Promenade sentimentale

Verlaine - Poèmes saturniens




Introduction

Promenade sentimentale fait partie de Poèmes saturniens (1866) (-> Texte complet des Poèmes saturniens) qui est le premier recueil de poèmes de Verlaine. Il comporte 40 poèmes sont organisés en différentes parties comme « melancolia » et « paysages tristes ».

Ce poème sentimental est une promenade qui montre l’errance et retrace à travers le paysage son amour pour sa cousine Elisa. C’est le paysage état d’âme.


Lecture du poème

Promenade sentimentale

Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars entre les roseaux
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.

Paul Verlaine
Poèmes saturniens


Annonce des axes de commentaire

Commentaire littéraire

I- L’errance du poète dans une nature paisible

1- La composition du poème

- Le poème est construit en miroir, en chiasme avec un axe de symétrie vers 8-9.
- Le mouvement de la promenade et l’organisation spatiale (description du paysage) révèlent l’état d’âme du poète.
Vers 1 à 4 : Il décrit le paysage des étangs et le mouvement du vent.
Vers 5 à 8 : Solitude du personnage pendant ses promenades « moi seul ». Le poète s’enferme.
Vers 7 à 10 : Verlaine a une vision, une hallucination, c’est la transfiguration du réel par l’imaginaire
Vers 11 et 12 : retour à la promenade
Vers 13 à 16 : paysage identique malgré tout ce qui s’est passé

C’est une organisation concentrique de l’extérieur vers l’intérieur du personnage.

2- Effet de continuité, fluidité suggérant le calme de la nature, la promenade paisible

- Versification : le poème est organisé en décasyllabes et en rimes plates.
Les césures à l’hémistiche fréquentes provoquent une régularité, une monotonie. Il y a fréquemment des imparfaits à la césure (vers 1-2-4-10) et (vers 11-12).

- Syntaxe :
      - Le poème est constitué de phrases longues avec une seule pause au vers 4 qui traduit l’apparition du personnage.
      - Le reste du temps, chaque phrase est partagée par « ; » (vers 2 et 12)
      - Les liens sont assurés par l’accumulation de « et » et de pronoms relatifs (vers 6 et 11), les pronoms relatifs ont le même antécédent « saulaie »
      - Verlaine se compare à un fantôme laiteux
Le poème est à l’imparfait sauf au vers 13 ce qui représente la durée.

La chute brutale de la nuit est représentée sur une durée indéterminée et dans un mouvement continu.

3- Un paysage impressionniste

-Le paysage prend une apparence irréelle au soleil couchant et est transfiguré par l’imagination, ce qui peut être comparé à de l’impressionnisme puisqu’il est constitué de petites touches descriptives.
- horizontalité : étang, eau, nénuphar
- verticalité : allusion à la saulaie et aux roseaux

Lumière rasante d’une profonde intensité « dardait, suprême » et teintes blanches « blême » vers 2, « laiteux » vers 8.

Les sons sont de plus en plus sourds comme une sorte d’étouffement par le brouillard ce qui traduit le malaise du poète


II-Un poète malheureux, obsédé par le néant

1- Intrusion d’un malaise

On remarque une rupture de la régularité du poème avec :
- deux rejets successifs vers 7-8 et 12-13 d'où insistance sur des termes sinistres (fantôme laiteux, linceul)
- le passé simple « vint » (vers 13) est une rupture avant de revenir au calme.

Le malaise est causé par l’apparition du fantôme laiteux. Un chiasme se fait autour de deux participes présents donnant des sentiments humains au fantôme. Cela montre en fait l’expression de la souffrance du poète « la voie des sarcelles ».


2- La complaisance dans l’expression de la souffrance

vers 5 « moi » : insistance sur la solitude, sur le moi
vers 11, reprise de « j'errais tout seul »
- vers 5 seul à la césure et plaie à la rime
- vers 12 seul à la rime et plaie à la césure
saulaie vient de saules pleureurs mais on peut se demander si Verlaine n’a pas associé seul + plaie.
Cela montre la souffrance et la complaisance morbide


3- L’évolution du paysage entre le début et la fin du poème

A la fin du poème Promenade sentimentale, le paysage est dans les ombres ; il y a donc eu une disparition de la lumière.
Vers 1 : « rayons suprêmes »
Vers 13 / 14 : « noyer les suprêmes / Rayons »
Le suprême intense devient un suprême ultime.
suppression de la lumière (vers 12) « épais linceul des ténèbres »
nénuphar blêmes - ondes blêmes
Au début, il y a un paysage animé « le vent berçait » puis à la fin, il n’y a plus de mouvement.



Conclusion

Verlaine pense qu’il y a une influence néfaste de saturne c’est pourquoi il est mélancolique et angoissé. Ses poèmes traduisent son mal de vivre.





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