Préambule du manuscrit de Neuchâtel

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)






Plan de la fiche sur le Préambule du manuscrit de Neuchâtel de Jean-Jacques Rousseau :
Introduction
Lecture du texte
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Dans ce préambule, écrit en 1764, Rousseau écrit en tant qu'auteur de ce texte. Il précède l'écriture des "Confessions" ainsi que l'autre préambule (Préambule. Intus, et in cute, 1768).

Rousseau s'engage à tout dire et Rousseau "prend parti sur le style…". Il souligne l'importance de son œuvre dans laquelle il avoue tout. Il refuse presque l'idée d'un livre en évoquant souvent l'idée de peinture : portrait. Il a conscience de la difficulté à un double niveau et ceci dès la première phrase.


Lecture du texte

Préambule du Manuscrit de Neufchâtel


Il faudrait pour ce que j'ai à dire inventer un langage aussi nouveau que mon projet : car quel ton, quel style prendre pour débrouiller ce chaos immense de sentiments si divers, si contradictoires, souvent si vils et quelquefois si sublimes dont je fus sans cesse agité ? Que de riens, que de misères ne faut-il point que j'expose, dans quels détails révoltants, indécents, puérils et souvent ridicules ne dois-je pas entrer pour suivre le fil de mes dispositions secrètes, pour montrer comment chaque impression , qui a fait trace en mon âme y entra pour la première fois ?? Tandis que je rougis seulement à penser aux choses qu'il faut que je dise, je sais que des hommes durs traiteront encore d'impudence l'humiliation des plus pénibles aveux ; mais il faut faire ces aveux ou me déguiser ; car si je tais quelque chose on ne me connaîtra sur rien, tant tout se tient, tant tout est un dans mon caractère, et tant ce bizarre et singulier assemblage a besoin de toutes les circonstances de ma vie pour être bien dévoilé.

Si je veux faire un ouvrage écrit avec soin comme les autres, je ne me peindrai pas, je me farderai. C'est ici de mon portrait qu'il s'agit et non pas d'un livre. Je vais travailler pour ainsi dire dans la chambre obscure ; il n y faut point d'autre an que de suivre exactement les traits que je vois marqués, Je prends donc mon parti sur le style comme sur les choses. Je ne m'attacherai point à le rendre uniforme ; j'aurai toujours celui qui me viendra, j'en changerai selon mon humeur sans scrupule, je dirai chaque chose comme je la sens, comme je la vois, sans recherche, sans gêne, sans m'embarrasser de la bigarrure. En me livrant à la fois au souvenir de 1'impression reçue et au sentiment présent je peindrai doublement l'état de mon âme, savoir au moment où l'événement m'est arrivé et au moment où je l'ai décrit ; mon style inégal et naturel, tantôt rapide et tantôt diffus, tantôt sage et tantôt fou, tantôt grave et tantôt gai fera lui-même partie de mon histoire. Enfin quoi qu'il en soit de la manière dont cet ouvrage peut être écrit ce sera toujours par son objet un livre précieux pour les philosophes : c'est je le répète, une pièce de comparaison pour l'étude du cœur humain, et c'est la seule qui existe.

Jean-Jacques Rousseau, "Préambule du Manuscrit de Neufchâtel"



Annonce des axes

I. L’originalité du projet autobiographique
1. Difficultés
2. Exprimer des aveux
3. Portrait sincère et vrai

II. Une écriture originale
1. Problèmes d'expression
2. Refus de l'écriture arrangée, soignée

III. Un texte révélateur de l'œuvre
1. Diversité des sentiments traduits par la diversité du style
2. Ambiguïtés et contradictions
3. Un moyen de se connaître



Commentaire littéraire

I. L’originalité du projet autobiographique

1. Difficultés

Il est conscient des difficultés. Sa matière est en effet confuse et complexe : "débrouiller". Il doit réaliser à partir d'un "assemblage… bizarre et singulier". Les adjectifs sont eux-mêmes intensifiés par des adverbes : "si...". Langage rugueux : "tout…". Il ne recherche pas forcément l'harmonie.

2. Exprimer des aveux

Termes récurrents : "il faut ; dois-je"… Utilisation de beaucoup de verbes du parler : "dire, exposer".

3. Portrait sincère et vrai

Il veut dire ce qu'il est : refus du déguisement : "je me farderai", "faire ces aveux ou me déguiser". Il recherche l'authenticité : "comme je la pense".

La nouveauté du projet demande une manière d'écrire tout à fait spécifique.


II. Une écriture originale

1. Problèmes d'expression

Rousseau insiste sur son style :
"sur le style comme sur les choses"
"style inégal et naturel".

Toutes ces manières soulignent bien la manière dont Rousseau doit s'y prendre.

2. Refus de l'écriture arrangée, soignée

On le voit dans l'hypothèse du second paragraphe.

"Je ne me peindrai pas, je me farderai". Il y a un refus de l'uniformité : "divers". Son style sera en fonction de ce qu'il aura à dire : "tantôt…" marque une alternative.

Ce refus est marqué de manière catégorique. Il y a une mise en évidence d'un mode d'expression nouveau.


III. Un texte révélateur de l'œuvre

1. Diversité des sentiments traduits par la diversité du style

Il est conscient de la richesse de la vie affective. La variété est marquée par le procédé de style : antithèse : "vil" et "sublime" ; "avoué" et "se déguisé" ; "tout" et "rien".

Il passe de l'interrogation à l'exclamation. Il y a des gradations de termes : "que de rien, que de misère".

Rousseau cherche le vocabulaire idéal : "révoltant" puis "indécents", "puérils", "ridicules" pour montrer le terme de sa pensée au moment où il écrit.

Il y a un souci de justesse, de clarté afin d'être compris. Il va jusqu'à employer des termes concrets pour des choses abstraites.

Il y a également une variété de tons : interrogation, conditionnel qui marquent son incertitude. Cela devient un peu plus ferme "mais… déguiser…" qui à l'auteur de se convaincre lui-même. Le deuxième paragraphe insiste sur le fait qu'il ne faut pas un ton uniforme. Il recherche un style varié.

2. Ambiguïtés et contradictions

Style souple, changeant. A chaque fois, il se reprend, cherche un style nouveau. Il dit que c’est un portrait, pas un livre.

3. Un moyen de se connaître

Rousseau affirme que le texte permet d’apporter des informations sur lui. Il a peur d’avoir été trop impudent au point de devenir ridicule.

On peut penser que c’est surtout pour lui-même que Rousseau écrit, de manière à mieux se connaître.


Conclusion

C’est un texte assez lucide qui montre bien les difficultés que rencontre Rousseau à l’écriture des Confessions : choix du style ; trouver les faits importants, les rendre clairs ; va-t-il pouvoir remonter jusqu’à son enfance ? Le texte montre que d’une certaine manière il a surmonté les difficultés. Il met en place son propre style.

Au cours de ce préambule, il se met moins à nu que dans les deux autres : Paris et celui définitif des Confessions. On constate que dans ce préambule qu'il aborde le problème du style qui est totalement absent du préambule final.


Phrases à retenir :
« C'est ici de mon portrait qu'il s'agit et non pas d'un livre. »
« Il faut faire ces aveux, ou me déguiser »
« Mon style est inégal et naturel »

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Merci à Céline pour cette analyse sur le Préambule du manuscrit de Neuchâtel de Jean-Jacques Rousseau