Ce poème sentimental est une promenade qui montre l’errance et
retrace à travers le paysage son amour pour sa cousine Elisa. C’est
le paysage état d’âme.
Lecture du poème
Promenade sentimentale
Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Paul VerlaineEt le vent berçait les nénuphars blêmes ; Les grands nénuphars entre les roseaux Tristement luisaient sur les calmes eaux. Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie Au long de l'étang, parmi la saulaie Où la brume vague évoquait un grand Fantôme laiteux se désespérant Et pleurant avec la voix des sarcelles Qui se rappelaient en battant des ailes Parmi la saulaie où j'errais tout seul Promenant ma plaie ; et l'épais linceul Des ténèbres vint noyer les suprêmes Rayons du couchant dans ses ondes blêmes Et les nénuphars, parmi les roseaux, Les grands nénuphars sur les calmes eaux. Poèmes saturniens |
I- L’errance du poète dans
une nature paisible
1- La composition du poème
- Le poème est construit en miroir, en chiasme avec un axe de symétrie
vers 8-9.
- Le mouvement de la promenade et l’organisation spatiale (description
du paysage) révèlent l’état d’âme
du poète.
Vers 1 à 4 : Il décrit le paysage des étangs et
le mouvement du vent.
Vers 5 à 8 : Solitude du personnage pendant ses promenades « moi
seul ». Le poète s’enferme.
Vers 7 à 10 : Verlaine a une vision, une hallucination, c’est
la transfiguration du réel par l’imaginaire
Vers 11 et 12 : retour à la promenade
Vers 13 à 16 : paysage identique malgré tout ce qui s’est
passé
C’est une organisation concentrique de l’extérieur vers
l’intérieur du personnage.
2- Effet de continuité, fluidité suggérant le calme de la nature, la promenade paisible
- Versification : le poème est organisé en décasyllabes et en rimes plates.
Les césures à l’hémistiche fréquentes provoquent
une régularité, une monotonie. Il y a fréquemment des
imparfaits à la césure (vers 1-2-4-10) et (vers 11-12).
- Syntaxe :
- Le poème est constitué de phrases longues
avec une seule pause au vers 4 qui traduit l’apparition du personnage.
- Le reste du temps, chaque phrase est partagée
par « ; » (vers
2 et 12)
- Les liens sont assurés par l’accumulation
de « et » et
de pronoms relatifs (vers 6 et 11), les pronoms relatifs ont le même
antécédent « saulaie »
- Verlaine se compare à un fantôme laiteux
Le poème est à l’imparfait sauf au vers 13 ce qui représente
la durée.
La chute brutale de la nuit est représentée
sur une durée indéterminée et dans un mouvement continu.
3- Un paysage impressionniste
-Le paysage prend une apparence irréelle au soleil couchant et est
transfiguré par l’imagination, ce qui peut être comparé à de
l’impressionnisme puisqu’il est constitué de petites touches
descriptives.
- horizontalité : étang, eau, nénuphar
- verticalité : allusion à la
saulaie et aux roseaux
Lumière rasante d’une profonde intensité « dardait, suprême » et teintes blanches « blême » vers 2, « laiteux » vers 8.
Les sons sont de plus en plus sourds comme une sorte d’étouffement
par le brouillard ce qui traduit le malaise du poète
II-Un poète malheureux, obsédé par
le néant
1- Intrusion d’un malaise
On remarque une rupture de la régularité du poème avec
:
- deux rejets successifs vers 7-8 et 12-13 d'où insistance sur des
termes sinistres (fantôme laiteux, linceul)
- le passé simple « vint » (vers 13) est une rupture avant
de revenir au calme.
Le malaise est causé par l’apparition du fantôme laiteux.
Un chiasme se fait autour de deux participes présents donnant des
sentiments humains au fantôme. Cela montre en fait l’expression
de la souffrance du poète « la voie des sarcelles ».
2- La complaisance dans l’expression de la
souffrance
vers 5 « moi » : insistance sur la solitude, sur le moi
vers 11, reprise de « j'errais tout seul »
- vers 5 seul à la césure et plaie à la rime
- vers 12 seul à la rime et plaie à la césure
saulaie vient de saules pleureurs mais on peut se demander si Verlaine n’a
pas associé seul + plaie.
Cela montre la souffrance et la complaisance morbide
3- L’évolution du paysage entre le
début et la fin du poème
A la fin du poème Promenade sentimentale, le paysage est dans les ombres ; il y a donc eu
une disparition de la lumière.
Vers 1 : « rayons suprêmes »
Vers 13 : « noyer les suprêmes rayons »
Le suprême intense devient un suprême ultime.
suppression de la lumière (vers 12) « épais linceul des
ténèbres »
nénuphar blêmes - ondes blêmes
Au début, il y a un paysage animé « le vent berçait » puis à la
fin, il n’y a plus de mouvement.
Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette fiche