Le Coche et la Mouche

Jean de la Fontaine





Introduction

    Le Coche et la Mouche, de Jean de la Fontaine, est un fable (elle raconte une petit histoire, souvent à travers des animaux, avec une portée morale de longueur variable, elle autorise le changement de la mesure du vers pour animer le récit) tirée des Fables publié en 1678. Elle alterne alexandrins et octosyllabes. Elle met en scène deux protagonistes très différents : La Mouche, insecte minuscule et vantard et le coche (moyen de transport) lourd et, par métonymie (contenant pour le contenu), les voyageurs qu’il transporte. La conjonction « et » prend rapidement une valeur adversative (l’un contre l’autre).

Problématique :
Comment la forme, le ton, le rythme de la fable vont montrer la différence et la disparité entre la légèreté de la mouche et la lourdeur du coche ?


Lecture



Télécharger Le Coche et la Mouche - Jean de La Fontaine en version mp3 (clic droit - "enregistrer sous...")
Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com

Le Coche et la Mouche

- Jean de la Fontaine
-


Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au Soleil exposé,
    Six forts chevaux tiraient un Coche.
Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ;
Prétend les animer par son bourdonnement ;
Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
    Qu'elle fait aller la machine,
S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
    Aussitôt que le char chemine,
    Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.
    La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
    Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;
C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait !
Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
    Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail le Coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ça, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.

Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
    S'introduisent dans les affaires :
    Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.



Annonce des axes

    Nous verrons tout d’abord en quoi la vivacité de la fable provient de sa variété, ensuite nous verrons que le comique relève de la comparaison entre la légèreté de la mouche et la lourdeur du coche.


Etude

I - La vivacité de la fable provient de sa variété

- Les vers 1 à 5 expriment fortement l’effet de lourdeur du coche par une accumulation emphatique « montant, sablonneux, malaisé », « Femmes, Moine, vieillards », « suait, soufflait, était rendu », ce qui provoque un effet d’attente, que le vers 6 va combler par la légèreté de sa métrique « Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ». Il y a un changement de temps du passé au présent, ce qui correspond au début du récit.
- Du vers 6 au vers 24, le temps de la narration est le présent et correspond au point de vue de la mouche. L’utilisation du présent ajoute à la vivacité du récit.
- « S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
Aussitôt que le char chemine, »
L’effet de contraste est relevé par le fait que la mouche devient inactive au moment même où le coche commence à bouger.
- La morale de l’histoire est présentée sous une forme embrassée (ABBA) avec deux alexandrins (la morale) « Ainsi certaines gens, faisant les empressés, » / « Et, partout importuns, devraient être chassés » qui entourent deux octosyllabes (des exemples) « S'introduisent dans les affaires : » / « Ils font partout les nécessaires »



II - Le comique naît de la comparaison entre la légèreté de la mouche et la lourdeur du coche

- Du vers 1 au vers 6, la dimension comique provient du contraste entre la petitesse et la grandeur (différence de nombre de pois) « Six forts chevaux tiraient un Coche », « Femmes, Moine, vieillards », qui exprime la grandeur et « Une Mouche » qui correspond à la petitesse.
- Vers 15 « Un Sergent de bataille allant en chaque endroit ». La comparaison avec le « sergent de bataille », joue aussi de la séparation entre l'infime taille et le manque d'importance de la mouche, et la carrure ainsi que le rôle crucial du sergent.
- Vers 7 « Prétend les animer par son bourdonnement ». La disjonction comique entre le verbe et le complément de moyen.
- Le caractère grandiloquent des rimes « victoire » et « gloire » vient contredire le peu d’importance de la situation.
- La Fontaine insiste sur l’inutilité des actions de la mouche : « Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,/ Et fait cent sottises pareilles. ».
- L’ellipse confère une dimension comique : « Après bien du travail le Coche arrive au haut ».




Conclusion

    Dans Le Coche et la Mouche, La Fontaine suscite le comique pas la variété et la légèreté du texte. La fable toute entière joue de la distinction entre le faire et le paraître.






Retourner à la page sur l'oral du bac de français !


Merci à Camille qui m'a envoyé cette fiche...