Germinal

Emile Zola

Septième partie - Chapitre 3

De "Pendant une heure..." à "...couler à l'abîme."





Plan de la fiche sur le chapitre 3 de la septième partie de Germinal de Zola :
Introduction
Lecture du texte
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

Dans la septième partie de Germinal, Zola évoque la reprise du travail après la grève.
Sabotage de Souvarine.
Chapitre 3 : La première partie : sous terre.
                   La deuxième partie  : à la surface. Négrel décide de descendre et remarque le sabotage.
                   La troisième partie : compte à rebours. L’attente, le bruit, le silence. Distinction du bas - haut.

Dans le paragraphe précédent l'extrait étudié : début de la mise à mort (première secousse).

Après la première secousse, le silence s’installe.

Note : Cette scène est imaginée à l’ébauche comme le sommet de l’œuvre. Zola s’est inspiré de documents en particulier : La vie souterraine, les mines et les mineurs (de Simourrin), qui décrivent les inondations, les éboulements qui se sont produits dans les mines au 19ème siècle.

Vocabulaire:
Une épopée (1) est un long poème où le merveilleux se mêle au vrai, la légende à l’histoire, et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait.
Une épopée (2) est une suite d’événements historiques, qui par leurs caractères héroïque et sublime, s’apparentent aux récits des épopées.
Epique : qui raconte en vers une action héroïque (syn. homérique, extraordinaire, fabuleux).
Mythe : (du grec muthos qui veut dire fable). Récit fabuleux le plus souvent populaire qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique, des forces de la nature ou des aspects du génie et de la condition humaine.

Germinal - Zola



Lecture du texte

    Pendant une heure, le Voreux resta ainsi, entamé, comme bombardé par une armée de barbares. On ne criait plus, le cercle élargi des spectateurs regardait. Sous les poutres en tas du criblage, on distinguait les culbuteurs fracassés, les trémies crevées et tordues. Mais c'était surtout à la recette que les débris s'accumulaient, au milieu de la pluie des briques, parmi des pans de murs entiers tombés en gravats. La charpente de fer qui portait les molettes avait fléchi, enfoncée à moitié dans la fosse ; une cage était restée pendue, un bout de câble arraché flottait ; puis, il y avait une bouillie de berlines, de dalles de fonte, d'échelles. Par un hasard, la lampisterie demeurée intacte montrait à gauche les rangées claires de ses petites lampes. Et, au fond de sa chambre éventrée, on apercevait la machine, assise carrément sur son massif de maçonnerie : les cuivres luisaient, les gros membres d'acier avaient un air de muscles indestructibles, l'énorme bielle, repliée en l'air, ressemblait au puissant genou d'un géant, couché et tranquille dans sa force.

    M. Hennebeau, au bout de cette heure de répit, sentit l'espoir renaître. Le mouvement des terrains devait être terminé, on aurait la chance de sauver la machine et le reste des bâtiments. Mais il défendait toujours qu'on s'approchât, il voulait patienter une demi- heure encore. L'attente devint insupportable, l'espérance redoublait l'angoisse, tous les cœurs battaient. Une nuée sombre, grandie à l'horizon, hâtait le crépuscule, une tombée de jour sinistre sur cette épave des tempêtes de la terre. Depuis sept heures, on était là, sans remuer, sans manger.

    Et, brusquement, comme les ingénieurs s'avançaient avec prudence, une suprême convulsion du sol les mit en fuite. Des détonations souterraines éclataient, toute une artillerie monstrueuse canonnant le gouffre. A la surface, les dernières constructions se culbutaient, s'écrasaient. D'abord, une sorte de tourbillon emporta les débris du criblage et de la salle de recette. Le bâtiment des chaudières creva ensuite, disparut. Puis, ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d'épuisement, qui tomba sur la face, ainsi qu'un homme fauché par un boulet. Et l'on vit alors une effrayante chose, on vit la machine, disloquée sur son massif, les membres écartelés, lutter contre la mort : elle marcha, elle détendit sa bielle, son genou de géante, comme pour se lever ; mais elle expirait, broyée, engloutie. Seule, la haute cheminée de trente mètres restait debout, secouée, pareille à un mât dans l'ouragan. On croyait qu'elle allait s'émietter et voler en poudre, lorsque, tout d'un coup, elle s'enfonça d'un bloc, bue par la terre, fondue ainsi qu'un cierge colossal ; et rien ne dépassait, pas même la pointe du paratonnerre. C'était fini, la bête mauvaise, accroupie dans ce creux, gorgée de chair humaine, ne soufflait plus de son haleine grosse et longue. Tout entier, le Voreux venait de couler à l'abîme.

    Germinal - Emile Zola - Septième partie - chapitre 3




Annonce des axes

I. Une mise en scène dramatique
II. Une scène épique et fantastique
III. Un réalisme mythique



Commentaire littéraire

I. Une mise en scène dramatique

Zola fait durer le suspense.
Au premier paragraphe, il nous montre l’horreur, première phrase : "Pendant une heure ..."
La dramatisation est traduite par l’attente, de nombreuses locutions temporelles.
Opposition imparfait / passé simple.
Compte à rebours : temps mesuré, idée d’un temps suspendu.
Un spectacle offert à tous (utilisation du "on" général).

Premier paragraphe : idée du chaos qui précède l’apocalypse.

Acte de la mise en scène : le silence des deux premiers paragraphes s’oppose au bruit du troisième.


II. Une scène épique et fantastique

a) Les effets de masse dans la description du premier paragraphe sur la masse des choses.

Les effets de grossissement avec les adjectifs hyperboliques qui soulignent le caractère extraordinaire de l’événement.

b) Le jeu des images.

- "L’énorme bielle" => "ressemblait à", glissement vers le mythe (1er paragraphe).

- "Sorte de tourbillon", "pareille à un mat dans l’ouragan", "ainsi qu’un cierge colossal" (3ème paragraphe) : comparaisons qui confèrent à la description un caractère dramatique.

- Les métaphores : "la pluie des briques", "une bouillie de berlines", "membres d’aciers". La machine est comparée à une bête fantastique. "Cette épave des tempêtes de la terre", "toute une artillerie" (la guerre), "bue par la terre". Personnification.


III. Un réalisme mythique

Le troisième paragraphe marque le passage de notations réalistes à un univers fantastique où les choses sont animées. Ce passage s’effectue grâce à tout un jeu de métaphores et de comparaisons.

- Certains termes, en particulier des verbes, montrent l’animation : "convulsion", le sol est comparé à un être vivant, "râlait", "canonnant", "boulet". La terre livre une guerre.
- La fin du texte : "on vit alors..." souligne le caractère étonnant, aspect extraordinaire. La machine est décrite avec un vocabulaire d’homme et d’animal : "membres", "genou", "elle détendait sa bielle" => "lutter contre la mort" (bielle : ce qui permet d’articuler une machine).

Intensité des forces en jeu : le rejet du verbe à l’infinitif dans "on vit la machine [...] lutter contre la mort". Les verbes au passé donnent un effet de ralenti.

Bielle = genou de la géante.

"expirant" : imparfait qui signifie que l’agonie est lente.
"broyé, engloutie" : effet d’accélération, passage de la destruction à la disparition.





Conclusion

Réalisme mythologique à plusieurs explications:

1) Une signification idéologique

La machine est le moloch moderne.
Moloch : divinité mentionné dans la bible, Dieu cananéen adopté par Israël, en l’honneur des enfants qui passaient par le feu, c’est à dire immolés, puis brûlés.
Le monde industriel : système capitaliste qui n’est pas solide il va à l’abîme en emportant ses victimes.

2) Une signification symbolique

La terre personnifiée se venge d’avoir été violée en détruisant la "bête mauvaise" crée par les hommes.

3) Une mythologie propre à Zola

Transfiguration mythique de la réalité propre à Zola.
L’imagination de Zola interprète le monde moderne et y voit de nouveaux mythes tout aussi puissants que les anciens.
Zola est un poète, il crée des symboles et des mythes.




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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur le chapitre 3 de la septième partie de Germinal de Zola