Tempête solide

Victor Segalen, 1912





Plan de la fiche sur Tempête solide de Victor Segalen :
Introduction
Texte du poème Tempête solide
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Victor Segalen (1878 - 1919), était un poète français. Il a eu une vie courte, mais trépidante. Il voyagea beaucoup (Polynésie, Chine) et eût diverses activités : médecin de marine, romancier, poète, ethnographe, sinologue, archéologue…
    « Tempête solide » (périphrase sous forme d'oxymore : mouvement et fixité, agitation et puissance paisible) est un poème de Victor Segalen, extrait du recueil Stèles, section « Stèles du bord du chemin » (stèle = monument formée d'une pierre placée debout, souvent la stèle est funéraire = "in memoriam").

    Que veut dire Victor Segalen dans ce poème « Tempête solide » ?
    De quoi parle-t-il ?
    Quelle est la portée profonde du texte ?
    Il s'agit d'un éloge, celui d'un espace montagneux, à l'occasion d'un voyage. Cette rencontre est doublement symbolique, c'est à la fois l'image de la vie et de l'écriture. Par ailleurs quel est le rapport avec le titre « Tempête solide » et ce texte écrit lui-même en forme de stèle par son cadre et l'indication écrite en chinois ? La stèle comme l'indique le titre est une stèle du bord du chemin, sorte de balise marquant une route.
    Nous étudierons ce texte en tant qu'évocation d'un voyage et d'une rencontre avant de conclure sur sa valeur métaphorique, sur les différentes possibilités de sens.


Texte du poème Tempête solide

Tempête solide


Porte-moi sur tes vagues dures, mer figée, mer sans reflux ; tempête solide enfermant le vol des nues et mes espoirs. Et que je fixe en de justes caractères, Montagne, toute la hauteur de ta beauté.

L'œil, précédant le pied sur le sentier oblique te dompte avec peine. Ta peau est rugueuse. Ton air est, vaste et descend droit du ciel froid. Derrière la frange visible d'autres sommets élèvent tes passes. Je sais que tu doubles le chemin qu'il faut surmonter. Tu entasses les efforts comme les pèlerins les pierres ; en hommage :

En hommage à ton altitude, Montagne. Fatigue ma route : qu'elle soit âpre, qu'elle soit dure ; qu'elle aille très haut.

Et, te quittant pour la plaine, que la plaine a de nouveau pour moi de beauté !


Victor Segalen - Stèles, section « Stèles du bord du chemin » - 1912



Annonce des axes

I. Un voyage
II. Une rencontre
III. La montagne, métaphore de l'œuvre artistique



Commentaire littéraire

I. Un voyage

Dans ce poème, il y un mouvement de déplacement de l'auteur - narrateur (présent par la première personne du singulier) repérable au lexique « Porte-moi », « le sentier oblique », « ma route ».
C'est un déplacement vers la montagne, puis de la montagne vers la plaine (« te quittant pour la plaine »).

Il s'agit de gravir une montagne par « le sentier oblique » le poète veut aller « très haut ».
L'ascension est pénible et difficile : « tu doubles le chemin », « âpre », « dure », « fatigue ». La montagne est aussi un entassement de pierres « rugueuses » sur lesquelles le corps peut se blesser.

La hauteur de la montagne est soulignée : « hauteur », « ciel », « d'autres sommets élèvent tes passes », « altitude ». Ses pentes montent jusqu'au « ciel froid ».

La montagne est semblable par ses formes à la mer, ce qu'exprime une série de métaphores et d'oxymores : les sommets ont la forme des vagues mais ces vagues sont immobilisées, pétrifiées. Le poème peut se lire en considérant chaque paragraphe comme un étage : paragraphe 1 = avant l'ascension, paragraphe 2+3 = pendant l'ascension, paragraphe 4 = après l'ascension.

« La plaine » est évoquée en fin de texte avec une expression sous forme de chiasme « te quittant pour la plaine, que la plaine a de nouveau pour moi de beauté ». Cette plaine montre la fin du voyage, après avoir traversé les montagnes.


II. Une rencontre

L'ascension est aussi une rencontre car la montagne est personnifiée (définition de la personnification dans la page sur les figures de style). Le poète l'apostrophe : « Montagne », placé en exergue car entre 2 virgules. Le poète lui parle à la deuxième personne du singulier avec des impératifs « porte-moi » « fatigue ma route » avec pronoms personne du singulier « tu doubles », « tu entasses », adjectif possessif « ta beauté ».
Ainsi une réalité humaine lui est attribuée par des actions qui la personnifie : « tu doubles », « tu entraînes » et comparaison avec les pèlerins. La personnification est aussi exprimée car la montagne a des attributs humains : « Ta peau est rugueuse ».

La montagne est montrée comme un être majestueux et puissant (champ lexical de la hauteur, de l'altitude, « beauté », etc.), elle ne peut être domptée facilement (« te dompte avec peine »).

La montagne est un partenaire qui fournit une occasion de se dépasser. Elle multiplie les difficultés « tu doubles », tu « entasses les efforts ». Elle place l'homme devant des obligations ; le chemin devient une métaphore symbolique de la difficulté, grâce à la construction grammaticale : il faut surmonter le chemin, on surmonte une difficulté. Le poète réclame d'ailleurs cette difficulté à l'aide de l'impératif « Fatigue ma route » et des 3 subjonctifs de souhait mis en relief grâce à l'anaphore « qu'elle soit ».


III. La montagne, métaphore de l'œuvre artistique

La montagne peut être simplement l'occasion de se dépasser au cours d'un effort physique difficile mais elle peut être la métaphore de la vie ou de l'œuvre artistique. De la vie car le poète évoque le pèlerinage : un but à atteindre : la plaine, la vie dans l'au-delà. Mais cela se présente aussi comme gravé sur une stèle, un monument destiné au souvenir, à la durée éternelle si possible.
De plus il y a un souhait d'écrivain « que je fixe en de justes caractères » et quand le poète parle de hauteur = hauteur de beauté ou hommage à l'altitude montagne.
Le poète peut vouloir rivaliser par son œuvre avec la montagne en immortalisant celle-ci dans sa beauté par la beauté de son œuvre.
La montagne dans sa beauté inaccessible, aussi insaisissable et incompréhensible qu'« une tempête solide », qu'« une mer figée », est alors le symbole de l'œuvre à créer de même que la montagne est une sorte de stèle, monument éternel de la nature. Le poème sera une sorte de stèle de monument éternel de l'art.
Le texte peut illustrer plus qu'un désir de dépassement physique ou moral sur la route de la vie pour les pèlerins que nous sommes. L'ambition de créer une œuvre immortelle, tâche d'autant plus ardue que l'on veut aller plus haut.

La difficulté à gravir la montagne peut être vue comme une métaphore de la difficulté de la création artistique, et la tempête comme une métaphore de l'agitation artistique dans l'esprit de l'artiste. L'allitération en [r] de la première phrase montre la dureté de la tempête « Porte-moi sur tes vagues dures, mer figée, mer sans reflux ».

La plaine évoquée en fin de texte ne serait que le bonheur du délassement d'une route facile après la difficulté, d'un travail moins ambitieux, dont le poète reconnaît aussi la beauté, mais qui ne peut prétendre à être une stèle.




Conclusion

    Dans ce poème « Tempête solide », Victor Segalen montre toute la majestuosité de la montagne, et en fait une métaphore de la création artistique. Ainsi, il montre la difficulté de la création de l'œuvre artistique, telle une montagne difficile à gravir.

Retourner à la page sur l'oral du bac de français 2019 !
Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse de Tempête solide de Segalen