Importance du thème de la mort, de la fragilité de la vie et du destin dans les fables étudiées et dans les fables en général (penser à l’Ecclésiaste « vanitas vanitatum et omnia vanitas » aux Vanités en peinture).
Reconnaître le discours indirect libre.
Introduction
- Présentation générale de Les Fables.
- Présentation du livre XI : comprend neuf fables ; en vieillissant,
La Fontaine a tiré de son épicurisme la sagesse la plus haute.
L’approche de la mort inspire à l’auteur une fable empreinte
d’humanisme et une réflexion métaphysique donnant à voir à travers
le personnage du vieillard un art de mourir généreux et désintéressé.
- Réflexion sur le titre Le Vieillard et les trois jeunes hommes : il met en relief une fois encore un rapport
de force déséquilibré et l’ affrontement suggéré semble
devoir se faire au détriment du plus fragile.
- L’horizon d’attente du lecteur va être donc pris à revers
et ainsi la leçon être plus profitable.
Lecture de la fable
Le Vieillard et les trois jeunes HommesUn octogénaire plantait.Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ; Assurément il radotait. Car, au nom des Dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ? Autant qu'un Patriarche il vous faudrait vieillir. A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées : Quittez le long espoir et les vastes pensées ; Tout cela ne convient qu'à nous. - Il ne convient pas à vous-mêmes, Repartit le Vieillard. Tout établissement Vient tard et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également. Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement ? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage : Eh bien défendez-vous au Sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui : J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ; Je puis enfin compter l'Aurore Plus d'une fois sur vos tombeaux. Le Vieillard eut raison ; l'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la République, Par un coup imprévu vit ses jours emportés. Le troisième tomba d'un arbre Que lui-même il voulut enter ; Et pleurés du Vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter. Jean de la Fontaine - Les Fables |
Etudier la composition de la fable.
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V. 1. Ouverture : octosyllabe qui présente une action simple et tranquille.
- Ponctuation forte, point à la fin du vers, qui installe le lecteur dans
un univers serein.
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V. 2. Réaction brutale sous forme d’alexandrin.
- Le discours des jeunes gens est provoqué par un spectacle qu’ils
jugent incongru (v. 1).
- V. 3. Le narrateur prend implicitement parti en faveur du vieillard : « jouvenceaux ».
- V. 4. Discours indirect libre.
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V. 5-12 : longue tirade des « jouvenceaux » (8 vers).
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V. 13-27 : plus longue tirade du vieillard (15 vers).
- V. 13. Vivacité d’esprit du vieillard : répétition
quasiment littérale de leur dernière phrase, avec négation -> sens
de la répartie.
- V. 14. Pause à l’hémistiche, qui augmente l’intensité de
sa parole.
- V. 26-27. Il conclut par deux octosyllabes qui reprennent le même rythme
sec et rapide du début de son discours (v. 12-13) et font aussi écho
au premier vers, octosyllabe décrivant son action (« un octogénaire
plantait »).
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V. 28-34 : récit de la mort des trois jeunes hommes.
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V. 35-36 : révélation finale (la fable est une épitaphe).
Etudier les rimes.
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V. 1 et 3. « plantait » / « radotait » :
qu’un
octogénaire plante serait un acte absurde, signe de sénilité.
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V. 6 et 7. « recueillir » / « vieillir » : les jeunes
gens considèrent les deux termes comme antithétiques.
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V. 9 et 12. « vous » / « nous » -> le vieillard est
exclu du monde, poussé déjà hors de la vie : l’avenir
n’est pas fait pour lui (v. 9), mais est réservé aux jouvenceaux
(v. 12).
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V. 27 et 28. « tombeaux » / « jouvenceaux » -> la mort
des jeunes gens est annoncée.
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V. 23-25 : rimes en [i] et répétition du son [i] (« plaisir
d’autrui », « fruit », « aujourd’hui », « j’en
puis jouir ») -> gaieté, joie profonde.
Etudier l’énonciation.
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V. 1 et 3. Opposition de termes antithétiques : « jouvenceau » / « octogénaire » -> met en avant la jeunesse des personnages, ce qui va rendre leur discours d’autant
plus insolent.
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Discours direct, indirect et indirect
libre (v. 4) se mêlent -> vivacité des
débats et des exclamations de leur conversation.
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Modalités exclamatives (v. 2) et interrogatives (v. 6, 8-9) -> questions
rhétoriques soulignant l’inutilité des efforts du vieillard
alors que la mort est si proche.
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V. 2 : première remarque des jouvenceaux formulée de manière
impersonnelle -> le vieillard est écarté de la conversation.
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V. 4 : même effet, produit par l’emploi de « il » (discours
indirect libre) -> à nouveau,
les jouvenceaux, complices, maintiennent le vieillard hors de la conversation.
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V. 6 : « fruit » est compris par les jeunes hommes dans son sens
le plus concret ;
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V. 24 : le même terme (« fruit ») est repris par le vieillard
avec cette fois une connotation poétique.
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V. 10 et 11. Modalité injonctive (« ne songez … qu’à », « quittez »)
-> impertinence pleine de mépris.
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V. 13. Négation (« il ne convient pas ») -> le vieillard
réfute les arguments des jeunes hommes.
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V. 16-17. « Vos jours (…) les miens (…) également », « nos
(…) pareils » ->à l’opposition « nous » / « vous » (v.
9 et 12), le vieillard répond par une mise à égalité :
nous sommes tous également soumis au destin.
Etudier les arguments des personnages.
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V. 6 et 8-9. Questions rhétoriques qui sous-entendent que le vieillard
est trop âgé pour pouvoir rien entreprendre.
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V 10-11 modalités injonctives qui condamnent le vieillard à ne
plus être ni dans le présent, ni dans l’avenir, mais à évoquer
le passé ; la mention des « erreurs passées » évoque
une mort proche et les derniers sacrements.
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Arguments du vieillard qui se présentent comme des maximes qui insistent
sur la fragilité de la vie (cf. Vanités).
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V. 15-17. Nous sommes tous soumis au destin.
- Argument prolongé par les questions en vers 18-20.
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V. 22-23. Question rhétorique, non dépourvue d’humour,
qui rappelle en écho la question cruelle des jeunes hommes (v. 8-9).
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V. 24. Savoir qu’autrui récoltera les fruits de son labeur est
déjà un fruit « que [le Sage] goûte aujourd’hui ».
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V. 26-27. Puisque nul n’est maître de son destin (cf. v. 15-17),
il se pourrait que je vous survive.
Montrer qu’il s’agit d’une épitaphe écrite
par le vieillard, ce qui fait du narrateur le lecteur de l’histoire.
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Parole prophétique du vieillard : c’est lui qui raconte l’histoire
des « jouvenceaux » sur leur pierre tombale (ce qu’il a dit,
surtout aux vers 26-27, s’est réalisé).
• Mettre en relief la mort ridicule des trois jeunes hommes.
- Ridicule accentué par la rapidité de cette mort : passé simple,
sept vers qui constituent un sommaire par opposition avec la longueur des discours
;
- Alors qu’ils avaient chacun de grands projets, leur mort est grotesque
(v. 20), sans gloire (v. 32) ou stupide (v. 33-34).
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Le vieillard paraît vengé de leur insolence et de leur arrogance.
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Mais le terme « Pleurés » invalide cette idée : ce
n’est pas la loi du talion qui est prôné, bien au contraire ; l’anacoluthe, insiste sur le geste généreux du vieillard ; le verbe graver fait écho au verbe planter ; il s’agit d’œuvrer
pour la postérité.
Dégager la morale implicite.
Conclusion
La révélation de la fin - il s’agit d’une épitaphe
- donne à ce texte une valeur particulière. C’est comme
si nous avions sous les yeux ce qui symbolise le plus concrètement
la mort, une plaque sur un tombeau.
En lisant cette fable nous regardons la mort en face. Mais l’alacrité et
la vivacité du récit évitent que nous en concevions
de la terreur. La Fontaine nous apprend à rester serein devant la
mort grâce à la grandeur d’un sage octogénaire.
Il incite ses lecteurs à ne pas suivre l’exemple des trois jouvenceaux
et à réfléchir sur la fragilité de la vie. La
mise en abyme met le narrateur à la fois sur le même plan que
le lecteur (il a lu lui aussi l’épitaphe), mais aussi que le
vieillard (il écrit lui aussi pour la postérité).
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