Germinal

Emile Zola

Septième partie - chapitre 6 (fin du roman)

De "Et, sous ses pieds, les coups profonds..." à "...éclater la terre."





Plan de la fiche sur la fin du roman Germinal de Zola :
Introduction
Lecture du texte
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

Ce dernier paragraphe de Germinal, de Emile Zola, reprend la métaphore filée de la germination.

Germinal - Zola



Lecture du texte


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    Et, sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstinés des rivelaines continuaient. Les camarades étaient tous là, il les entendait le suivre à chaque enjambée. N'était-ce pas la Maheude, sous cette pièce de betteraves, l'échine cassée, dont le souffle montait si rauque, accompagné par le ronflement du ventilateur ? A gauche, à droite, plus loin, il croyait en reconnaître d'autres, sous les blés, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

Germinal - Emile Zola - Septième partie - chapitre 6




Annonce des axes

I. Zola développe les rapports entre la surface et les profondeurs, entre Etienne et les mineurs
1. La communication entre les deux espaces se fait par les bruits
2. Les mouvements sont associés aux bruits

II. Les métaphores filées de la germination et de l’enfantement
1. Explication de la métaphore
2. La germination et l’enfantement
3. La dimension lyrique et épique du texte



Commentaire littéraire

I. Zola développe les rapports entre la surface et les profondeurs, entre Etienne et les mineurs

1. La communication entre les deux espaces se fait par les bruits

"Et sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstinés de rivelaines".
Toute la fin du roman est scandée par ces coups, ce sont des bruits persistants.
La communication est dans les deux sens, les mineurs entendent les pas d’Etienne et Etienne entend les mineurs (verbe de perception qui traduit la vision par Etienne).
Le bruit va en s’amplifiant comme Etienne entend les mineurs (perception subjective).
La perception auditive se fait plus fine, la tournure interro-négative ("N'était-ce pas la Maheude") traduit une certitude. Multiplication des bruits, amplification sonore.

=> Les bruits sont orchestrés comme dans une véritable symphonie.


2. Les mouvements sont associés aux bruits

Le déplacement du bruit est parallèle au déplacement d’Etienne.
De nombreuses notations spatiales en surface : "sous ses pieds", "là", "sous cette pièce", "sous les blés". Les bruits amplifient l’espace. Les mouvements se font de haut en bas et de bas en haut.

=> Progression du bruit et du mouvement dans l’espace. La progression des masses et de leur marche vers l’émancipation, symbolise la montée des mineurs, la solidarité.


II. Les métaphores filées de la germination et de l’enfantement

1. Explication de la métaphore

Comparé : Le travail des mineurs sous la terre. => Naissance d’une nouvelle classe ouvrière.
Comparant : Double :
1/ Le développement du germe dans la terre => fécondation => poussée des plantes.
2/ Femme : la fécondation, grossesse. => La naissance d’un enfant.

On observe le passage constant d’un comparant à l’autre, de l’homme à la nature et réciproquement. Les deux champs lexicaux sont intriqués, en particulier dans les dernières lignes.


2. La germination et l’enfantement

La fécondation procède de la rencontre symbolique de la terre et du soleil (soleil associé à chaleur), principe masculin et féminin réunit. Cet accouplement primordial de ces deux principes est évidemment une reprise de la mythologie grecque (il y avait le père, Ouranos : le Dieu du ciel, la Mère : Gaïa qui est la personnification de la terre).

L’évocation de la Maheude qui est une figure maternelle, renforce la promesse d’un enfant avenir. "rayonnait dans sa gloire" évoque le divin, c’est une évocation de la grandeur, de la splendeur de la représentation divine.

Terre : figure féminine. Le flanc nourricier accouche. La prolifération de la vie est exprimée à la surface, par l’abondance des verbes qui traduisent le travail de la terre : "crevaient", "tressaillaient", "gerçaient", "se gonflaient".

Puis le débordement s’allongeait, coulait, s’épandait. L’expulsion est aussi connoté par : "de toutes parts", "un débordement".

Le passage de bourgeons à feuilles vertes, traduit à une simultanéité, comme si il réunissait les deux moments de la germination. Elle est aussi traduite par l’emploi de l’imparfait pour tous les mouvements.
Noter aussi la violence de l’accouchement qui est perceptible dans la dernière phrase : "éclater la terre", "poussaient".

Le bonheur, la fusion dans un accouplement où s’expriment l’harmonie et le plaisir.

Il croit entendre la nature, il perçoit de mieux en mieux la poussée des voix des travailleurs.


3. La dimension lyrique et épique du texte

Tous les pluriels : les champs, les bourgeons, les voix chuchotantes, sont unis par le terme final : "une armée noire".

 Reprise des mêmes constructions des rythmes ternaires:
- "à gauche", "à droite", "plus loin".
- "sous les haies", "les blés", "les jeunes arbres".
- "ses gonflaient", "s’allongeaient", "gerçaient".
- "encore, encore", "de plus en plus distinctement".

Emploi de la double métaphore.
Dimension sacrée et religieuse.
Reprise des mêmes termes en écho de la phrase : "Aux rayons enflammés de l’astre..." = vérité et justice évoquée dans le paragraphe précédent.

Reprise : la matinée de jeunesse - les jeunes arbres.
La construction de la phrase crée un dynamisme. Equilibre de la position, les deux compléments circonstanciels sont en début de phrase, même nombre de syllabes.
La construction de la phrase finale est complexe et à une forte dimension symbolique.
Apposition du groupe nominal "une armée noire" passage du pluriel au singulier.
Noter les allitérations des proposition subordonnées relatives, avec deux types d’allitérations :
- germaient / vengeresse
- poussaient / vengeresse / sillon
- les assonances des nasales : hommes, armée, germaient
- les assonances en "en" et "on" : vengeresse, lentement


La deuxième proposition subordonnée relative "et dont la germination"  : allitération en "t" qui font la liaison avec le début de la phrase  : lentement.

Par cette phrase, Zola clôt son roman sur les siècles futur, d’un futur révolutionnaire qui s’accorde avec les promesses d’une aurore du printemps.





Conclusion

    Ce dernier paragraphe de Germinal est une  réussite esthétique par l’utilisation heureuse des coups de rivelaines transformés symboliquement en autant d’effort pour venir au jour.
    Par les analogies (plantes, mineurs), la transfiguration symbolique qui mène l’auteur jusqu’aux sources mythiques.

    => Un paragraphe caractéristique du génie de Zola, naturalisme et réalisme dépassé par cette dimension épique. Rapport avec le titre. Rapport avec la première page.






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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur la fin du roman Germinal de Zola