sont de longueur variable
          - à la fin = rime orpheline.
          - mais : les 4 premières rimes sont embrassées, puis 2 rimes suivies, ensuite 4 rimes embrassées pour finir par une rime orpheline.
- 2 quatrains (rimes embrassés) qui entoure un distique (rimes suivies) et un vers orphelin à la fin du poème.
Le distique occupe une place centrale dans le poème : « je » -> « tu » -> « me » = exprime le moment fusionnel du baiser. Le moment où on se confond.

La dualité s'organise entre les 2 quatrains autour du temps et de l'espace (étroit) :
Dans le premier quatrain, on part de l'infinité du temps pour arriver à une petite seconde (du plus grand au plus petit) et dans le deuxième quatrain et le dernier vers, c'est l'inverse : on part d'un parc pour arriver à un astre (du plus petit au plus grand). Sensation de zoomer sur les amants, puis de dézoomer.
Il y a donc une dualité des deux quatrains = temps + espace, dont l'intersection est cette seconde unique (ce pourquoi le poète écrit ce poème). Cela suggère le couple (dualité) qui se rejoint pour le moment de baiser (unité).

Le Jardin est un poème qui repose sur le chiffre 2 : 2 amoureux, 2 parties, 2= temps et espace, 2 = répétition de mots… Ce qui indique le moment où 2 ne font qu'un, celui du baiser.


2. Des répétitions

On peut noter beaucoup de répétitions dans le poème : « des milliers et des milliers d'années », « Paris - Paris », « embrassé - embrassé »… : rythme fluide, qui s'enchaîne bien.

Les deux vers centraux du poème sont presque identiques (« Où tu m'as embrassé / Où je t'ai embrassée ») ; seuls les pronoms personnels ont été inversés => analogie de la structure pour montrer la réciprocité d'action et de sentiments entre les deux amants.

Répétition du mot en fin et début de phrase, exemple : « …à Paris » vers 9 -> « A Paris » vers 10.

Jeu sur les pluriels et les singuliers : passage de « des milliers d'années » à « la petite seconde d'éternité »
La même chose dans le deuxième quatrain : « un matin dans la lumière de l'hiver » à « un astre ».
*un : un matin précis alors que un astre c'est parmi tant d'autre.
Différences entre singuliers et collectifs.
1ère partie : opposition des pluriels et singuliers « des » // « la »
2ème partie : « un » « celui là » un astre (parmi d'autres) <-pluriel


II. Le bonheur d'un moment présent

Prévert essaye d'exprimer une chose délicate : le bonheur. Comment fait-il pour transmettre un sentiment de bonheur ?


1. Un texte enjoué pour décrire un moment heureux

Le poème est court et se lit donc rapidement.

Les répétitions donnent l'impression d'une chanson. -> thème important en chanson : l'amour et le baiser.
On retrouve des caractéristiques de la chanson : tout est fait pour augmenter la fluidité : pas de ponctuation, vers plutôt courts.

Les vers sont de longueurs différentes, ce qui implique des enjambements et donc pas de temps mort à la fin des vers.

Jeux d'allitérations : sentiment d'harmonie totale.
Allitérations : « un matin dans la lumière de l'hiver » = douceur
Échos sonores dans le poème qui donnent une unité = lecture fluide.
Harmonie imitative : « la petite seconde d'éternité »comme la trotteuse des montres

Le moment heureux ne dure finalement qu'une « petite seconde » ; avec l'adjectif « petite » Prévert insiste sur la courte durée de l'événement, pourtant il oppose immédiatement le contraire avec « d'éternité ».
Cette seconde est éternelle car elle a été remplie d'amour => pouvoir de l'amour. Elle est donc différente des autres secondes de la vie.


2. Un environnement favorable

Le bonheur est représenté par la pureté du paysage décrit : « Un matin dans la lumière de l'hiver »
Lumière = commencement de quelque chose
Matin = caractère neuf de l'expérience.
=> comme si tout le reste était repoussé dans la nuit, tous ce qui s'est passé avant.
=> Cette lumière froide rend ce moment encore plus fort.

Les deux premiers vers expriment le fait qu'il est impossible de décrire la sensation éprouvée lors du baiser. La sensation déborde le langage.

Si cette sensation est impossible à dire, alors il faut la suggérer par les sens.


3. Le symbole du jardin

La scène se passe « Au parc Montsouris à Paris »
-> renvoie au jardin d'Eden (sans valeur religieuse mais seulement symbolique).
Genèse = création du monde -> (dans la bible)
Rapport à la nature : jardin d'Eden= rencontre entre Adam et Eve. Commencement de l'humanité, personne avant eux, comme les amants dans le poème -> sentiment d'être le premier et la première à s'aimer ainsi, et que rien n'a existé avant.

« Des milliers et des milliers d'années » : ressemble au début des parties de la bible = « les siècles des siècles… » -> référence à un langage universel.





Conclusion

    Le poème Le Jardin de Jacques Prévert a une structure très forte que le lecteur ne voit pas tout de suite.
    Représente des sensations très difficiles à décrire par un symbole lié au jardin d'Eden.
    C'est une poésie très musicale et fluide.

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Merci à Sylvie pour cette analyse de Le jardin de Jacques Prévert