LE MARIAGE DE FIGARO

Beaumarchais

Acte I, scène 2





INTRODUCTION :

   Cet extrait est tiré de l'acte 1 du Mariage de Figaro, qui est un acte d'exposition : il donne les informations essentielles à la compréhension de l'intrigue. Cet acte permet donc au spectateur de situer le lieu, le moment de l'action, d'identifier les personnages et leur fonction dans l'intrigue : la scène 1 a précisé le lieu : la chambre nuptiale des deux valets, le moment : le matin des noces et présenté les trois personnages : Suzanne, Figaro, le Comte.
   Dans la scène 2, Figaro se retrouve seul après que Suzanne lui a avoué que le Comte Almaviva lui offre une dot en échange de ses faveurs. Figaro comprend alors que le Comte l'a nommé courrier de dépêches à Londres afin de le remplacer auprès de Suzanne pendant ses absences.
   Cet extrait est un monologue, un artifice théâtral invraisemblable qui a plusieurs fonctions. Tout d'abord il participe à l'exposition en présentant une crise et les enjeux de l'action dramatique. Ensuite, il permet un contact privilégié avec le personnage principal de la pièce puisque par excellence être de langage, le personnage de théâtre se dévoile à travers sa parole.

 Axes de lectures :

  1° La fonction dialogique du monologue :
     A) Un dialogue avec le spectateur : une scène d'exposition
     B) Un dialogue avec les autres personnages : fonction dramatique de la scène
  2° L'idiolecte du personnage : la révélation de Figaro à travers son langage.


PARTIE 1 : LA FONCTION DIALOGIQUE DU MONOLOGUE :

   Au théâtre, le monologue est une convention artificielle mais ici, il est doublement dialogique. Le monologue suppose un destinataire présent et muet qui est le spectateur qui est hors scène. Il s'accompagne d'une division interne du personnage qui s'adresse à lui-même " Monsieur Figaro ! " et de la présence d'un autre à l'intérieur du discours.
   Loin d'être une aberration, une offense aux lois de la vraisemblance, le monologue est une forme essentielle de l'échange théâtral.

 A) Le monologue informatif :

   Il s'inscrit dans un acte d'exposition, il s'adresse au spectateur et de ce fait il indique clairement la situation de l'action. Il permet rapidement de dessiner un schéma actantiel : Suzanne est l'objet convoité par le Comte et Figaro, le Comte est l'adversaire du valet, Marceline et Basile sont les opposants de Figaro et donc les adjuvants du Comte. La motivation du Comte est le désir, le libertinage et le plaisir. Grâce au monologue, Figaro esquisse ce qui va constituer l'action dramatique de la pièce : le schéma actantiel et il projette son action dans la pièce : " D'abord avancer … Monsieur du Bazile et… "
 RQ : L'action a venir est exprimée à l'infinitif mode qui présente l'action dans sa pure image virtuelle sans la située dans le monde actuel. L'action future est dessinée de façon floue. Les points de suspensions empêchent le spectateur de connaître toute l'action prévue par Figaro ce qui maintient un certain suspens dans l'action.
 RQ : Figaro est le personnage le plus entreprenant. Le désir est important dans son schéma actantiel, Figaro est insatiable puisque cette énumération s'achève seulement suite à l'apparition de Marceline et Bartholo.
   Conclusion : Le monologue s'adresse au spectateur et lui explique les enjeux de l'action.

 B) Un dialogue avec les autres personnages et avec soi-même :

   L'adresse au moi : Le monologue permet également un dialogue intérieur du personnage et cela s'explique par la situation dramatique (action, aveu, menace de Suzanne). Le monologue a un caractère pathétique, émouvant, il est l'aveu d'une solitude dans un moment de crise. Dans cette crise le personnage se libère, se tourmente et s'encourage, il s'adresse à deux personnages différents :
    Le monologue s'adresse d'abord au moi qui se convainc de la chance qu'il a d'épouser Suzanne (deux 1ères strophes) : le futur époux et à l'homme heureux du mariage qui va avoir lieu.
   Ensuite il s'adresse à lui-même dans la situation présente "attention sur la journée M. Figaro". Il s'interpelle explicitement, il exprime sa colère.
   L'adresse aux personnages : l'adresse au Comte est omniprésente, il est désigné explicitement comme le destinataire du monologue. " Monseigneur ! ", " Mon cher Monseigneur vous " " votre famille " etc. Le monologue permet à Figaro de se libérer d'une colère et de propos qu'un valet ne pourrait pas tenir devant son maître. Il s'adresse aussi à Basile. " Pour toi Bazile !"

 Conclusion : On observe trois grandes fonctions du monologue qui ont toutes une fonction dialogique : dialogue avec le spectateur, du personnage avec lui-même, dialogue virtuel avec le Comte.


PARTIE 2 : L'IDIOLECTE DU PERSONNAGE : LA REVELATION DE FIGARO A TRAVERS SON LANGAGE:

Idiolecte : traits de langage propres à une personne et qui permettent de définir sa psychologie.
  Ce monologue est la 2ème apparition du personnage principal dans cet acte. Au théâtre, le personnage est un être de langage, il se dévoile à travers sa parole.
Traits de langages et traits psychologiques :
Figaro est un personnage spontané et vif dans l'expression de ses sentiments et de ses opinions.
  Cette vivacité est observable en amour, il fait une description élogieuse de Suzanne, il laisse libre cours à ses sentiments (énumération de termes appréciatifs et exclamations qui expriment l'enthousiasme des sentiments).
  La grande violence de sa colère est observable par l'interjection "Ah", des exclamations, des interrogations qui donnent une tonalité dynamique et par des effets de répétitions " Monseigneur […] Monseigneur ", " c'est trop […] c'est trop ", " je veux […] je veux ". Sa vivacité est également rendue par la structure de phrase : des effets de parallélisme " vous compagnon ministre ; moi, casse-cou politique " ou " je galoperais […] vous feriez faire " ou " me crottant, m'échinant […] vous daignant " montrent que son esprit a la capacité de se confronter au Comte (Pronoms de 1ère personne / Vous).
  Figaro est un habile parleur capable de traits d'esprit. Son langage est riche en figures stylistiques ("trois promotions… de poche" : métaphores, "vous feriez … joli chemin" : métaphore relevant de l'euphémisme, "vous daignant … la mienne" : euphémisme. Dans sa colère il est également capable d'utiliser l'antiphrase " Mon cher Monseigneur ", " un joli chemin ", " douce réciprocité ". L'idiolecte du personnage est extrêmement riche en figures et il se construit à travers la reprise du retournement de discours précédent (celui du Comte) : son langage démasque, déchiffre le discours des autres, il reprend les paroles du Comte et les démasque, il explique la matière polémique de ses paroles.
RQ : Ces éléments témoignent de son caractère même si l'emportement est dû à sa colère.
  Figaro est un homme décidé, volontaire, entreprenant qui n'accepte pas le sort qui lui est fait et cela est nettement marqué par certains indices : la mise ne valeur du connecteur d'opposition "mais" par sa place en début de phrase, il témoigne de son refus et de sa révolte contre la puissance de son maître ; la répétition de verbes de volonté "je veux" ; son monologue s'achève sur une projection des actions qu'il veut entreprendre, parallèlement le personnage reste lucide dans sa colère. A partir de "non dissimulons avec eux", Figaro décide de répondre à la violence qui lui est faite par la ruse et veut une victoire complète. Il sait qu'il ne peut compter que sur son astuce à cause de son statut social.
RQ : Figaro est un valet qui ne se laisse pas faire et qui veut rivaliser avec son maître.



BILAN :

   Ce monologue est un monologue informatif, c'est une introduction fondamentale qui prend en charge plusieurs fonctions. Tout d'abord il sert d'axe d'exposition en présentant des conflits qui vont donner lieu à l'action dramatique. Ensuite il présente un personnage seul, en crise qui s'en prend aux autres et surtout au comportement déloyal et libertin de son maître. Enfin il campe et présente le personnage du valet et délivre des indices sur sa psychologie.







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Merci à Margot qui m'a envoyé cette fiche...