Intérêt du texte : Intégrant des fragments de dialogue, matérialisés par l'italique, à des parties descriptives, ce poème laisse entendre plusieurs voix juxtaposées qui suggèrent plus qu'elles ne racontent des histoires banales, chronique d'un village. Mais cette banalité rassurante devient inquiétante et finit par s'assombrir.
Hypothèse de lecture : Il s'agit d'examiner comment les ressorts
d'une organisation poétique décousue et discontinue contribuent à transformer
progressivement le quotidien apaisant en un univers mystérieux et menaçant.
Lecture du poème
|
Dans la maison du vigneron les femmes cousent Lenchen remplis le poêle et mets l'eau du café Dessus - Le chat s 'étire après s 'être chauffé - Gertrude et son voisin Martin enfin s s’épousent Le rossignol aveugle essaya de chanter Pour causer avec le nouveau maître d'école Pour la fête du curé La forêt là-bas - Apporte le café le beurre et les tartines - Encore un peu de café Lenchen s'il te plaît - Il me faut du sucre candi Leni je tousse La nuit tombait Les vignobles aux ceps tordus Il est mort écoutez La cloche de l'église Septembre 1901-Mai 1902. Guillaume Apollinaire - Alcools |
Annonce des axes
Commentaire de Les Femmes
I. Un canevas décousu
Caractère morcelé et décousu
du texte, qui attire d'emblée l'attention du lecteur, puisque
par contraste "les femmes cousent" (vers 1). Voyez comment cet aspect décousu
se traduit ici en étudiant par exemple la manière dont les propos
des femmes sont insérés dans un cadre descriptif ou narratif (strophes
1, 2, 4, 9 notamment), et surtout la manière dont ils sont juxtaposés.
Vous constaterez que leur disposition n'obéit pas au suivi linéaire
(strophes 3 et 17), même si on discerne parfois l'esquisse d'une
structure de dialogue enchaîné (strophes 5 et 6). Mais l'aspect décousu du poème
affecte aussi les rapports du vers et de la phrase : relevez dans ce poème
des rejets ou des enjambements et demandez-vous quels effets ils produisent.
II. Un monde familier
Le poème Les femmes suggère par touches et allusions le monde quotidien,
les
activités banales (préparation du café, couture, broderie,
chasse), le décor apaisant (le feu du poêle, le chat...) et les
personnages familiers (prénoms, présence de l'article
de notoriété devant certains noms : le facteur, le sacristain,
la fille du vieux bourgmestre). Et même lorsque les peines de l'amour sont évoquées
(sur le mode de l'indiscrétion à la strophe 6, puis sur le mode
maxime de sagesse dans la strophe suivante), elles ne gâtent en rien le
paix et la douceur qui émanent de ce tableau domestique : "Ilse
la
vie est douce", autre maxime de sagesse qui fait contrepoids à celle
qui précède : "Lotte l'amour rend triste".
III. Un monde fissuré
Mais cet univers de sérénité est progressivement envahi par le mystère et l'inquiétude et la mort. En effet,
le mystère d'abord introduit par l'opposition symbolique du rossignol
et de l'effraie (strophe 2) : l'oiseau de nuit apporte un climat d'inquiétude
qui va envahir le paysage extérieur (strophe 4 : analysez l'image du "grand
orgue" solennel de la forêt) et gagner la paix de l'intérieur,
comme l'indique l'apparition personnifiée, merveilleuse et mystérieuse
du songe ("Herr Traum") et de sa soeur le souci ("Frau Sorge").
Dès lors, Lotte est surprise, rêveuse, attristée. A cela s'ajoute
la composante funèbre, amorcée au vers 11 et développée
dans les deux dernières strophes, où il importe d'étudier
les images et l'atmosphère assombrie qui y domine.
Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette fiche