Obsession

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal


Plan de la fiche sur Obsession de Charles Baudelaire :
Introduction
Texte du poème Obsession
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

Biographie de Charles Baudelaire

    Charles Baudelaire est un écrivain du 19ème siècle dont l'ouvrage le plus célèbre est un recueil de poèmes : Les Fleurs du Mal. Le poème Obsession apparaît dans la première section « Spleen et Idéal » (poème LXXIX). Dans cette section, Baudelaire oscille entre échapper à sa condition de vie humaine et la mélancolie. Obsession est un sonnet formé de deux quatrains et deux tercets.

Charles Baudelaire
Charles Baudelaire


Texte du poème Obsession


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Lu par Thomas de Châtillon - source : litteratureaudio.com



Obsession


Grands bois, vous m'effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme l'orgue ; et dans nos cœurs maudits,
Chambres d'éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos de vos De profundis.

Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer
De l'homme vaincu, plein de sanglots et d'insultes,
Je l'entends dans le rire énorme de la mer.

Comme tu me plairais, ô nuit ! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un langage connu !
Car je cherche le vide, et le noir, et le nu !

Mais les ténèbres sont elles-mêmes des toiles
Où vivent, jaillissant de mon œil par milliers,
Des êtres disparus aux regards familiers.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal



Annonce des axes

I. L'angoisse de la mort
1. Le bois, figure de l'obsession effrayante
2. La figure du poète maudit

II. Un poète victime d'une angoisse désespérée amplifiée par la nature
1. L'océan : seconde image obsessionnelle empruntée à la nature
2. La nature plus forte que l'Homme

III. La désillusion douloureuse laissant place à l'imagination
1. La désillusion douloureuse et la déception
2. Une réalité transfigurée



Commentaire littéraire

I. L'angoisse de la mort

L'angoisse de la mort est exprimée dans le premier quatrain. C'est un quatrain en alexandrins avec des rimes embrassées et les césures à l'hémistiche.

1. Le bois, figure de l'obsession effrayante

Superlatif devant le mot bois (« Grands ») : dès le départ, le poète est écrasé par la nature.
Personnification des bois : Baudelaire emploie « vous » pour s'adresser aux bois.
Comparaison avec un lieu religieux, la cathédrale, toutefois cette dernière ne témoigne d'aucune religiosité. Cathédrale = lieu sombre, froid.
Comparaison dans les six premiers pieds avant l'hémistiche du vers 2 : « vous hurlez comme l'orgue ». De nouveau, personnification des bois qui hurlent. Hurlement : vent qui traverse les grands bois lors des tempêtes. Les troncs des arbres sont comme les tubes de l'orgue.
La première obsession est donc la peur ressentie par le poète face à la grandeur de la nature.

2. La figure du poète maudit

« Nos cœurs maudits » vers 2 : « Nos » permet la généralisation de la vision de l'auteur au lecteur qui doit donc se sentir également concerné par le sens du poème. Baudelaire évoque donc un état qui a une portée générale.
« Chambres d'éternels deuils » -> référence à la cathédrale (crypte où sont enterrés les morts). La césure à l'hémistiche permet de marquer la musicalité du vers et de donner du rythme au poème.
« où vibrent de vieux râles » : comme si les morts étaient toujours vivants. Allitération en [r] qui donne l'impression d'un râle.
Le vers 4 montre le paroxysme de l'angoisse du poète. « de profundis » = des profondeurs.
« Répondent les échos »  -> la forêt, la cathédrale, la crypte : tous ces éléments semblent avoir une voix qui parle au poète et l'angoisse.
=> Image du poète maudit dont l'esprit est tourmenté par l'idée de la mort.


II. Un poète victime d'une angoisse désespérée amplifiée par la nature

1. L'océan : seconde image obsessionnelle empruntée à la nature

Le début du second quatrain (« Je te hais, Océan ») est une structure en chiasme du premier quatrain.
« Mon esprit les retrouve en lui » : comparaison implicite. Le tumulte de l'océan = le tumulte obsessionnel dans l'esprit du poète.
Par la haine de l'océan, le poète exprime son dégoût de lui-même et de son esprit tourmenté qui le fait souffrir.
L'exclamation au vers 5 montre que les sentiments du poète sont plus violents = lyrisme.
Champ lexical du tourment : bonds, tumultes, sanglots, insultes...

2. La nature plus forte que l'Homme

La nature est plus forte que l'homme puisque l'homme est « vaincu »  (vers 6). Déception et rage de l'homme qui est « plein de sanglots et d'insultes ».
Pourtant, l'océan est également un allié du poète : double sens du mot amer qui signifie également en langage maritime un point fixe sur la côte servant de repère aux marins. Baudelaire joue sur le double sens du mot : ce « rire amer » est repérable par l'auteur puisqu'il l'entend facilement.
La rime entre « amer » qui désigne l'état de l'homme vaincu et « la mer » montre une complicité entre le poète et la nature tumultueuse.
Jeu antithétique sur les lexiques : rire / sanglots = témoigne à nouveau de l'ambivalence des sentiments du poète entre la haine et l'attirance pour la nature effrayante.
Le poète cherche ici à donner forme et sens à l'obscurité (strophe 1) et au tumulte (strophe 2), il est en quête du spleen propre au post romantisme.


III. La désillusion douloureuse laissant place à l'imagination

1. La désillusion douloureuse et la déception

L'obsession semble devenir positive au premier tercet avec l'apostrophe de la nuit « ô nuit ! » et l'emploi du verbe plaire. Mais celui-ci est employé au conditionnel => la nuit suscite un effroi au poète tout autant que la forêt et l'océan.
Parallélismes sonores entre la deuxième et la troisième strophe : « hais / plairais », « Océan /ô nuit ».
Mais ici, ce qui déplaît au poète ce sont les étoiles. Le contre rejet vers 9 et 10 donne l'explication : « un langage connu » : les étoiles sont des éléments communs alors que le poète cherche l'inconnu.
Les étoiles appartiennent au monde commun et éclairent la nuit. Le noir nocturne fait peur, la lumière des étoiles est rassurante. Or ici le poète évoque le contraire, ce sont les étoiles qui l'angoissent, il exprime alors une volonté d'inexistence au vers 11 : « car je cherche le vide, et le noir, et le nu ! » => le poète maudit exprime sa différence par rapport aux autres hommes.

Le poète exprime son rejet du réel et son désir du néant. Il aspire à un espace neutre, où il pourrait laisser divaguer son imagination. Le premier tercet exprime donc une forte déception, qui est expliquée dans le deuxième tercet.

2. Une réalité transfigurée

Les ténèbres, angoissantes pour le commun des mortels, sont comparées par Baudelaire à des toiles (supports des peintures). Ces toiles sont une source d'inspiration pour le poète : « jaillissant de mon œil par milliers » => Le verbe jaillir donne l'impression d'abondance et que cela est extérieur à la volonté du poète.
Baudelaire préfère n'avoir qu'un ciel noir et vierge pour y développer ses propres rêves et pensées oniriques.
Ici, il tente de redonner vie aux « êtres disparus » qui jaillissent par milliers à ses yeux. Il transfigure la réalité pour l'adapter à ses pensées et ainsi mieux la supporter.




Conclusion

    Dans le poème Obsession, Baudelaire exprime son mal-être, son spleen. Mais le poète sublime son angoisse qui devient une source d'inspiration. Ce poème est donc représentatif de la section « Spleen et Idéal » du recueil Les Fleurs du mal.

Les poèmes sur lesquels on peut ouvrir :
- Une Charogne : thématique de la mort.
- L'Albatros : thématique du poète qui se sent différent des autres humains.



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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Obsession de Baudelaire