Plan de la fiche sur
le chapitre 1 de Une Vie de Maupassant :
Introduction
Présentation de
Une Vie et de l'auteur :
Guy de Maupassant, thème général, puis du contexte de l'extrait (Jeanne vient de sortir du couvent, elle s'enivre déjà du bonheur qui doit l'attendre...). Focalisation interne donc tonalité lyrique, même si interventions de Maupassant.
Lecture du texte
Et elle se mit à rêver d'amour.
L'amour ! Il l'emplissait depuis deux années de l'anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d'aimer ; elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !
Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.
Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées.
Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d'une affection indescriptible.
Et il lui sembla soudain qu'elle le sentait là, contre elle ; et brusquement un vague frisson de sensualité lui courut des pieds à la tête. Elle serra ses bras contre sa poitrine, d'un mouvement inconscient, comme pour étreindre son rêve ; et sur sa lèvre tendue vers l'inconnu quelque chose passa qui la fit presque défaillir, comme si l'haleine du printemps lui eût donné un baiser d'amour.
Extrait du chapitre 1 - Une Vie - Guy de Maupassant
Annonce des axes
I. La satire indirecte d'une jeune femme
1. Les clichés romantiques
2. La dérision du romancier naturaliste
II. Les déterminismes qui pèsent sur Jeanne
1. Une jeune fille "ignorée et ignorante des choses humaines"
2. Une passivité de mauvaise augure
3. Le poids de la rêverie
Commentaire littéraire
I. La satire indirecte d'une jeune femme
1. Les clichés romantiques
Le décor romantique est posé par Jeanne : lueur nocturne irréelle, lune, nature...
Le rêve d'un amour parfait : évocation idyllique au conditionnel, termes hyperboliques ("indestructible",
"indéfiniment"), fusion des deux êtres dans le lexique et l'emploi des pronoms,
lyrisme dans le 4ème paragraphe avec amplification du rythme et sonorités nasales
(= langueur), la sacralisation de l'époux, malgré une rencontre rapide
(négation restrictive), pronoms flous, car il est tellement idéalisé qu'il
est confondu avec l'amour, on ne sait pas ce
que le pronom désigne : "elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !" + "adorerait" :
vénération aveugle, quasi religieuse.
2. La dérision du romancier naturaliste
L'auteur tourne en dérision les espoirs de Jeanne : "elle ne le savait
pas, au juste et ne se le demandait même pas".
Il souligne sa mièvrerie par les
allitérations sifflantes
au 4ème paragraphe, et l'adjectif "suave".
Le ton du passage est assez parodique (motifs
romantiques, envolée passionnée suscitée par : "Comment
serait-il ?").
Transition:
Jeanne imagine déjà son Prince Charmant, et se fait une haute
opinion du bonheur et de l'amour conjugal. Mais devant un
tel idéal, on ne peut qu'imaginer les désillusions cruelles
qui attendent Jeanne. En effet, il ne faut pas oublier que nous
sommes en présence d'une œuvre naturaliste, où les
personnages sont soumis à leur destin, et à des
déterminismes.
II. Les déterminismes qui pèsent sur Jeanne
1. Une jeune fille "ignorée et ignorante des choses humaines"
Influence de l'hérédité : mère = romantique, lit Corinne,
père = adepte de Rousseau, amour de la Nature.
Son "éducation sentimentale" : en effet le baron a préparé
un projet d'éducation basé sur l'observation de la Nature,
souhaite "la tremper dans une sorte de poésie
raisonnable". On ressent tout le pessimisme de Maupassant
dans l'
oxymore "poésie raisonnable", et l'on devine à
l'avance l'échec de ce plan d'éducation.
2. Une passivité de mauvaise augure
Dès la 1ère phrase, le lecteur s'attend à de l'action ("et
elle se mit à...") mais verbes d'état. Jeanne ne va pas à
l'amour, c'est lui qui vient à elle, elle est complètement
objet, soumise. Son seul mouvement, dans le dernier paragraphe est "inconscient".
3. Le poids de la rêverie
La 1ère phrase de l'extrait constitue un paragraphe =
pause = exaltation de la rêverie. Reprise en
anadiplose + exclamation nominale montrent que Jeanne fonctionne aux sentiments.
A la fin du passage, le rêve atteint son paroxysme et
devient presque réalité, mais Maupassant dénonce cette
volonté de s'aveugler, et montre qu'elle se trompe : beaucoup
d'indéfinis, d'approximations, ("vague", "semble presque"...). Jeanne est bien dans l'erreur et veut étreindre
l'abstrait, fusionner avec le vide. Maupassant utilise un terme dépréciatif pour désacraliser cette osmose ("haleine").
Conclusion
Effet d'annonce des nombreuses désillusions. Jeanne est une jeune fille a priori charmante, de bonne famille, elle a des parents aimants et elle est éduquée. Pourtant, dès ce passage, le lecteur reçoit des avertissements, perçoit déjà les premiers signes de la fatalité dans la caractère de Jeanne, qui est trop naïve pour se méfier des turpitudes de la vie. Possibilité d'ouverture sur la suite de l'œuvre.