XV - StellaJe m'étais endormi la nuit près de la grève.Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve, J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin. Elle resplendissait au fond du ciel lointain Dans sa blancheur molle, infinie et charmante. Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet. C'était une clarté qui pensait, qui vivait Elle apaisait l'écueil où la vague déferle On croyait voir une âme à travers une perle. Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain, Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. La lueur argentait le haut du mât qui penche ; Le navire était noir, mais la voile était blanche Des goëlands debout sur un escarpement, Attentifs, contemplaient l'étoile gravement Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle, Et rugissant tout bas, la regardait briller, Victor Hugo Les Châtiments - Livre sixième |
I- La structure du poème
Le poème Stella est un diptyque (deux volets). Le premier est consacré à la
nature (1 à 24), le second est consacré à une prosopopée
de l’étoile (entité symbolique qui prend la parole). Cette
prise de parole est introduite par une description de la nature. L’étoile
est présentée par les éléments mêmes de la
nature. Les deux parties se développent de manière progressive.
Cette progression mime la levée du jour.
Progression qui tient à la présence des imparfaits. L’imparfait
a une valeur imperfective et la passé simple a une valeur perfective.
Progression appuyée sur une description subjective : présence d’un
témoin (le poète). D’abord, on voit l’étoile
de loin (« au fond », « lointain », « molle »)
=> lumière indéfinie. Puis le paysage va se préciser car
le vent chasse les nuages. Progression portée par des verbes de mouvements
=> vers 10 : description indéterminée (« croyait voir »).
La lumière a du mal à passer sous l’obscurité. Lutte
entre l’ombre et la lumière. Cette lutte se voit au vers 14 (le
navire était noir... blanche »). On ne sait pas qui va sortir vainqueur
de ce combat. Tout ce qui est lumineux est en hauteur et le sombres est en bas : indice sur le vainqueur. L’idée que l’étoile elle-même
va en perler (« j’arrive ») => valeur imperfective (on ne sait
pas quand ça commence ni quand ça se termine). L’étoile
commente sa progression. La passé composé dégage une idée
d’éternité (« j’ai lui... »)
On a l’impression que tous les éléments de la nature convergent
vers l’étoile (vers 18 : L’ensemble de la nature est attentif
comme si l’ensemble de la nature était pris d’une pensée).
Il y a 3 ordres : cosmique, humain et animal. L’ensemble de la nature est
sous l’emprise de la pensée. Tout se passe comme si l’étoile
avait donné son pouvoir de penser : la pensée est Lumière.
II- La force de l’évocation
liée au poète
L’évocation signifie faire vivre par la voix. Le paysage ne
prend vie qu’à partir de la parole de Victor Hugo et la nature
dorment la nuit, et se réveillent le jour. Le témoin vit
en parallèle avec la nature. Le poète est à l’origine
de la vision et il se présente comme un médiateur et prophète.
Au bout de 3 vers, le témoin se fait oublier au profit de sa vision.
Volonté délibérée de dépersonnification.
Mise au service de la généralisation. L’étoile
se présente comme le signe d’une métamorphose d’un
monde qui est train de naître et qui évoque la genèse
et qui est empreinte de la marque du divin qui aide cette conception du
monde. Cette présence divine semble répandre les bienfaits
sur terre (Aquilon qui emporte la tourmente => l’Océan qui
ressemble au peuple). Dimension sainte, sacrée et de paix qui semble
habiter la nature (« âme... parle»).L’étoile
va apporter l’harmonie, qu’elle va chasser la guerre, quelle
va permettre au monde de retrouver son harmonie initiale. Principe d’amour.
Il n’est pas étonnant que l’amour prenne la parole.
III- La prosopopée de l’étoile
L’étoile a un message à adresser aux hommes. Ce message
n’est pas purement spirituel mais il concerne l’ensemble du
monde dans ce qu’il y a de plus matériel. La voix qui prend
la parole avec « je » commence par se présenter
(« je
suis l’astre ») est présentée sous le signe
de l’éternité. Ce qui confère cette valeur est « l’astre » ce
qui montre qu’il y en a qu’un seul. Le pouvoir surnaturel de
cet astre est démontré. Elle a une dimension trans-historique
car elle traverse les siècles en étant à la fois au
même endroit. L’étoile émane de Dieu même.
A partir de là se développe champ lexical de la lumière
(« briller », « feu »...).
Opposition de « clair-obscur » (noir,
blanc) Signification symbolique qui est celle de la renaissance (« je
renais »). Importance de injonctions (impératifs (levez-vous,
montez...), phrases nominales (debout). Importance des destinataires choisis,
privilégiés (à la fois la Terre, la Vie, et Penseur :
adéquation à trois termes). La pensée n’est
pas dissociée du corps, elle est incarnée. Le penseur se
mesure au monde et peut se lancer dans une action politique.
« L’astre » est comme le Poésie (« ardente » autorise
le passage entre astre et poésie). Sa voix se confond avec celle
du poète pour annoncer la bonne nouvelle. L’étoile
délivre le sens symbolique de son message, de sa mission : parole
prophétique.
Conclusion :
Au début, Hugo sort de son rêve et découvre
l’étoile. Le rêve est un cauchemar représenté par
l’Ancien monde et le poète s’éveille à un monde
nouveau sorti des ténèbres pour marcher vers la lumière.
Ce réveil mime le mouvement du recueil entier : le cheminement vers la
lumière.
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