Chanson d'automne

Verlaine - Poèmes saturniens (1866)






Introduction

    Chanson d’automne, comme l’ensemble des Poèmes saturniens (1866) (-> Texte complet des Poèmes saturniens), est une œuvre de jeunesse de Verlaine. Il offre un exemple poignant de la mélancolie qui assaillait le poète, qui se croyait sous l’influence néfaste de Saturne. Le thème est celui de la fuite du temps. Le poème prend donc une valeur symbolique mais aussi prophétique puisqu’il suggère déjà le drame que sera l’existence de Verlaine.

Lecture du poème



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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Verlaine
Poèmes saturniens


Annonce des axes


Etude

I. Une composition poétique précieuse : originalité et préciosité de la métrique

1. Les strophes

Le poème est composé de trois strophes de six vers, c’est-à-dire des sizains. Les vers sont de quatre syllabes : tétrasyllabiques.

2. Les rimes

Alternance dans chaque strophe de trois rimes différentes, selon le schéma AA/B/CC/B.


II. L’automne...

Le personnage principal, dans la première strophe, c’est l’automne. Celui-ci n’est pas présenté d’une façon figurative. Il est cependant personnalisé par des réactions purement humaines et appréhendé par la perception auditive : " sanglots longs ". La métaphore des sanglots sortant d’un violon signifie le bruit du vent. L’adéquation entre la manifestation de tristesse que sont " les sanglots " et le son triste " Des violons " est restituée par une rime équivoquée entre " sangl[ots longs] " et " vi[olons] ". L’automne va provoquer un drame qui va durer pendant deux strophes. L’automne apparaît comme un personnage actif alors que Verlaine est passif. Il est comme le jouet de la saison. Toute cette strophe est bercée par une assonance en [l]. Elle peut suggérer, par son côté liquide, les larmes qui coulent. On retrouve l’adjectif " monotone ", en fin de strophe, qui par sa ressemblance de profil phonique mais aussi par sa signification est un leitmotiv de l’automne en poésie.


III. ...et moi

1. La fuite du temps

L’automne, qui était le protagoniste principal de la première strophe et qui provoquait la langueur, provoque, dans la deuxième strophe, le souvenir et, incidemment les pleurs. Cette deuxième strophe est marquée par une seconde impulsion sonore, l’heure qui sonne. Elle apparaît comme une sorte de glas qui engendre la mélancolie et la souffrance : " suffocant ", " blême ", " pleure ", parce qu’elle est le rappel de la fuite du temps : " sonne l’heure , " souviens ", " jours anciens ". La facture des trois derniers vers est de nature comparable à celle de la première strophe, on y retrouve la même fluidité.

2. Avec le temps...

La dernière strophe n’exprime plus la souffrance mais plutôt une sorte de résignation. Le poète semble s’en remettre à la nature, s’abandonner à elle. Verlaine était convaincu d’être sous l’influence néfaste de Saturne et donc, qu’un destin fatal l’attendait. La ressemblance du profil phonique de la fin du vers 13 et de la fin du vers 14 : " m’en vais " et " mauvais " est peut-être la marque de ce mauvais pressentiment. Cet abandon aboutit presque à une réification, funèbre, puisque Verlaine se compare à une " feuille morte ".




Conclusion

    Chanson d’automne est un des plus célèbres poèmes de Verlaine, en particulier à cause des trois premiers et trois derniers vers. Serge Gainsbourg ira jusqu’à écrire une chanson largement inspirée de ce poème et contenant certains de ses vers. Ce poème illustre particulièrement bien la mélancolie profonde de l’œuvre de Verlaine. Cette mélancolie ne doit pas faire oublier, pour autant, l’autre versant de son travail poétique, fait de légèreté et de rire.




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